6 décembre 2024 : la date qui marquera la fin d’une ère
Quand Henry Cejudo montera dans la cage du UFC pour affronter Payton Talbott à Las Vegas, ce ne sera pas un combat comme les autres. Ce sera un adieu. À 37 ans, le double champion – poids mouche et poids coq – a officiellement annoncé que ce combat scellera la fin de sa carrière en MMA. Une décision mûrie, mais qui surprend encore certains observateurs, tant "The Messenger" a marqué l’histoire du sport par son style explosif et sa résilience.
Pour comprendre ce choix, il faut remonter à février 2024. Ce soir-là, face à Song Yadong, Cejudo subit ce qu’il décrit comme la "pire blessure de sa carrière" : un coup accidentel à l’œil qui affecte durablement sa vision. Les séquelles, combinées à trois défaites consécutives depuis son retour en 2023, ont eu raison de sa détermination. "Mon corps me dit stop. Mon œil ne répond plus comme avant, et je refuse de prendre des risques inutiles"*, confiait-il lors d’une interview récente.
Pourtant, Cejudo n’est pas du genre à abandonner. Médaillé d’or en lutte aux Jeux Olympiques de Pékin 2008, il a toujours relevé les défis avec une ténacité rare. Alors pourquoi maintenant ? La réponse tient en trois mots : famille, santé, avenir.
Derrière le guerrier, un père de famille et un homme d’affaires
Cejudo a souvent répété que le MMA était un "sport de jeunes". À près de 38 ans, avec deux enfants en bas âge, les sacrifices deviennent trop lourds. "Les coupes de poids, les entraînements à 6h du matin, les voyages constants… Ma fille me demande pourquoi je pars tout le temps. Ça, ça n’a pas de prix"*, explique-t-il, visiblement ému.
Mais ce n’est pas seulement une question de temps. Derrière l’image du combattant se cache un entrepreneur avisé. Depuis 2020, Cejudo investit massivement dans l’immobilier (il possède plusieurs propriétés aux États-Unis et au Mexique) et développe une agence de marketing sportif. "Je gagne aujourd’hui bien plus d’argent en une semaine de travail ‘normal’ qu’en six mois de préparation pour un combat"*, lâche-t-il sans détour. Une déclaration qui en dit long sur les réalités économiques du MMA, même pour un ancien champion.
Certains y voient une stratégie calculée. Après tout, Cejudo a déjà "pris sa retraite" en 2020, avant de revenir deux ans plus tard. Dana White, président de l’UFC, a d’ailleurs réagi avec prudence : "Henry est un compétiteur né. Je ne serais pas surpris de le voir revenir dans deux ans… mais cette fois, il a l’air sérieux."* Une incertitude qui alimente les spéculations, d’autant que Talbott, son adversaire du 6 décembre, est loin d’être un "cadeau d’adieu" : le jeune combattant, invaincu en 6 combats, représente un vrai défi.
"Je veux partir en beauté" : l’enjeu du dernier combat
Cejudo a toujours été un perfectionniste. Son dernier combat ne fera pas exception. "Je ne veux pas d’un combat facile, ni d’une victoire bidon. Je veux montrer que, même blessé, même vieillissant, je reste Henry ‘Triple C’ Cejudo"*, déclare-t-il, faisant référence à son surnom ("Champion of Champ Champ", en référence à ses deux ceintures UFC).
Pourtant, les observateurs notent un déclin technique depuis 2023. Ses défaites contre Merab Dvalishvili et Song Yadong ont révélé des failles dans son jeu de jambes et sa défense. Payton Talbott, bien que moins expérimenté, incarne cette nouvelle génération de combattants plus rapides et plus endurants. Un match à haut risque, donc, mais qui pourrait offrir à Cejudo une sortie à la Rocky : un dernier round épique, quitte à perdre.
L’aspect symbolique est crucial. Las Vegas, ville où Cejudo a remporté son premier titre UFC en 2018, sera le théâtre de ses adieux. "C’est là que tout a commencé, c’est là que tout se terminera"*, résume-t-il. Dana White a d’ailleurs promis un traitement spécial pour l’événement, avec une cérémonie d’hommage prévue après le combat – une première pour un combattant encore actif.
L’héritage de Cejudo : entre controverse et génie tactique
Henry Cejudo restera dans l’histoire comme l’un des seuls combattants à avoir détenu simultanément deux ceintures UFC dans des divisions différentes (poids mouche et poids coq). Un exploit rare, seulement égalé par Conor McGregor et Daniel Cormier. Pourtant, son parcours n’a pas été sans polémiques.
Son style "grind-heavy"* (basé sur l’usure et le contrôle au sol) a souvent été critiqué pour son manque de spectacle. Certains fans lui reprochent aussi ses retraits répétés, comme en 2020, quand il avait abandonné son titre poids mouche pour se concentrer sur les poids coqs – une décision perçue comme un manque de respect pour la division. "Cejudo a toujours fait ce qui était bon pour Cejudo"*, résume un journaliste de MMA Fighting.
Mais c’est aussi cette intelligence tactique qui a fait de lui un champion. Son combat contre Marlon Moraes en 2019 (victoire par TKO en 3 rounds) est souvent cité comme un chef-d’œuvre de stratégie. "Il a démonté Moraes pièce par pièce, comme un échiquier"*, analyse le commentateur Joe Rogan. Une approche cérébrale qui contraste avec l’image du "guerrier fou" souvent associée aux champions UFC.
Enfin, Cejudo laisse derrière lui un héritage olympique unique. Médaillé d’or en lutte à seulement 21 ans, il est le seul athlète à avoir remporté l’or aux JO et un titre UFC. Un parcours qui inspire encore des générations de lutteurs souhaitant se reconvertir dans le MMA.
Et après ? Immobilier, médias… et peut-être un retour ?
Officiellement, Cejudo se tourne vers trois projets :
- L’immobilier : Il gère un portefeuille de biens aux États-Unis et au Mexique, avec un focus sur les résidences haut de gamme. "J’ai appris à investir quand j’étais champion. Aujourd’hui, c’est mon vrai travail"*, précise-t-il.
- Le marketing sportif : Son agence, Cejudo Enterprises, conseille déjà plusieurs athlètes UFC en gestion de marque. Il envisage aussi de lancer une ligne de vêtements.
- Les médias : Il a été approché par ESPN et UFC Fight Pass pour devenir consultant. Son style direct et son expérience en font un candidat idéal.
Pourtant, la question d’un éventuel retour plane. Michael Bisping, ancien champion UFC, estime que "Cejudo a encore le niveau pour battre 80% des poids coqs. S’il revient dans 18 mois, après une bonne préparation, il peut faire mal."* Une hypothèse que Cejudo lui-même n’exclut pas totalement : "Never say never. Mais aujourd’hui, je suis en paix avec ma décision."*
Une chose est sûre : que ce soit sur les tatamis, dans l’octogone ou dans les affaires, Henry Cejudo a toujours su surprendre. Son dernier combat sera l’occasion de lui rendre hommage – et peut-être de voir naître une nouvelle légende.
Quant à Payton Talbott, il aura la lourde tâche d’affronter une légende… tout en sachant que, win or lose, ce combat changera sa carrière à jamais. Pour Cejudo, en revanche, l’enjeu est ailleurs : partir à sa manière, avec le panache qui a toujours caractérisé "Triple C".

