Un record à portée de main, mais un héritage déjà gravé
Novembre 2024 pourrait bien devenir un mois historique pour l’UFC. Islam Makhachev, le combattant russe aux allures de machine de guerre, s’apprête à remonter dans l’Octogone avec un double défi : conserver son titre des poids légers (ou en conquérir un nouveau chez les mi-moyens) tout en égalant le record de 16 victoires consécutives détenu par Anderson Silva depuis 2012. Pour un athlète qui n’a plus connu la défaite depuis 8 ans et 9 combats, l’enjeu est moins une question de si que de quand et comment.
Pourtant, Makhachev n’a pas attendu ce potentiel 16ème succès pour s’imposer comme une légende. Son règne chez les poids légers a été marqué par des performances clinique, comme sa victoire par soumission en 2 minutes contre Charles Oliveira à UFC 280 (2022), ou son KO technique contre Dustin Poirier à UFC 302 en juin 2024. Des triomphes qui ont scellé son statut de "royaume sans couronne", pour reprendre les mots de l’analyste Daniel Cormier.
Mais voici le paradoxe : alors que Silva avait mis 7 ans pour construire sa série (2006–2012), Makhachev pourrait l’égaler en à peine 4 ans sous le contrat UFC. Une cadence infernale qui interroge : "Est-il en train de réécrire les lois de la domination en MMA ?" Comme le souligne l’entraîneur Javier Mendez (American Kickboxing Academy) : "Islam a une capacité à s’adapter que je n’ai vue que chez Khabib. Il ne cherche pas à finir le combat, il cherche à détruire psychologiquement son adversaire."
"Le sambo tueur" : une arme redoutée (et redoutée)
Si Makhachev terrorise la division, c’est grâce à un style hybride où le sambo (art martial russe) se marie à un grappling d’une précision chirurgicale. Contrairement à son mentor Khabib Nurmagomedov, qui écrasait ses rivaux par la force, Makhachev joue sur l’économie de mouvement et la variété des soumissions. Ses étranglements en guillotine (comme contre Thiago Moisés en 2021) ou ses clés de bras (victoire en 1 minute contre Bobby Green) sont devenus sa signature.
Les statistiques parlent d’elles-mêmes :
- 11 victoires par soumission en 25 combats professionnels.
- 80% de réussite en takedowns (moyenne UFC), un taux digne des lutteurs olympiques.
- Aucun round perdu depuis 2019 (une série de 20 rounds gagnés d’affilée).
Novembre 2024 : un combat, deux légendes
Le scénario idéal pour Makhachev ? Affronter Leon Edwards (champion des mi-moyens) dans un super-fight pour un titre dans une deuxième division. Une victoire lui offrirait :
- Le record de 16 victoires consécutives (à égalité avec Silva).
- Un statut de double champion, rare dans l’histoire de l’UFC (seuls Conor McGregor, Daniel Cormier, et Amanda Nunes l’ont réalisé).
- Une place dans le "Mount Rushmore" du MMA, aux côtés de Jon Jones, Georges St-Pierre, et Khabib.
"Je ne pense pas au record. Je pense à montrer que je suis le meilleur, point final.", a-t-il déclaré en conférence de presse. Pourtant, les rumeurs persistent : un succès en novembre pourrait le propulser vers un combat d’adieu en 2025, peut-être face à son ami et rival Alexander Volkanovski (pour une trilogie).
L’ombre d’Anderson Silva : une malédiction ou une bénédiction ?
Comparer Makhachev à Silva, c’est opposer deux époques. Le Brésilien régnait dans un MMA moins compétitif (années 2000), où les combats titre étaient moins fréquents. Makhachev, lui, affronte une génération de killers (Oliveira, Poirier, Volkanovski) dans une UFC ultra-concurrentielle.
Pour l’historien du MMA Jonathan Snowden : "Silva était un artiste, un showman. Makhachev est un technicien froid, presque robotique. L’un faisait vendre des PPV par son charisme, l’autre par son 100% de finitions en titre." Une différence qui pourrait jouer en sa faveur : là où Silva avait fini par s’essouffler (défaites contre Chris Weidman), Makhachev semble gérer son énergie comme un marathonien.
Reste une question : et après ? Silva avait enchaîné avec des combats legacy (contre Derek Brunson, Israel Adesanya) avant de prendre sa retraite. Makhachev, lui, évoque déjà un retrait précoce : "Je ne veux pas finir comme les autres, usé et battu. Je partirai au sommet." Une promesse qui, si elle se réalise, ferait de lui le premier champion à quitter l’UFC… invaincu et intouchable.
Derrière les projecteurs : le prix de la perfection
Peu de fans le savent, mais Makhachev a failli abandonner le MMA en 2015 après une défaite contre Adriano Martins. "Je pensais que je n’étais pas fait pour ça", confiait-il en 2023. C’est son équipe à l’AKA (American Kickboxing Academy) qui l’a convaincu de persévérer, en ciblant ses faiblesses (son cardio et son jeu debout).
Aujourd’hui, son entraînement est une machine bien huilée :
- 6 heures par jour, dont 2h de sambo avec son père (ancien champion).
- Un régime alimentaire halal strict, sans écarts (même pas de cheat meals).
- Des sessions de méditation pour gérer la pression, inspirées de Khabib.
Une certitude, cependant : si Makhachev l’emporte, les débats sur le "GOAT" (Greatest Of All Time) prendront une tournure inédite. Car un 16ème succès, couplé à un deuxième titre, ferait de lui bien plus qu’un champion… une légende en mouvement.

