Qatar 2024 : quand une victoire de Garry fait plus de bruit que de consensus
Le UFC Fight Night au Qatar restera dans les mémoires... mais pas forcément pour les bonnes raisons. Ian Garry, l'espoir irlandais aux allures de star, a remporté une victoire in extremis face à Belal Muhammad – un succès qui a immédiatement divisé la communauté MMA. Entre ceux qui y voient l'émergence d'un nouveau prétendant et ceux qui crient au hold-up, un nom s'est invité dans le débat : celui de Henry Cejudo. L'ancien double champion (poids coqs et poids mouches) n'a pas hésité à balayer l'enthousiasme ambiant d'un revers de main. Pour lui, parler de combat de championnat pour Garry relève presque de la blague.
*"On a vu quoi, franchement ? Un Garry en survie pendant 15 minutes, un jugement qui fait grincer des dents... et soudain, il serait prêt pour Makhachev ?"* lance Cejudo sur ses réseaux, avant d'ajouter, sarcastique : *"Ah oui, bien sûr. Et moi, je suis prêt pour un marathon demain matin."*
Le problème, selon l'Américain d'origine mexicaine, ne réside pas dans le talent de Garry – *"le gars a du potentiel, c'est évident"* – mais dans le niveau d'exigence qu'implique un combat face à Islam Makhachev. *"Makhachev, c'est une machine à broyer les rêves. Tu veux l'affronter ? Très bien. Mais prouve d'abord que tu peux dominer un top 5 sans controverse"*, assène-t-il. Et dans sa ligne de mire, un nom s'impose : Shavkat Rakhmonov, l'Ouzbek qui avait infligé à Garry sa première défaite en UFC en 2023. *"Une revanche contre Rakhmonov, ça, ce serait un vrai test. Pas ce match nul déguisé qu'on a eu au Qatar."*
"Usman, c'est le seul qui peut faire trembler Makhachev" : la théorie explosive de Cejudo
Si Henry Cejudo enterre (provisoirement) les espoirs de Ian Garry, il allume une autre fusée : celle d'un combat entre Kamaru Usman et Islam Makhachev. *"Ecoutez-moi bien : si vous voulez voir un combat qui entre dans l'histoire, c'est ça. Deux rois. Deux légendes. Un choc de styles, de mentalités, de palmarès"*, s'enthousiasme-t-il. Pour l'ancien champion, Usman incarne le défi crédible pour Makhachev – bien plus que n'importe quel autre prénom circulant dans les rumeurs.
*"Usman, c'est 19 victoires en UFC, 5 défenses de titre, une domination sans partage pendant des années. Et surtout, il a ce quelque chose que Makhachev n'a pas encore affronté : un gars qui sait gérer un combat sur 5 rounds, qui ajuste, qui punit les erreurs. C'est pas un jeune loup excité, c'est un tueur méthodique."*
L'argument choc de Cejudo ? L'expérience des grands soirs. *"Makhachev a battu Volkanovski, oui. Mais Volkanovski, c'est un poids plume. Usman, c'est un poids mi-moyen qui a écrasé tout ce qui bougeait, y compris des mecs comme Colby Covington ou Jorge Masvidal. Deux fois. Vous pensez vraiment que Garry, avec ses 3-4 combats significatifs, peut apporter ça ?"*
Ironie du sort : Islam Makhachev lui-même a réagi aux propos de Cejudo... en les validant à demi-mot. *"Usman ? Pourquoi pas. C'est un grand champion. Mais d'abord, il doit gagner un combat"*, a-t-il déclaré en conférence de presse, sous-entendant que le Nigérian (en convalescence après une opération) devait d'abord prouver sa forme. Une réponse qui, selon Cejudo, *"montre bien que Makhachev a peur de personne... mais qu'il sait très bien qui représente la vraie menace."*
Derrière les mots de Cejudo : une stratégie UFC qui se dessine ?
Au-delà de l'analyse pure, les propos de Henry Cejudo soulèvent une question : et si l'UFC jouait déjà cette partition en coulisses ? Plusieurs indices laissent penser que le match Usman vs Makhachev est dans les tuyaux :
- Dana White a récemment évoqué un retour d'Usman *"d'ici la fin de l'année"*, après sa récupération.
- Makhachev, en quête d'un adversaire pour sa prochaine défense, a rejeté plusieurs noms (comme Arman Tsarukyan) en invoquant un manque de *"crédibilité"*.
- Les rumeurs d'un UFC 300 (prévu en novembre) avec un main event historique collent parfaitement à ce scénario.
Cejudo, lui, va plus loin : *"L'UFC a besoin de ce combat. Après le fiasco du Qatar, après les polémiques sur les juges, ils ont besoin d'un truc qui fait vendre, qui fait parler. Usman vs Makhachev, c'est du pain béni : deux champions, deux styles, deux continents, et une question simple – qui est le meilleur, vraiment ?"*
Reste un obstacle : la forme physique d'Usman. *"S'il revient à 90% seulement, Makhachev va le démolir"*, prévient un entraîneur anonyme interrogé par MMA Junkie. Mais Cejudo, lui, n'y croit pas : *"Usman ? Il revient toujours plus fort. Regardez son combat contre Leon Edwards après sa première défaite. Il avait changé de game, il avait adapté son jeu. C'est ça, un vrai champion."*
Le "problème Garry" : entre hype et réalité
Revenons à Ian Garry, dont le parcours ressemble de plus en plus à un rollercoaster. Après sa défaite face à Rakhmonov, beaucoup le donnaient pour fini. Puis vient sa victoire contre Geoff Neal, suivie de ce succès controversé au Qatar. *"Le gars a du charisme, c'est sûr. Mais en MMA, le charisme ne suffit pas"*, résume Cejudo.
Son conseil ? *"Qu'il affronte Rakhmonov en revanche, qu'il prouve qu'il a progressé. Ou alors, qu'il monte en poids moyens pour tester sa puissance. Mais rêver de Makhachev maintenant, c'est comme vouloir courir avant de savoir marcher. Sauf que là, Makhachev, c'est un sprint en montagne avec des cailloux dans les chaussures."*
Certains, comme l'entraîneur John Kavanagh (fondateur du SBG Ireland, où s'entraîne Garry), défendent leur poulain : *"Ian a 26 ans. Il apprend, il s'adapte. Donnez-lui du temps."* Cejudo, lui, reste sceptique : *"Le temps, c'est bien. Mais en UFC, le temps, c'est aussi des défaites qui s'accumulent. Regardez Sage Northcutt : trop de hype, pas assez de préparation. Garry a le potentiel pour éviter ce piège... s'il écoute les bonnes personnes."*
Et si Cejudo avait (encore) raison ?
L'histoire lui a souvent donné raison. Quand il avait prédit la chute de TJ Dillashaw, beaucoup riaient. Quand il avait annoncé que Israel Adesanya dominerait les poids moyens, on le traitait de rêveur. Aujourd'hui, ses analyses sont écoutées comme des oracles.
Alors, Usman vs Makhachev en 2024 ? *"Je vous parie ma ceinture de poids mouches que ça arrive"*, lance-t-il, malicieux. Quant à Garry, Cejudo conclut avec un sourire : *"Il a tout pour réussir. Mais pour l'instant, il a surtout tout pour se planter. À lui de choisir."*
Une chose est sûre : dans l'arène des poids mi-moyens, les dés sont en train d'être relancés. Et cette fois, les paris pourraient bien tenir compte des conseils (avisés) d'un certain Henry Cejudo.

