Un champion qui divise
Quand Glover Teixeira parle, le monde du MMA écoute. L'ancien champion des poids mi-lourds, connu pour son franc-parler, a récemment livré une analyse sans filtre de Khamzat Chimaev lors d'une interview exclusive. "C'est un phénomène, personne ne peut nier son talent. Mais il y a des choses qui me dérangent profondément dans sa façon de faire", confie le Brésilien. Ce mélange d'admiration et de critiques résume parfaitement la perception ambivalente que suscite le combattant tchétchène.
Ce qui frappe d'abord chez Chimaev, c'est son parcours sans la moindre défaite (15-0) et sa capacité à dominer des adversaires réputés avec une apparente facilité. Son dernier exploit ? Un KO magistral contre Dricus Du Plessis à l'UFC 303, qui lui a valu la ceinture des poids moyens. "Il a un timing incroyable et une puissance dévastatrice", reconnaît Teixeira, avant d'ajouter : "Mais le talent ne fait pas tout. L'attitude compte aussi."
Les coulisses d'une rivalité naissante
Ce qui irrite particulièrement Teixeira, ce sont les comportements de Chimaev en entraînement. "Il y a des règles non écrites dans ce sport. Quand tu partages la cage avec quelqu'un, même en sparring, tu respectes ton partenaire", explique le vétéran. Des sources proches de l'équipe de Chimaev révèlent que ses sessions d'entraînement sont souvent marquées par une intensité excessive, frôlant parfois l'irrespect envers ses partenaires.
Un épisode marquant aurait opposé Chimaev à un membre de l'équipe de Alex Pereira lors d'un stage commun. "Il a poussé le guy au-delà des limites, juste pour prouver un point", raconte un témoin sous couvert d'anonymat. Ces méthodes, bien que contribuant à forger son aura de "guerrier", lui valent aussi des inimitiés dans le milieu. Teixeira compare cette attitude à celle des jeunes loups des années 2000, comme Rashad Evans, mais "en bien plus extrême".
L'ambition qui fait trembler les mi-lourds
Ce qui fascine autant que son palmarès, c'est l'audace de ses projets. À peine couronné chez les poids moyens, Chimaev annonce déjà vouloir monter en catégorie pour affronter Alex Pereira, l'actuel champion des mi-lourds. "Il veut tout, tout de suite. C'est à la fois admirable et dangereux", commente Teixeira, qui connaît bien Pereira pour avoir partagé son entraînement.
Un tel combat représenterait un choc des titans : d'un côté, la puissance brute et l'agressivité de Chimaev ; de l'autre, l'expérience et la technique de Pereira, ancien champion de kickboxing au Glory. "Alex a déjà affronté des monstres comme Israel Adesanya et Robert Whittaker. Il sait gérer la pression", rappelle Teixeira. Mais il admet aussi : "Khamzat a ce quelque chose d'imprévisible qui peut déstabiliser n'importe qui."
Les bookmakers sont divisés : certains voient en Chimaev le futur "double champion", capable de dominer deux catégories simultanément comme l'a fait Conor McGregor en son temps. D'autres, comme l'ancien champion Kamaru Usman, tempèrent : "Monter de catégorie, c'est une toute autre histoire. La puissance ne suffit pas toujours."
"Glory Days" : quand le passé éclaire l'avenir
Pour comprendre l'ascension de Chimaev, il faut remonter à ses débuts en Suède, où il s'est forgé une réputation de "terminator" dans les petites organisations. "Il combattait trois fois en une soirée, et gagnait à chaque fois", se souvient un promoteur local. Cette mentalité de "guerrier des steppes" - un mélange de tradition tchétchène et de culture MMA moderne - explique en partie son approche sans compromis.
Teixeira voit des parallèles avec sa propre carrière : "Moi aussi, on me disait que j'étais trop vieux, trop lent. Mais j'ai prouvé que l'expérience compte." Il souligne cependant une différence majeure : "Khamzat a 30 ans, il est à l'apogée de sa carrière. Moi, j'ai dû attendre 42 ans pour devenir champion. Lui, il veut tout conquérir avant 35 ans."
Son équipe, menée par l'entraîneur Andre Ewell, travaille actuellement sur son jeu au sol, seul point faible apparent dans son arsenal. "S'il améliore son jiu-jitsu, il deviendra presque invincible", prédit un analyste de ESPN MMA. Mais comme le rappelle Teixeira : "Dans ce sport, il suffit d'une erreur pour tout perdre."
Le style Chimaev : entre génie et excès
Ce qui rend Chimaev si captivant, c'est son style unique : une combinaison de sambō russe, de lutte tchétchène et de strikes explosifs. "Il a une façon de enchaîner les coups qui rappelle Khabib Nurmagomedov, mais avec plus de puissance dans les poings", analyse un coach de l'UFC Performance Institute.
Ses combats sont souvent courts et violents : 11 de ses 15 victoires se sont conclues avant la limite. "Il ne cherche pas les points, il cherche la destruction", note Teixeira. Cette approche, bien que spectaculaire, comporte des risques. Contre Gilbert Burns en 2022, il a failli payer cher son agressivité excessive avant de l'emporter in extremis.
Son charisme médiatique joue aussi un rôle clé. Entre les déclarations provocatrices ("Je vais écraser tout le monde") et les gestes symboliques (comme porter le drapeau tchétchène après ses victoires), il a su créer une marque personnelle qui dépasse le sport. "C'est du génie marketing", admet Teixeira, "mais parfois, ça frise l'arrogance pure."

