Imaginez un endroit où la lutte n’est pas seulement un sport, mais une philosophie de vie, transmise de génération en génération comme un héritage sacré. Bienvenue au Dagestan, cette république russe nichée dans le Caucase, où des champions comme Islam Makhachev ont forgé leur légende. Le champion incontesté des poids légers de l’UFC, aussi redoutable pour ses soumissions que pour son analyse technique, a récemment partagé une liste qui fait déjà trembler le monde du MMA. Qui, parmi les meilleurs fighters de la planète, devrait tout quitter pour s’entraîner 2 à 3 ans au Dagestan ? Et surtout… pourquoi ?
Le Programme Makhachev : Une Immersion Totale dans l’Art de la Lutte
Lors d’un entretien avec ESPN, Makhachev a dévoilé les contours de son programme d’entraînement, une sorte de "bootcamp extrême" réservé aux fighters prêts à se remettre en question. "Deux à trois ans au Dagestan, c’est le minimum pour vraiment comprendre la lutte", explique-t-il. Pas question ici de stages touristiques ou de séances express : il s’agit d’une immersion totale, où l’on apprend autant la technique que la mentalité des combattants dagestanais, réputés pour leur endurance à toute épreuve et leur résilience psychologique.
Mais pourquoi le Dagestan ? Parce que cette région produit des lutteurs d’exception depuis des décennies, grâce à un système unique alliant tradition, discipline collective et entraînement spartiate. Des légendes comme Khabib Nurmagomedov (son mentor) ou Abubakar Nurmagomedov en sont les parfaits exemples. "Là-bas, tu ne deviens pas meilleur par hasard. Tu le deviens parce que tu n’as pas le choix", confie un proche de Makhachev.
Le champion précise cependant que ce programme n’est pas fait pour tout le monde. Certains fighters, déjà au sommet de leur art, n’en ont tout simplement pas besoin. D’autres, en revanche, pourraient y trouver la clé pour débloquer leur potentiel et dominer enfin leurs adversaires au sol.
La Liste Noire (et Blanche) de Makhachev : Qui Doit Y Aller… et Qui Peut Rester chez Lui
Sans langue de bois, Makhachev a classé les fighters en trois catégories : ceux qui devraient y aller d’urgence, ceux qui pourraient en bénéficier, et ceux qui peuvent se dispenser de ce voyage. Voici son analyse, fighter par fighter.
🔴 Les "Urgences Absolues" : Ils Devraient Déjà Être en Route
Paddy Pimblett : Le Britannique, aussi charismatique que limité en lutte, est le premier cité. Pour Makhachev, "Paddy a du cœur, mais en lutte, il est comme un bébé. Il lui faudrait au moins 5 ans au Dagestan pour rattraper son retard". Une critique sévère, mais réaliste : lors de son dernier combat contre Tony Ferguson, Pimblett a été dominé au sol, prouvant que son jeu debout ne suffit plus face à l’élite.
Michael Chandler : L’ancien champion de Bellator, connu pour son explosivité, a montré des lacunes criantes en lutte lors de ses combats contre Conor McGregor et Justin Gaethje. Makhachev est formel : "Chandler a le physique et la détermination, mais il lui manque la structure. Au Dagestan, on lui apprendrait à contrôler un adversaire sans gaspiller son énergie".
🟡 Les "Candidats Idéaux" : Un Séjour de 2-3 Ans Leur Ferait du Bien
Ian Garry : Le prodige irlandais, invaincu à ce jour, impressionne par sa frappe, mais son jeu au sol reste perfectible. "Ian a tout pour devenir un champion, mais s’il veut dominer des lutteurs comme Khamzat Chimaev, il doit venir ici", estime Makhachev. Un avis partagé par des observateurs comme Daniel Cormier, qui voit en Garry un futur prétendant au titre… à condition qu’il comble ses lacunes.
Leon Edwards : Le champion des poids mi-moyens de l’UFC a prouvé qu’il pouvait battre tout le monde, y compris Kamaru Usman. Pourtant, Makhachev note : "Leon est un génie du MMA, mais en lutte pure, il n’est pas au niveau des Dagestanais. Un an ici changerait tout". Une remarque qui prend tout son sens après le combat serré contre Colby Covington, où Edwards a peiné en clinch.
🟢 Les "Exemptés" : Leur Niveau en Lutte est Déjà Trop Élevé
Sean Brady : Le grappler américain, spécialiste des soumissions, fait l’unanimité. "Brady n’a rien à apprendre ici. Il maîtrise déjà tout ce qu’on enseigne au Dagestan", reconnaît Makhachev. Une preuve de respect rare de la part du champion, qui voit en Brady un des meilleurs lutteurs de sa génération.
Kamaru Usman : L’ancien roi des mi-moyens, connu pour son "Nigerian Grip" et sa domination au sol, est également dispensé. "Usman a une lutte trop solide. Même nous, on apprendrait des choses en le regardant", avoue Makhachev, non sans une pointe d’admiration.
Ilia Topuria : Le Géorgien, actuel champion des poids plumes, bénéficie d’une tradition de lutte similaire à celle du Dagestan. "Ilia n’a pas besoin de venir. La Géorgie et le Dagestan, c’est presque la même école", explique Makhachev. Une exemption logique, quand on connaît l’héritage des lutteurs géorgiens comme Giorgi Kvirikashvili.
🚫 Le Cas Particulier : Conor McGregor
Et puis, il y a Conor McGregor. Pour Makhachev, "Conor en aurait désespérément besoin, mais… c’est impossible". Pourquoi ? Parce que le Dagestan est une terre de discipline absolue, où l’on ne tolère ni les egos surdimensionnés ni les excès médiatiques. "Ici, tu viens pour travailler, pas pour faire le show. Conor ne tiendrait pas une semaine", lance-t-il, mi-amusé, mi-sérieux.
Pourtant, les lacunes de McGregor en lutte sont évidentes. Son combat contre Khabib Nurmagomedov en 2018 reste un exemple frappant : le Dublinois, malgré son striking redoutable, a été démonté dès qu’il a touché le sol. "Si Conor avait passé ne serait-ce qu’un an ici, ce combat aurait été différent", estime Makhachev. Mais voila… certains ponts sont définitivement brûlés.
Derrière la Liste : La Philosophie d’un Champion
Au-delà des noms, cette analyse révèle la vision unique de Makhachev sur le MMA. Pour lui, la lutte n’est pas qu’une compétence parmi d’autres : c’est la base de tout. "Un fighter sans lutte, c’est comme un bâtiment sans fondations. Ça peut tenir un moment, mais à la première tempête, tout s’effondre", résume-t-il.
Son programme n’est pas une punition, mais une opportunité. Une chance de se confronter à une culture où l’on apprend autant la souffrance que la technique. "Au Dagestan, tu ne deviens pas meilleur parce que tu veux. Tu le deviens parce que tu dois", confie un de ses partenaires d’entraînement.
Et si certains pourraient voir dans ses propos une forme d’arrogance, les faits lui donnent raison. Depuis qu’il a pris le titre en 2022, Makhachev a dominé tous ses adversaires, souvent grâce à une lutte implacable. Son dernier combat contre Alexander Volkanovski, où il a soumis le champion australien en moins de deux rounds, en est la preuve ultime.
Et Si Demain, les Fighters Prenaient le Chemin du Dagestan ?
Alors, verra-t-on Ian Garry ou Michael Chandler débarquer dans les montagnes du Caucase ? Rien n’est moins sûr. Car si le programme de Makhachev est efficace, il est aussi exigeant. "Beaucoup parlent, mais peu osent", sourit le champion.
Pourtant, l’histoire pourrait bien donner raison à Makhachev. Après tout, Khabib Nurmagomedov avait, lui aussi, invité des fighters à s’entraîner au Dagestan avant de dominer l’UFC. Aujourd’hui, son protégé semble prêt à perpétuer la légende. "Le Dagestan n’est pas une mode. C’est une révolution dans le MMA", conclut-il.
Une révolution qui, si elle se concrétise, pourrait bien rebattre les cartes de l’UFC dans les années à venir.

