"Il boxe comme un puriste, mais frappe comme un MMAiste" : L’analyse de Mendez
Quand Javier Mendez, architecte des carrières de champions comme Khabib Nurmagomedov ou Daniel Cormier, qualifie Ilia Topuria de "meilleur boxeur du MMA", la déclaration fait l’effet d’une bombe. Pourtant, les preuves s’accumulent : en décembre 2023, le Géorgien devient le premier homme à stopper Max Holloway (TKO au 5ᵉ round), avant d’humilier Charles Oliveira — alors champion UFC léger — en février 2024, avec une maîtrise technique rare. "Il a une garde haute comme en boxe pure, mais il frappe avec la puissance et les angles du MMA", détaille Mendez dans une interview exclusive à MMA Fighting.
Son secret ? Une hybridation parfaite entre deux mondes : la précision millimétrée d’un Terence Crawford (qu’il cite comme inspiration) et l’adaptabilité d’un strikeur MMA. "Ilia travaille ses combinaisons comme un boxeur, mais il sait switcher en un clin d’œil pour un coup de coude ou un high kick", explique son entraîneur. Preuve de cette polyvalence : contre Oliveira, Topuria a landé 47% de ses strikes significatifs (contre 30% pour le Brésilien), avec une diversité rare — jabs, crochets du gauche, et même des spinning back kicks en contre.
Pourtant, Mendez tempère : "Il n’est pas invincible. Son jeu de jambes est parfois trop linéaire, et il sous-utilise ses low kicks." Une faille que des adversaires comme Leon Edwards (champion mi-moyen) ou Islam Makhachev pourraient exploiter. "En MMA, si tu ne varies pas tes niveaux d’attaque, tu deviens prévisible", avertit-il.
Le mystère du grappling : Un test contre Makhachev révélerait-il ses limites ?
Avec 15 victoires en 15 combats, dont 5 par soumission, on pourrait croire que le grappling de Topuria est une arme fatale. Pourtant, Mendez lève un coin du voile : "On n’a jamais vu son vrai niveau au sol. Il a des bases solides, mais il n’a jamais affronté un lutteur d’élite." Un aveu surprenant pour un fighter qui a dominé des grapplers respectables comme Josh Emmett ou Bryce Mitchell.
Le problème ? Ses adversaires précédents n’étaient pas des spécialistes du contrôle au sol. "Emmett a un bon top game, mais ce n’est pas Makhachev. Bryce Mitchell est un grappler, mais il n’a pas le niveau d’un champion comme Islam", compare Mendez. Face à un lutteur comme Khabib Nurmagomedov (29-0, retrait invaincu), Topuria aurait-il survécu ? "Difficile à dire. Ilia a une bonne défense de soumission, mais le smothering [étouffement] de Khabib est une autre paire de manches.", admet l’entraîneur.
Un superfight contre Islam Makhachev (13-1, champion poids léger) serait le test ultime. "Ce combat révélerait si Topuria est un vrai champion complet, ou juste un strikeur d’exception", lance Mendez. Avec un taux de takedown defense à 85% (contre 90% pour Makhachev), le Géorgien aurait-il les épaules pour supporter la pression d’un grappler de ce calibre ? "Il faudrait qu’il améliore son scramble [réaction aux transitions au sol] et son travail contre la cage.", précise-t-il.
"Je peux battre n’importe qui" : La confiance (arrogance ?) d’un champion
Topuria n’a pas la langue dans sa poche. Après sa victoire contre Oliveira, il a lancé un défi à Terence Crawford (champion boxe WBO) : "Je peux te battre en boxe pure, et je te garantis que tu ne durerais pas 3 rounds en MMA." Une provocation qui en dit long sur sa confiance absolue — certains diront son arrogance.
Pour Mendez, cette attitude est un atout : "Ilia a cette mentalité de tueur. Il croit dur comme fer qu’il peut battre n’importe qui, et ça se voit dans sa préparation." Pourtant, cette assurance cache-t-elle une naïveté ? "En MMA, la confiance excessive peut coûter cher. Regarde Conor McGregor contre Khabib…", rappelle-t-il. Topuria, lui, assume : "Je ne suis pas ici pour être aimable. Je suis ici pour dominer."
Son prochain combat ? Probablement une défense de titre contre Dustin Poirier ou Justin Gaethje — deux strikeurs redoutables, mais pas des grapplers. "Ce serait un bon test pour son jeu debout, mais pas pour son grappling", note Mendez. Le vrai challenge viendra plus tard, face à un Makhachev ou un Michael Chandler (spécialiste des takedowns). "Là, on verra si Topuria est vraiment le 'meilleur boxeur du MMA'… ou juste un très bon strikeur avec des lacunes."
Derrière le phénomène : L’obsession du détail et une équipe "old school"
Ce que peu savent, c’est que Topuria s’entraîne comme un boxeur des années 80. "On fait des rounds de 5 minutes avec des gants de 16 oz, comme à l’ancienne. Pas de machines high-tech, juste du travail au sac, à la corde à sauter, et des sparrings durs", révèle Mendez. Une méthode qui rappelle l’époque de Mike Tyson ou Roberto Durán.
Son équipe à l’American Kickboxing Academy (AKA) inclut aussi des spécialistes comme Luke Rockhold (ancien champion UFC) pour le grappling, et Leandro Lo (champion de jiu-jitsu brésilien, décédé en 2022) pour les soumissions. "Ilia a appris le leg lock avec Leandro. C’est un détail méconnu, mais il a des armes au sol qu’il n’a pas encore montrées.", confie Mendez.
Autre particularité : son régime alimentaire strict, inspiré des lutteurs géorgiens. "Pas de gluten, pas de produits laitiers, et beaucoup de viande rouge. Il pèse ses aliments au gramme près.", détaille son nutritionniste. Un sacrifice qui paie : Topuria n’a jamais raté un poids en carrière, malgré des cuts difficiles (il marche en 170 lbs pour combattre en 155 lbs).
Le futur : Superfight contre Makhachev ou passage en welterweight ?
Avec un palmarès aussi impressionnant, la question se pose : Topuria peut-il devenir le premier double champion géorgien de l’UFC (poids léger et welter) ? "Techniquement, oui. Il a le frame pour monter en 170 lbs, et son style s’adapterait bien", estime Mendez. Mais un obstacle se dresse : Islam Makhachev.
"Ce combat doit avoir lieu. C’est le seul qui peut vraiment tester Ilia.", insiste l’entraîneur. Les fans rêvent de ce clash entre le strikeur technique (Topuria) et le grappler dominant (Makhachev). "Ce serait un style contre style, comme Anderson Silva vs. Chael Sonnen en 2010.", compare Mendez. Qui l’emporterait ? "Si Topuria arrive à garder le combat debout, il a une chance. Mais s’il se fait amener au sol, ce sera un long calvaire."
Une autre option : un combat contre Kamaru Usman (ancien champion welter), pour tester sa résistance face à un lutteur explosif. "Usman a un top control monstrueux. Ce serait un bon intermédiaire avant Makhachev.", suggère Mendez. Qu’importe l’adversaire, Topuria semble prêt : "Je veux les meilleurs. Je veux entrer dans l’histoire."

