"Depuis que j’ai 10 ans, je visualisais ce moment"
Quand Gabriel Bonfim monte sur la balance ce vendredi à Las Vegas, ce n’est pas seulement pour valider son poids (77 kg) qu’il le fait les yeux brillants. C’est pour sceller un rêve qu’il caresse depuis l’enfance, dans les favelas de São Paulo, où il débutait le jiu-jitsu brésilien avec des kimonos usés. "À 10 ans, je regardais les combats de l’UFC à la télé en me disant : un jour, ce sera moi. Mais coiffer l’affiche ? Jamais j’aurais osé y croire aussi tôt", confie-t-il, la voix encore teintée d’incrédulité. Pourtant, les faits sont là : ce samedi, "Marretinha" (surnom affecté en hommage à son style de grappling fluide comme une "petite marée") sera le combattant principal de l’UFC Vegas 111, face à un adversaire de taille : Randy Brown, 12ᵉ mondial et 11 ans son aîné.
Ce statut de tête d’affiche, Bonfim le doit à une ascension fulgurante : 14ᵉ mondial après seulement 6 combats UFC (5 victoires, 1 défaite), un palmarès qui inclut des soumissions éclairs (comme celle contre Mounir Lazzez en 47 secondes) et une réputation de finisseur (80% de ses victoires avant la limite). Pourtant, le Brésilien assume une pression différente : "Être en main event, c’est comme porter le drapeau du Brésil. Ce n’est plus juste ma carrière, c’est l’honneur de tout un pays.", explique-t-il, conscient que des millions de fans auront les yeux rivés sur lui — surtout avec 7 autres Brésiliens à la carte, dont son compatriote Ismael Bonfim (sans lien de parenté).
Randy Brown : le test ultime pour entrer dans la cour des grands
Si Bonfim incarne l’audace de la jeunesse, son adversaire, Randy "Rude Boy" Brown (34 ans), représente l’expérience implacable. Classé 12ᵉ, l’Américain de la Jamaïque cumule 22 combats pros (18-5), une défense solide (seulement 2 défaites en 7 ans à l’UFC) et une polyvalence redoutable : 6 victoires par KO, 5 par soumission. "Brown est le genre de gars qui ne fait pas d’erreurs. Une seule faute de ma part, et il me punira", analyse Bonfim, qui a étudié des heures de vidéos de son adversaire. Leur style contraste à tous niveaux :
Bonfim : jeu de jambes explosif, transitions rapides au sol, soumissions en chaîne (spécialiste des rear-naked chokes).
Brown : boxe précise, contrôle au clinch, endurance à toute épreuve (a tenu 5 rounds contre Muslim Salikhov).
La clé du combat ? "Je dois l’emmener au sol dans les deux premiers rounds. Si je le laisse dicter le rythme en striking, je vais souffrir", admet Bonfim. Une stratégie risquée, car Brown a déjà survécu à des grapplers comme Warlley Alves. Mais Marretinha a un atout : son mental d’acier, forgé dans les tournois de jiu-jitsu où il enchaînait 10 combats en une journée. "La fatigue ? Je ne connais pas. Quand j’entends la foule crier ‘Brasil!’, je trouve des ressources que je ne soupçonnais pas.", assure-t-il.
"Je préfère attendre le bon combat que combattre tous les mois"
Ce qui frappe chez Bonfim, c’est sa maturité stratégique. Alors que beaucoup de jeunes talents enchaînent les combats pour monter au classement, lui refuse les affrontements hors top 15. "Quoi, je vais risquer ma santé contre un gars classé 30ᵉ pour gagner 2 places ? Non merci. Je veux des noms qui font avancer ma carrière.", tranche-t-il. Une philosophie qui lui a valu des critiques ("Il a peur ?"), mais aussi le respect de ses pairs. "Gabriel sait ce qu’il veut. À 26 ans, il pense déjà comme un champion", salue Gilbert Burns, ancien prétendant au titre des mi-moyens.
Cette patience a un prix : Bonfim n’a combattu que 2 fois en 2023. Mais chaque victoire comptait. Sa performance contre Trevin Giles (victoire par décision unanime) a marqué les esprits, prouvant qu’il pouvait tenir 15 minutes contre un grappler solide. "Je ne suis pas pressé. Mon objectif, c’est d’être champion avant 30 ans. Pour ça, il faut battre des mecs comme Brown, puis visiter le top 10 en 2025", détaille-t-il, citant Shavkat Rakhmonov ou Jack Della Maddalena comme cibles futures.
Pourtant, tous les experts ne partagent pas son optimisme. "Bonfim a du talent, mais Brown est un os dur. S’il perd, il recule de 5 places. À son âge, est-ce qu’il peut se permettre ça ?", questionne Chael Sonnen, l’ancien combattant devenu analyste. Une pression que Bonfim assume : "Si je perds, je rebondirai. Mais je ne perds pas. Pas ce samedi."
UFC Vegas 111 : une soirée 100% Brésil ?
L’événement de ce week-end est bien plus qu’un simple combat pour Bonfim : c’est une démonstration de force du MMA brésilien. Avec 8 athlètes sur la carte (un record récent), l’UFC semble avoir trouvé une nouvelle pépinière de talents. Parmi eux :
- Ismael Bonfim (28 ans, 19-3) : cousin éloigné de Gabriel, il affronte Christos Giagos en lightweight.
- Raoni Barcelos (36 ans, 17-3) : vétéran des poids coqs, de retour après une défaite contre Miles Johns.
- Denise Gomes (26 ans, 7-1) : l’une des rares femmes brésiliennes en strawweight, face à Rayanne dos Santos.
- Mayra "Sheetara" (31 ans, 13-3) : spécialiste du muay thaï, en quête de rachat après deux défaites d’affilée.
"C’est historique. On montre que le Brésil n’est pas juste le pays du football ou de la samba, mais aussi celui des guerriers", s’enthousiasme Marco Túlio, autre Brésilien du card principal. Une dynamique qui rappelle l’ère Anderson Silva ou José Aldo, quand les Brésiliens dominaient les classements. Bonfim pourrait bien en être le nouveau visage.
Le pari fou : un titre UFC avant 2027 ?
Si Bonfim l’emporte samedi, les scénarios s’accélèrent. Une place dans le top 10 dès 2025, comme il le souhaite, n’est pas utopique. "Regardez Islam Makhachev : il a mis 5 ans pour devenir champion après être entré dans le top 10. Moi, je compte faire ça en 3", lance-t-il, ambitieux. Pour y parvenir, il devra :
1. Battre un top 10 d’ici mi-2025 (Rakhmonov ou Della Maddalena ?).
2. Améliorer son striking : son jeu de pieds reste perfectible face à des boxeurs comme Leon Edwards.
3. Gérer la pression médiatique : une défaite maintenant serait un coup d’arrêt.
"Gabriel a le potentiel, mais le chemin est semé d’embûches. Un seul faux pas, et il se retrouve noyé dans la masse", tempère Daniel Cormier, double champion UFC. Bonfim, lui, préfère voir grand : "Je ne veux pas juste être dans le top 10. Je veux être le mec qui fait peur à tout le monde. Comme Khabib en son temps." Un rêve qui, samedi soir, pourrait prendre une tournure bien réelle.

