Une victoire qui consacre « The Future »
Le 22 novembre 2024, sous les projecteurs de la Qatar National Convention Centre à Doha, Ian Machado Garry a offert une démonstration de maturité face à un adversaire aguerri : Belal Muhammad, ancien prétendant au titre et 5ᵉ du classement UFC. Dès les premières secondes, Garry a imposé son jeu, combinant des coups de pied précis et une gestion intelligente de la distance. Contrairement à ses habitudes, Muhammad a peiné à amener le combat au sol, subissant même des contres cinglants en strike.
Les juges ont été unanimes : 30-27, 30-27 et 29-28 en faveur de Garry. Une victoire qui n’a laissé aucun doute sur sa domination, malgré un troisième round plus serré où Muhammad a tenté de renverser la vapeur. « Ce soir, j’ai prouvé que je pouvais rivaliser avec l’élite », a déclaré Garry en conférence de presse, visiblement satisfait mais déjà tourné vers l’avenir.
Cette performance s’inscrit dans une série de 12 victoires consécutives (dont 6 en UFC), avec un seul revers en carrière – une controverse contre Geoff Neal en 2023, où un arrêt prématuré du médecin avait suscité la polémique. Depuis, Garry a enchaîné les succès, affûtant son style et gommant ses faiblesses, notamment en lutte, discipline où Muhammad excellait pourtant.
« Islam, à toi de jouer » : un défi qui fait vibrer la division
C’est dans l’Octagon, micro en main, que Garry a lancé sa bombe. Interrogé par Michael Bisping, il n’a pas hésité une seconde : « Je viens de battre un ancien champion [ndlr : Muhammad avait temporairement hérité du titre vacant en 2023]. Il n’y a plus personne au-dessus de moi, sauf le champion, Islam Makhachev. Belal n’a pas réussi à m’amener au sol… À toi de tenter ta chance, Islam. »
La salle a réagi instantanément, entre sifflets admiratifs et rires nerveux. Makhachev, invaincu depuis 2015 (13 victoires d’affilée en UFC), n’a pas encore répondu publiquement. Mais les réseaux sociaux se sont embrasés : certains y voient une stratégie marketing pour attirer l’attention, tandis que d’autres saluent le culot d’un combattant qui assume ses ambitions.
Pour Daniel Cormier, commentateur et ancien double champion UFC, « Garry a le talent, mais Makhachev est une autre paire de manches. Son grappling est d’un niveau supra-humain. » Un avis partagé par Kamaru Usman, qui a ironisé : « Ian a battu Belal, pas Islam. Qu’il commence par entrer dans le Top 3 avant de parler de trône. »
Derrière les projecteurs : l’ascension méthodique d’un « prodige »
Originaire de Dublin, Garry n’est pas un inconnu pour les fans européens. Avant l’UFC, il avait déjà marqué les esprits en Cage Warriors, où il était devenu champion des poids mi-moyens en 2021. Son style, mélange de boxe irlandaise et de jiu-jitsu brésilien, avait séduit Dana White, qui l’avait recruté via le Dana White’s Contender Series.
Mais c’est son charisme qui le distingue. Entre les déclarations choc (« Je veux être le premier Irlandais champion UFC ») et les clins d’œil à la culture pop (il est fan de Conor McGregor, mais aussi de Star Wars), Garry cultive une image de « bad boy » sympathique. Une stratégie qui paie : avec 1,2 million de followers sur Instagram, il est l’un des combattants les plus médiatisés de sa génération.
Pourtant, derrière les sourires se cache un travailleur acharné. Son entraîneur, John Kavanagh (également mentor de McGregor), révèle : « Ian passe 6 heures par jour à la salle. Il étudie ses adversaires comme un obsédé. Contre Muhammad, il a regardé 20 heures de ses combats. » Une rigueur qui explique ses progrès fulgurants en takedown defense, son talon d’Achille il y a encore deux ans.
Makhachev vs. Garry : un combat réaliste ?
Sur le papier, le défi semble prématuré. Makhachev, 2ᵉ du classement pound-for-pound, est considéré comme l’un des meilleurs grapplers de l’histoire du MMA. Ses victoires contre Alexander Volkanovski (2023) et Dustin Poirier (2022) ont cimenté sa réputation d’« assassin silencieux ».
Pourtant, Garry a des arguments :
- Son striking : 65% de précision en coups significatifs (contre 50% pour Makhachev).
- Sa jeunesse : À 28 ans, il est dans la pleine force de l’âge, tandis que Makhachev en a 32.
- Son mental : Il n’a jamais reculé devant un défi (ex. : combat contre Vicente Luque en 2022, alors que ce dernier était 10ᵉ mondial).
Reste la question du classement. Actuellement 7ᵉ des poids mi-moyens, Garry devra probablement battre un Top 5 (comme Shavkat Rakhmonov ou Kamaru Usman) avant d’espérer un titre. Mais dans l’univers de l’UFC, où les combats « money » priment parfois sur la logique sportive, tout est possible. Dana White lui-même a souri en entendant sa déclaration : « On verra… Si Ian continue comme ça, pourquoi pas ? »
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour 2025
Trois pistes se dessinent pour Garry :
- Un combat contre un Top 5 : Shavkat Rakhmonov (6ᵉ) ou Sean Brady (8ᵉ) seraient des adversaires logiques pour consolider sa position.
- Un « money fight » : Un affrontement contre Michael Chiesa (retour de blessure) ou Colby Covington (pour son style provocateur) attiserait les passions.
- Un titre intérimaire : Si Makhachev est blessé ou occupé par un combat en poids légers, l’UFC pourrait organiser un tournoi pour désigner un challenger.
Garry, lui, reste focalisé : « Je ne choisis pas mes adversaires. Je les domine, un point c’est tout. » Une philosophie qui, si elle se confirme, pourrait bien le mener jusqu’au sommet… et peut-être face à Makhachev plus tôt que prévu.

