Tokyo, 16 novembre : Quand le MMA écrit une nouvelle page de son histoire
Le ONE 173: Superbon vs. Noiri restera gravé dans les annales du MMA. Dans une soirée où les fans attendaient des combats explosifs, deux champions ont offert bien plus qu'un simple spectacle : une démonstration technique qui pourrait influencer l'évolution des règles du sport. Christian "The Warrior" Lee et Yuya "Little Piranha" Wakamatsu ont tous deux conservé leurs titres grâce à des TKO au deuxième round, utilisant la même arme fatale : des genoux dévastateurs sur des adversaires au sol.
Ce qui rend ces victoires exceptionnelles, c'est la règle spécifique de ONE Championship qui les a permises. Contrairement à la plupart des organisations de MMA, ONE autorise les coups de genou sur un adversaire déjà au sol - une particularité qui divise les puristes mais qui, ce soir-là, a produit des finitions spectaculaires. Chatri Sityodtong, PDG de ONE, a immédiatement récompensé cette performance en offrant 50 000$ à chaque champion, une somme rarement attribuée même pour les combats les plus impressionnants.
Pour les observateurs, ces combats posent une question fondamentale : le règlement de ONE, souvent critiqué pour son approche "trop agressive", ne serait-il pas en train de redéfinir ce que signifie être un combattant complet en MMA ?
Christian Lee : La Machine à Finir qui Tourne à Plein Régime
Avec 17 victoires avant la limite en seulement 18 combats professionnels, Christian Lee n'est pas un champion comme les autres. Son combat contre Alibeg Rasulov était particulièrement attendu après leur première confrontation controversée. Cette fois, Lee a laissé peu de place au doute.
Dès le premier round, le double champion (welterweight et lightweight) a imposé un rythme effréné, combinant des frappes précises avec une défense quasi-imperméable. Mais c'est au deuxième round que Lee a marqué l'histoire. Après avoir envoyé Rasulov au tapis, il a enchaîné avec une série de genoux au corps et à la tête qui ont forcé l'arrêt de l'arbitre. "C'est ça, le vrai MMA", a-t-il déclaré en post-combat, défendant le règlement de ONE qui permet ces techniques.
Ce qui impressionne avec Lee, c'est sa capacité à s'adapter. Après avoir dominé la catégorie lightweight, il a choisi de monter en welterweight - une décision risquée qui s'est avérée payante. Avec cette victoire, il confirme son intention de rester actif dans les deux divisions en 2026. "Je veux défendre mon titre welterweight l'année prochaine. Je suis prêt à affronter n'importe qui, n'importe quand", a-t-il lancé, provoquant déjà des spéculations sur son prochain adversaire.
Wakamatsu vs. Pacio : Quand le Champion Doute (Presque)
Si Yuya Wakamatsu est sorti vainqueur de son combat contre Joshua Pacio, rien n'était gagné d'avance. Le champion des poids mouches a même admis en conférence de presse avoir cru perdre le combat pendant quelques instants cruciaux.
Dès les premières secondes, Pacio a surpris en envoyant Wakamatsu au tapis avec une combinaison de coups de poing. Le public du Yoyogi National Gymnasium a retenu son souffle : le champion japonais, connu pour sa résistance, semblait en difficulté. Mais Wakamatsu a puisé dans ses réserves pour inverser la tendance. "Son grappling était bien plus fort que ce que j'avais anticipé", a-t-il reconnu, avant d'ajouter : "C'est ce qui rend ce sport si beau - on ne sait jamais vraiment qui va gagner jusqu'au dernier coup."
La clé de sa victoire ? Une préparation physique monstrueuse et une stratégie de contre-attaque implacable. Au deuxième round, après avoir neutralisé les tentatives de soumission de Pacio, Wakamatsu a placé un genou parfait au menton de son adversaire, suivi d'une série de coups qui ont scellé le combat. La victoire était d'autant plus symbolique qu'elle marquait sa première défense de titre depuis sa montée en poids mouches.
Derrière les Coulisses : La Préparation qui Change Tout
Ce que le public ne voit pas, ce sont les mois de préparation qui précèdent ces performances. Pour Christian Lee, cela signifie des entraînements à 6h du matin à United MMA à Hawaï, où il s'entraîne avec des partenaires comme son frère Angela Lee et Eddie Alvarez. "On travaille spécifiquement les transitions sol-debout", révèle son coach, "parce que c'est là que se gagnent les combats sous les règles ONE."
Côté japonais, Yuya Wakamatsu a passé les trois derniers mois en altitude au T-Mobile Arena de Las Vegas, s'entraînant avec l'équipe de Tenshin Nasukawa. "On a analysé chaque combat de Pacio", confie son préparateur physique. "On savait qu'il était dangereux en début de round, alors on a travaillé les contre-attaques après les 30 premières secondes." Une stratégie qui s'est avérée payante.
Un détail intéressant : les deux champions ont utilisé le même équipement pour ce combat - des gants Fairtex modifiés avec un rembourrage supplémentaire au niveau des jointures. "Cela permet de frapper plus fort sans risquer de se blesser", explique Lee. Une innovation qui pourrait bien se généraliser.
Et Maintenant ? Les Défis de 2026
Pour Christian Lee, l'objectif est clair : défendre son titre welterweight au premier semestre 2026. Plusieurs noms circulent déjà, dont celui de Kiamrian Abbasov, l'ancien champion, ou encore Dmitriy Menshikov, invaincu depuis 2019. "Je veux des défis", déclare Lee. "Plus c'est difficile, plus ça m'excite."
Yuya Wakamatsu, de son côté, pourrait bien viser une double ceinture. Avec sa victoire contre Pacio, il a prouvé qu'il pouvait dominer les meilleurs poids mouches. Mais son équipe évoque déjà un possible combat contre Adriano Moraes, le champion des poids coqs, dans un combat de super-fight qui ferait vibrer l'Asie entière. "Je prends les combats un par un", tempère Wakamatsu, "mais je suis ouvert à toutes les opportunités."
Une chose est sûre : avec des athlètes comme Lee et Wakamatsu, ONE Championship continue de pousser les limites du MMA. La question n'est plus de savoir si d'autres organisations adopteront leurs règles, mais quand.
Le Débat sur les Règles : Innovation ou Danger ?
Les victoires de Lee et Wakamatsu relancent le débat sur le ONE Championship rule set. Si certains, comme le commentateur Michael Schiavello, saluent "une évolution naturelle du sport", d'autres s'inquiètent. Joe Rogan, par exemple, a critiqué ces règles sur son podcast : "Autoriser les genoux au sol, c'est comme donner un couteau à quelqu'un qui est déjà par terre. À un moment, il faut protéger les combattants."
Chatri Sityodtong défend bec et ongles son approche : "Nos règles rendent les combats plus excitants et plus réalistes. Le MMA doit évoluer, pas rester figé dans des traditions qui limitent les athlètes." Les chiffres semblent lui donner raison : ONE 173 a enregistré une audience record en Asie, avec un pic à 12 millions de téléspectateurs pour le main event.
Un ancien arbitre de l'UFC, interviewé sous couvert d'anonymat, nuance : "Techniquement, ces règles demandent une formation spécifique pour les arbitres. Il faut être capable de distinguer une position dominante d'un adversaire vulnérable. Ce n'est pas aussi simple qu'il y paraît."

