Un accident qui défie les lois de la physique
Ce jeudi 30 mai, vers 15h locale, la vie de Deiveson Figueiredo a basculé en une fraction de seconde. Alors qu’il roulait paisiblement sur la Rue Quintino Bocaiúva, à Belém (État du Pará), un véhicule conduit par une jeune femme a surgi d’une rue secondaire à une vitesse estimée bien au-delà des limites. L’impact a été si violent que la voiture du combattant a été projetée en l’air, effectuant plusieurs tonneaux avant de s’immobiliser dans un fossé, réduite à l’état d’épave. Les images, partagées plus tard sur ses réseaux sociaux, donnent froid dans le dos : vitres explosées, carrosserie tordue, airbags déployés… Pourtant, contre toute attente, Figueiredo en est sorti avec seulement des contusions et des douleurs musculaires.
Dans son post Instagram, visible par ses 12,4 millions d’abonnés, le Brésilien a décrit la scène avec une émotion palpable : "Je sentais que quelque chose n’allait pas. J’ai vu la voiture arriver, et puis… plus rien. Juste le bruit du métal, les cris, et cette sensation de voler. Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai cru que j’étais mort." Un récit qui a suscité une vague de soutien, avec des milliers de commentaires de fans, mais aussi de collègues comme Israel Adesanya ou Alexandre Pantoja, son rival historique.
Ce qui frappe dans cette histoire, c’est l’usage du terme livramento par Figueiredo. Au Brésil, ce mot dépasse la simple notion de "chance" : il évoque une intervention divine, une protection presque miraculeuse. Pour un homme qui porte le surnom de Deus da Guerra ("Dieu de la Guerre"), cette référence prend une dimension symbolique forte. D’ailleurs, son manager, Wallid Ismail, a confirmé au site MMA Fighting que le combattant voyait dans cet accident un "signe qu’il doit continuer à se battre, mais avec encore plus de détermination."
"Je suis toujours debout" : la résilience d’un champion
Ce n’est pas la première fois qu’un athlète de haut niveau frôle la tragédie. En 2021, Conor McGregor s’était brisé le tibia lors d’un combat contre Dustin Poirier, une blessure qui aurait pu mettre fin à sa carrière. Pourtant, l’Irlandais est revenu, tout comme Dominick Cruz après des années de blessures à répétition. Mais ce qui distingue Figueiredo, c’est sa réaction immédiate : dès le lendemain de l’accident, il a posté une vidéo de lui en train de s’entraîner… sur un vélo stationnaire. "Le corps est douloureux, mais l’esprit est plus fort. Je serai de retour bientôt," a-t-il écrit.
Pourtant, tous ne partagent pas cet optimisme. Daniel Cormier, commentateur pour ESPN, a exprimé ses craintes : "Un accident comme celui-là, même sans blessures graves, peut laisser des traces psychologiques. On a vu des fighters perdre leur agressivité après un choc traumatique. Figueiredo devra prouver qu’il est toujours le même animal dans la cage." Une inquiétude légitime, surtout pour un combattant connu pour son style explosif et ses prises de risque.
Du côté médical, les examens ont confirmé l’absence de commotion cérébrale ou de lésion interne, mais les médecins ont insisté sur la nécessité d’un suivi psychologique. "Un traumatisme comme celui-ci peut déclencher des réflexes de peur inconscients. Il faudra évaluer sa réaction aux coups et aux prises au sol," explique le Dr. Marcio Tannure, spécialiste des sports de combat à l’hôpital Albert Einstein de São Paulo. Figueiredo, lui, balaye ces craintes d’un revers de main : "Je suis né pour me battre. Rien ne m’arrêterá."
Belém, ville maudite ? Quand la sécurité routière devient un enjeu national
L’accident de Figueiredo met en lumière un problème récurrent au Brésil : l’insécurité routière. Selon les données de l’Observatório Nacional de Segurança Viária, l’État du Pará, où se trouve Belém, enregistre un taux d’accidents mortels 30% supérieur à la moyenne nationale. Les causes ? Un mélange de routes mal entretenues, de contrôles policiers insuffisants, et d’une culture de la vitesse difficile à éradiquer.
Le cas de Figueiredo est d’autant plus symbolique qu’il s’inscrit dans une série d’accidents impliquant des célébrités brésiliennes. En 2023, le footballeur Neymar avait frôlé la catastrophe lors d’un excès de vitesse à Rio, tandis que la chanteuse Anitta avait été victime d’un carjacking en plein São Paulo. Ces événements ont relancé le débat sur l’impunité des conducteurs dangereux, surtout quand ils appartiennent à l’élite. "Au Brésil, si tu as de l’argent ou de la notoriété, tu peux souvent éviter les conséquences. Mais cette fois, c’est un combattant qui paie le prix," dénonce Rafael Alcadipani, professeur de droit à la Fundação Getulio Vargas.
Interrogé par Globoesporte, Figueiredo a d’ailleurs appelé à plus de responsabilité : "Je ne veux pas que cette jeune femme [la conductrice] soit lynchée, mais il faut que les gens comprennent que la route n’est pas un circuit de Formule 1. Une seconde d’inattention, et des vies sont brisées." Un message qui a trouvé écho auprès des autorités locales, le maire de Belém, Edmilson Rodrigues, annonçant le renforcement des radars sur la Rue Quintino Bocaiúva.
Le retour du "Dieu de la Guerre" : entre pression et rédemption
Alors que les rumeurs sur son prochain combat enflent, une question persiste : quand et contre qui Figueiredo reviendra-t-il ? Selon MMA Junkie, deux noms circulent : une revanche contre Marlon Vera (qu’il a battu en 2022) ou un affrontement explosif face à Petr Yan, l’ancien champion poids coq. Dana White, le président de l’UFC, a laissé entendre qu’un combat avant la fin 2024 était envisageable, à condition que les examens médicaux soient concluants.
Pour Figueiredo, ce retour serait bien plus qu’un simple combat. Ce serait la preuve ultime de sa résilience, un moyen de transformer un cauchemar en triomphe. "Je veux montrer à mes enfants que même quand la vie te frappe, tu te relèves. Et tu frappes plus fort," a-t-il confié à Combate. Une philosophie qui résume bien l’homme : un mélange de foi inébranlable et de rage de vaincre.
Reste à savoir si l’accident aura un impact sur son style. Figueiredo est connu pour son jeu de jambes ultra-rapide et ses soumissions éclair – des atouts qui reposent sur une confiance absolue en son corps. "S’il hésite ne serait-ce qu’une milliseconde en cage, ses adversaires en profiteront," analyse Fernando Tererê, entraîneur de jiu-jitsu brésilien. Mais ceux qui connaissent le champion savent une chose : le doute n’a jamais fait partie de son ADN.
Derrière le guerrier : l’homme, la famille, et une nouvelle perspective
Ce que peu de gens savent, c’est que Figueiredo était en route pour rendre visite à sa mère, atteinte d’un cancer, au moment de l’accident. Une coïncidence macabre qui a ajouté une couche d’émotion à son récit. "Ma mère m’a toujours dit que j’étais protégé. Ce jour-là, j’ai cru qu’elle avait raison," a-t-il avoué, les yeux brillants, dans une interview à Sportv.
Depuis, sa relation avec sa famille semble encore plus forte. Sa femme, Jéssica Figueiredo, a partagé une photo de eux deux à l’hôpital, avec la légende : "Dieu t’a gardé pour une raison. Maintenant, montre-leur pourquoi." Une pression supplémentaire ? Peut-être. Mais pour un homme qui a grandi dans la pauvreté de Nouvelle Olinda do Norte (Amazonie), chaque combat est déjà une question de survie.
D’ailleurs, Figueiredo a annoncé qu’il reverserait une partie de ses gains de son prochain combat à une association locale luttant contre l’insécurité routière à Belém. "Je ne veux pas que d’autres familles vivent ce que j’ai vécu. Si mon histoire peut sauver ne serait-ce qu’une vie, alors cet accident aura servi à quelque chose." Une démarche rare dans le monde du MMA, où les rivalités et l’individualisme priment souvent.

