"Jon Jones n’a pas à s’excuser. Pas à moi, pas à qui que ce soit." La déclaration de Dana White, président de l’UFC, résonne comme un coup de marteau sur l’enclume. Dans un échange avec TMZ Sports, le dirigeant a réaffirmé, sans ambiguïté, son respect inconditionnel pour l’homme qu’il considère comme le plus grand combattant de l’histoire du MMA. Une position qui peut surprendre, tant les relations entre les deux hommes ont été marquées par des conflits publics, des négociations houleuses et des désaccords retentissants. Pourtant, pour White, une chose est claire : "Bones" Jones est une légende, et rien n’y changera rien.
Une légende au-dessus des querelles
Jon Jones et Dana White, c’est l’histoire d’un mariage de raison qui a souvent viré au clash médiatique. Des disputes sur les contrats aux critiques acerbes en conférence de presse, leur relation a été tout sauf un long fleuve tranquille. Pourtant, lorsque TMZ Sports a demandé à White si Jones devait s’excuser pour ses frasques passées, la réponse fut cinglante : "Pourquoi ? Il est le meilleur. Point."
Une affirmation qui en dit long sur la manière dont l’UFC perçoit son ancien champion. Malgré les suspensions pour dopage, les annulations de combats et les tensions contractuelles, Jones reste, aux yeux de White, l’athlète qui a dominé son sport comme aucun autre. Avec un palmarès incluant deux titres en poids mi-lourds et lourds, une série record de défenses de ceinture, et des victoires contre des légendes comme Daniel Cormier, Rashad Evans ou Vitor Belfort, les arguments ne manquent pas.
Mais cette admiration sans faille interroge. Comment concilier le respect affiché par White avec les sanctions disciplinaires infligées à Jones par le passé ? La réponse tient peut-être dans une phrase du président de l’UFC : "On peut ne pas être d’accord sur des choses, mais ça n’efface pas ce qu’il a accompli." Une vision pragmatique, où le bilan sportif prime sur les polémiques.
"Un combat à la Maison-Blanche ? Parlons d’abord d’Aspinall vs Gane"
Alors que Jon Jones alimente les rumeurs d’un retour en 2026 pour un événement organisé… à la Maison-Blanche, Dana White tempère l’enthousiasme. "Officiellement, il est à la retraite", rappelle-t-il, avant d’ajouter : "Mais si on parle d’un vrai combat, ce serait contre le vainqueur d’Aspinall vs Gane."
Une déclaration qui en dit long sur les priorités de l’UFC. Plutôt que de spéculer sur un retour lointain et incertain, White préfère se concentrer sur un scénario concret et immédiat. Le combat revanche entre Tom Aspinall et Ciryl Gane, prévu pour décembre 2024, pourrait en effet désigner le prochain prétendant au trône des poids lourds – un trône que Jones a laissé vacant en mars 2024, après sa victoire contre Stipe Miocic à l’UFC 295.
Pourtant, l’idée d’un Jones combattant à la Maison-Blanche a de quoi faire rêver. Imaginé par le champion lui-même, ce projet fou soulève une question : l’UFC oserait-il organiser un événement dans l’enceinte présidentielle ? White, prudent, n’a pas fermé la porte, mais son ton suggère qu’il voit cela comme un coup marketing plutôt qu’un plan réaliste. "On verra. Pour l’instant, parlons de choses sérieuses", semble-t-il dire.
Derrière les caméras : quand White et Jones s’entendent (vraiment)
Si leurs échanges publics sont souvent tendus, ceux qui connaissent bien l’UFC savent que White et Jones entretiennent une relation plus nuancée en privé. Plusieurs témoins, dont d’anciens managers et combattants, racontent que les deux hommes s’estiment profondément, malgré leurs divergences.
Un exemple ? Lors de l’UFC 232 en 2018, où Jones avait récupéré son titre face à Alexander Gustafsson après une suspension, White avait été vu félicitant chaleureusement le champion dans les coulisses, loin des microphones. "C’est un gars qui a traversé l’enfer et qui revient toujours plus fort", aurait-il murmuré à des proches.
Autre détail révélateur : lorsque Jones a annoncé sa retraite en 2024, White a été l’un des premiers à le défendre contre les critiques, arguant que "personne ne mérite plus de partir sur une victoire que lui". Une loyauté qui tranche avec l’image de "méchant patron" que le président de l’UFC cultive parfois.
Pourtant, les sceptiques restent nombreux. Des figures comme Daniel Cormier ou Joe Rogan ont souvent pointé du doigt l’attitude "arrogante" de Jones, estimant que son talent ne justifiait pas toujours ses excès. White, lui, semble avoir fait un choix : séparer l’homme de l’athlète, et célébrer le second sans réserve.
Les fans divisés : entre nostalgie et lassitude
Sur les réseaux sociaux, la réaction des supporters est clairement partagée. D’un côté, les "Jones or Nothing", ces fans inconditionnels qui réclament son retour à tout prix, quitte à ce que ce soit pour un combat "exhibition" à la Maison-Blanche. De l’autre, ceux qui estiment que la page est tournée, et que l’UFC doit se concentrer sur la nouvelle génération.
Un sondage réalisé par MMA Junkie en avril 2024 révèle que 58% des fans souhaiteraient voir Jones affronter le vainqueur d’Aspinall vs Gane, contre 32% qui préféreraient un combat "spécial" (comme celui évoqué à Washington). Les 10% restants ? Ils pensent que Jones devrait rester à la retraite, period.
Parmi les voix critiques, celle de Chael Sonnen résonne particulièrement. L’ancien combattant, devenu analyste, n’a jamais caché son aversion pour Jones : "C’est un tricheur qui a eu de la chance. L’UFC devrait tourner la page." À l’inverse, des légendes comme Georges St-Pierre ou Khabib Nurmagomedov ont salué le parcours de Jones, malgré ses erreurs.
Dana White, lui, semble se moquer des polémiques. Pour lui, l’héritage de Jones est déjà écrit : "Dans 20 ans, on parlera encore de lui. Pas de ses erreurs, mais de ses combats." Une vision à long terme, qui rappelle que dans le monde impitoyable du MMA, la légende prime souvent sur la morale.
Et si le vrai combat de Jones était contre le temps ?
À 37 ans, Jon Jones n’est plus le phénomène intouchable des années 2010. Ses dernières performances, bien que victorieuses, ont montré des signes de ralentissement : une endurance moins explosive, des coups moins précis. Pourtant, son QI de combat reste intact, et son expérience en fait toujours un adversaire redoutable.
Le problème ? Les poids lourds d’aujourd’hui ne ressemblent plus à ceux d’hier. Des athlètes comme Tom Aspinall (25 ans) ou Sergei Pavlovich (32 ans) représentent une nouvelle génération de combattants plus grands, plus puissants, et techniquement affûtés. Un combat contre l’un d’eux serait un test ultime pour Jones – et peut-être une façon de sceller définitivement son héritage, qu’il gagne ou perde.
Dana White le sait : "Jon a encore quelque chose à prouver, mais pas pour les raisons qu’on croit." Ce n’est plus une question de réhabilitation, mais de confirmation. Peut-il encore dominer les meilleurs ? Ou son retour ne serait-il qu’un adieu glorifié, comme celui de Anderson Silva face à Israel Adesanya en 2020 ?
Une chose est sûre : si Jones remonte dans la cage, ce sera pour un combat qui marquera l’histoire. Et Dana White, malgré ses réticences, sera le premier à le savoir.

