Le règne sans partage d'Islam Makhachev
Depuis qu'il a arraché le titre des poids légers à Charles Oliveira en octobre 2022, Islam Makhachev (28-1) a transformé sa division en un royaume imprenable. Le Dagestanais, formé au légendaire camp Eagles MMA, a enchaîné les défenses de ceinture avec une régularité déconcertante : quatre victoires en trois ans, dont trois par soumission et une par décision unanime face à Jack Della Maddalena en novembre 2025. Son style, hérité de son mentor Khabib Nurmagomedov, repose sur une pression constante, une lutte au sol implacable et une capacité à étouffer ses adversaires dès les premières secondes.
Sur ses 28 victoires en carrière, 18 ont été obtenues avant la limite, un ratio qui témoigne de sa domination physique et technique. Pourtant, malgré cette hégémonie, une question persiste dans les cercles MMA : qui pourrait bien briser cette série ? La réponse de Carlos Prates, combattant brésilien et analyste pour Red Corner MMA, a surpris plus d'un observateur : "Ian Machado Garry a les meilleures chances de stopper Makhachev. Ce serait un combat très différent de celui contre Rakhmonov."
Ian Machado Garry : l'outsider qui dérange
À 28 ans, Ian Machado Garry (17-1) incarne l'archétype du combattant moderne : un mélange de technique précise, de mobilité et d'une agressivité calculée. Son parcours dans l'UFC, entamé en 2021, a été marqué par une série de huit victoires consécutives, dont un titre de champion des poids mi-moyens à Cage Warriors avant son arrivée dans la promotion américaine. Pourtant, son revers face à Shavkat Rakhmonov en 2024, lors d'un combat éliminatoire pour le titre, a révélé ses limites face à un adversaire capable de contrer son jeu de jambes.
Depuis, Garry a rebondi avec deux victoires par décision unanime, dont une face à Belal Muhammad en novembre 2025 et une autre contre Carlos Prates lui-même en avril de la même année. Ces performances ont confirmé sa place de n°2 mondial, mais aussi sa capacité à s'adapter. "Garry sait comment se déplacer, être inconfortable en standoff comme au sol. C'est ce qui en fait un adversaire unique pour Makhachev", explique Prates. Contrairement à Rakhmonov, dont le style repose sur une puissance brute, Garry mise sur des angles de frappe inhabituels et une défense au sol solide, deux éléments qui pourraient perturber le champion.
Le style qui fait la différence : analyse technique
Pour comprendre pourquoi Garry représente une menace si particulière, il faut disséquer son approche du combat. Là où la plupart des adversaires de Makhachev tentent de le contrer en pieds-poings avant de se faire emmener au sol, Garry adopte une stratégie inverse : il utilise sa mobilité pour éviter les échanges prolongés et exploite des ouvertures avec des coups précis, comme ses directs du droit ou ses uppercuts en contre. "Il a cette capacité à frapper sans se faire attraper, ce qui est rare face à un lutteur comme Makhachev", souligne Daniel Cormier, ancien champion UFC et analyste pour ESPN.
Au sol, Garry n'est pas en reste. Bien qu'il ne soit pas un spécialiste du grappling comme son rival dagestanais, il a démontré une capacité à se sortir de positions défavorables, notamment lors de son combat contre Prates. "Il a un jeu de jambes qui lui permet de rester debout, et quand il est au sol, il sait comment se relever rapidement. C'est exactement le genre de profil qui peut frustrer Makhachev", ajoute Cormier. Cette polyvalence, couplée à une endurance remarquable (seulement deux de ses 17 victoires ont été obtenues par décision), en fait un candidat crédible pour un affrontement sur cinq rounds.
Les coulisses d'un combat qui n'a (presque) jamais eu lieu
L'idée d'un duel entre Makhachev et Garry n'est pas nouvelle. Dès 2023, les fans et les médias spéculaient sur une possible confrontation, mais les calendriers des deux combattants n'ont jamais coïncidé. Makhachev, occupé à défendre son titre des poids légers, puis à monter de catégorie, a toujours privilégié des adversaires "sûrs" – comme Oliveira ou Moicano – plutôt que de prendre des risques face à un challenger imprévisible. De son côté, Garry a dû se reconstruire après sa défaite contre Rakhmonov, enchaînant les victoires pour retrouver sa place de prétendant.
Pourtant, les déclarations de Prates relancent le débat. "Les deux sont sans combat prévu, et ils ont besoin d'un gros défi pour marquer l'histoire. Garry a prouvé qu'il pouvait battre les meilleurs, et Makhachev a besoin d'un adversaire qui le pousse dans ses retranchements". Les bookmakers ont d'ailleurs réagi rapidement : les cotes pour un combat entre les deux hommes ont chuté de 10/1 à 5/1 en l'espace de 48 heures, signe que le marché croit en cette possibilité.
Un autre élément à considérer est l'âge des deux combattants. À 34 ans, Makhachev approche de la fin de sa prime, tandis que Garry, six ans plus jeune, représente une nouvelle génération de combattants. "C'est maintenant ou jamais pour Makhachev. S'il veut laisser un héritage, il doit affronter les meilleurs, pas seulement ceux qu'il peut dominer facilement", estime Ben Askren, ancien champion Bellator et analyste MMA.
Scénarios possibles : qui sortirait vainqueur ?
Si ce combat venait à se concrétiser, plusieurs scénarios sont envisageables. Le premier, et le plus probable selon les experts, verrait Makhachev imposer son rythme dès les premières minutes. "Garry est bon, mais il n'a jamais affronté un lutteur de ce niveau. Makhachev va le coller à la cage, le faire tomber et le soumettre au sol", prédit Chael Sonnen, ancien prétendant au titre UFC. Dans ce cas, une victoire par soumission (étranglement arrière ou clé de bras) serait l'issue la plus logique.
Cependant, Garry a les armes pour surprendre. S'il parvient à rester debout pendant les deux premiers rounds et à infliger des dégâts significatifs, il pourrait épuiser Makhachev et renverser la vapeur en fin de combat. "Garry a la vitesse et la technique pour tenir tête à Makhachev en pieds-poings. S'il arrive à éviter les takedowns, il peut gagner par décision", analyse Georges St-Pierre, légende du MMA et ancien champion UFC. Un troisième scénario, moins probable mais pas impossible, verrait Garry profiter d'une erreur de Makhachev pour l'emporter par KO, comme il l'a fait à deux reprises dans sa carrière.
Quoi qu'il en soit, ce combat aurait des répercussions majeures sur la division des poids mi-moyens. Une victoire de Makhachev confirmerait sa domination et relancerait les spéculations sur un éventuel retour en poids légers. À l'inverse, un succès de Garry ébranlerait l'ordre établi et ouvrirait la voie à une nouvelle ère, avec des prétendants comme Rakhmonov ou Muhammad en embuscade.
L'UFC a toujours été le théâtre de confrontations entre générations, et un duel entre Islam Makhachev et Ian Machado Garry en serait l'illustration parfaite. D'un côté, un champion au sommet de son art, héritier d'une dynastie dagestanaise invaincue depuis près d'une décennie. De l'autre, un jeune loup affamé, déterminé à prouver qu'il peut écrire sa propre légende. Les déclarations de Carlos Prates ne sont pas anodines : elles reflètent une réalité que beaucoup pressentaient, mais que peu osaient formuler.
Si ce combat voit le jour, il ne s'agira pas seulement d'une bataille pour le titre, mais d'un choc de philosophies : la rigueur et l'efficacité d'un style éprouvé contre l'audace et l'innovation d'une nouvelle garde. Et dans un sport où les surprises sont monnaie courante, une chose est sûre : personne ne sortira indemne de cet affrontement.
En attendant, les fans peuvent déjà spéculer. Makhachev, avec ses 16 victoires consécutives, reste le favori, mais Garry a prouvé à maintes reprises qu'il savait défier les pronostics. Une chose est certaine : si ce combat a lieu, il entrera dans l'histoire comme l'un des plus grands duels de la décennie.

