De la réticence à l'admiration : le revirement inattendu de Dana White
Il y a encore quelques années, Dana White n'y allait pas par quatre chemins pour critiquer Merab Dvalishvili. Le président de l'UFC pointait du doigt un manque d'agressivité et des choix stratégiques parfois déconcertants, notamment lors de ses affrontements contre Aljamain Sterling. "Il a le talent, mais il ne l'utilise pas comme il le devrait", avait-il même lancé en 2022, après une performance jugée timorée. Pourtant, en 2024, le discours a radicalement changé. "The Machine" a enchaîné les victoires avec une détermination qui a forcé le respect, au point que White n'hésite plus à le citer en exemple : "C'est ça, la mentalité d'un champion. Il veut combattre encore et encore. J'adore ça."
Ce revirement s'explique par une année 2024 historique. Dvalishvili a défendu sa ceinture à trois reprises en douze mois, un rythme effréné inédit dans la catégorie des bantamweights. Sa victoire contre Cory Sandhagen à l'UFC 320, en mars dernier, a marqué un tournant. Non content de dominer son adversaire, il a affiché une maîtrise technique et une endurance qui ont impressionné jusqu'à ses derniers détracteurs. "Il a prouvé qu'il était bien plus qu'un simple grappler défensif", analyse un observateur de MMA Junkie. Désormais, White voit en lui un ambassadeur de l'esprit UFC : un combattant prêt à tout pour rester au sommet.
L'ironie de l'histoire ? C'est précisément cette soif de combat que White reprochait autrefois à Dvalishvili. Aujourd'hui, le Géorgien incarne cette philosophie à la perfection, au point de réclamer un quatrième combat de titre en une seule année – une première dans l'ère moderne de l'UFC. Un pari fou, mais qui reflète une ambition sans limites.
UFC 323 : un rematch qui sent la poudre et l'histoire
Le 30 juin 2024, lors de l'UFC 323, Merab Dvalishvili affrontera Petr Yan pour un combat revanche qui promet d'être électrique. Leur première confrontation, en mars 2022, s'était soldée par une victoire controversée de Yan aux points (décision partagée), laissant un goût d'inachevé des deux côtés. Deux ans plus tard, les enjeux ont radicalement changé. Dvalishvili arrive en champion incontesté, auréolé de trois défenses de titre en 2024, tandis que Yan, ancien roi des bantamweights (2019-2021), tente de renouer avec les sommets après des performances en dents de scie.
Pour Dvalishvili, l'objectif est clair : entrer dans l'histoire. Une victoire lui permettrait d'égaler – voire de surpasser – le record de fréquence de défenses de ceinture détenu par des légendes comme Demetrious Johnson (onze défenses en bantamweight, mais étalées sur plusieurs années). "Personne n'a jamais fait quatre combats de titre en twelve mois. Si Merab y arrive, ce sera un exploit pour les livres d'histoire", souligne un analyste de ESPN MMA. À 33 ans, le Géorgien a l'occasion de sceller son héritage en un temps record.
Pour Yan, en revanche, ce combat est une question de survie. L'ancien champion, âgé de 31 ans, a connu des hauts et des bas depuis sa défaite face à Aljamain Sterling en 2021. Alternant victoires et défaites, il reste un redoutable strikeur, mais son manque de constance interroge. "Petr a encore le niveau pour battre n'importe qui, mais mentalement, est-il toujours aussi fort ?", s'interroge un entraîneur de l'équipe Tiger Muay Thai. Une victoire contre Dvalishvili lui offrirait une seconde jeunesse ; une défaite pourrait, au contraire, sonner le glas de ses ambitions au plus haut niveau.
Choc de titans : quand la pression rencontre la précision
Stylistiquement, ce rematch oppose deux philosophies de combat radicalement différentes. Dvalishvili, c'est l'étau qui se resserre : un grappling étouffant, une endurance à toute épreuve, et une capacité à imposer son rythme pendant cinq rounds. Yan, lui, incarne la précision chirurgicale : des coups de poing dévastateurs, un timing redoutable, et une défense au sol qui lui a souvent sauvé la mise.
Leur premier affrontement avait révélé les failles des deux hommes. Yan avait dominé les échanges debout, mais Dvalishvili avait failli le soumettre au sol à plusieurs reprises. "Petr a gagné parce qu'il a mieux géré les moments clés, mais Merab l'a poussé dans ses retranchements comme personne avant", rappelle un commentateur de Sherdog. Cette fois, la donne a changé : Dvalishvili est plus complet, tandis que Yan semble moins explosif qu'à son apogée.
La clé du combat ? La gestion du pace. Dvalishvili devra éviter les contre-attaques de Yan en entrée de clinch, tandis que le Russe devra trouver un moyen de garder ses distances sans s'épuiser. "Si Merab arrive à l'amener au sol dès le premier round, Yan sera en danger. Mais si Petr le touche proprement dès le début, ça peut basculer très vite", prédit un ancien champion UFC. Un scénario imprévisible, donc, mais qui promet un spectacle haletant.
Derrière les gants : l'obsession du travail qui a tout changé
Ce que peu de gens savent, c'est que le déclin apparent de Dvalishvili entre 2020 et 2023 était en réalité une période de reconstruction. Après ses défaites face à Sterling, le Géorgien a radicalement changé son approche, s'entourant de nouveaux partenaires d'entraînement et peaufinant son jeu debout. "Il s'est enfermé six mois en Thaïlande pour travailler uniquement son striking. Personne ne le savait, mais il préparait son retour", révèle un proche de son équipe, Sergei Tretyakov.
Son secret ? Une routine d'entraînement digne des plus grands. Dvalishvili s'impose des sessions de deux heures de grappling le matin, suivies de trois heures de striking l'après-midi, le tout sans jour de repos. "Il dort avec un moniteur cardiaque et analyse chaque donnée pour optimiser sa récupération", confie un membre de son staff. Résultat : une endurance monstrueuse et une technique affûtée comme jamais.
Même Dana White, pourtant habitué aux athlètes d'exception, a été impressionné par cette discipline. "Quand tu vois un gars comme ça, qui donne tout sans jamais se plaindre, tu ne peux que respecter. C'est ça, l'UFC : des mecs qui veulent écrire l'histoire, pas juste gagner un chèque." Une philosophie qui résume à elle seule la métamorphose de Dvalishvili.
Et si Yan jouait les trouble-fêtes ?
Malgré l'élan actuel de Dvalishvili, Petr Yan n'est pas du genre à se laisser impressionner. Le Russe, connu pour son sang-froid, a déjà prouvé qu'il savait gérer la pression des grands soirs. "Je ne combat pas pour les records, je combat pour gagner. Merab a eu de la chance en 2022, mais cette fois, je vais lui montrer qui est le meilleur", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.
Certains observateurs, comme l'ancien champion T.J. Dillashaw, estiment d'ailleurs que Yan a été sous-estimé : "Petr est un tueur. Il a perdu son titre à cause d'un genou défectueux [contre Sterling], pas à cause de son niveau. Si son mental tient, il peut tout gagner." Une analyse qui rappelle que, dans le MMA, rien n'est jamais acquis.
Dvalishvili, lui, reste concentré. "Je respecte Petr, mais je ne combat pas pour lui. Je combat pour moi, pour mon peuple, pour montrer que le travail paie toujours." Une détermination qui, si elle se concrétise le 30 juin, pourrait bien faire de lui le premier combattant de l'histoire à défendre son titre quatre fois en une année civile. Un record qui, s'il tombe, fera date.

