Un premier round marqué par la controverse et l’inachevé
Le 2 décembre 2023, lors de ONE Friday Fights 48, Christian Lee et Alibeg Rasulov s’affrontaient pour la première fois dans une rencontre qui promettait d’être explosive. Lee, alors en pleine reconstruction après sa défaite face à Iuri Lapicus en 2022, dominait progressivement son adversaire. Son striking précis et son grappling agressif commençaient à porter leurs fruits, avec des projections et des tentatives de soumission qui mettaient Rasulov en difficulté. Pourtant, un coup de doigt accidentel dans l’œil du Russe a forcé l’arbitre à interrompre le combat, déclenchant un no contest qui a laissé les fans et Lee lui-même sur leur faim.
Pour Lee, cet arrêt prématuré a été une double frustration : non seulement il se sentait en contrôle total du combat, mais il voyait aussi s’échapper une opportunité de relancer sa dynamique après une période difficile. Dans une interview post-combat, il avait déclaré : "J’avais le sentiment que le combat était à moi. J’avais trouvé le rythme, j’étais en train de le briser mentalement et physiquement. Ce no contest… c’est comme si on m’avait volé ma victoire." Une déclaration qui en dit long sur sa détermination à en découdre une nouvelle fois.
Les images du combat montrent clairement que Lee avait pris l’ascendant. Selon les statistiques compilées par ONE Championship, il avait réussi 3 takedowns sur 5 tentatives et infligé 27 coups significatifs contre 12 pour Rasulov avant l’arrêt. Des chiffres qui renforcent sa conviction : "Je n’ai pas besoin de changer radicalement ma stratégie. Je dois juste finir ce que j’ai commencé."
Derrière les coulisses : La préparation méthodique d’un champion en quête de rédemption
Si Christian Lee est connu pour son striking explosif et son grappling redoutable, c’est surtout sa rigueur mentale qui le distingue. Pour ce rematch, il a choisi de s’entourer d’une équipe élargie, intégrant des spécialistes en lutte turque (un style proche de celui de Rasulov) et en récupération neuro-musculaire. Son entraîneur principal, Eddie Cha, a révélé dans une interview exclusive à South China Morning Post que Lee travaille particulièrement ses "transitions entre le striking et le grappling, pour éviter les temps morts où Rasulov pourrait reprendre l’initiative."
Parmi les ajustements notables :
- Renforcement des clinch positions : Lee a étudié les faiblesses de Rasulov dans les échanges rapprochés, où ce dernier a tendance à baisser sa garde.
- Travail sur les soumissions en chaîne : Il a peaufiné des enchaînements de rear-naked choke et armbar pour exploiter les ouvertures dès que Rasulov se retrouve au sol.
- Gestion du rythme cardiaque : Des séances en altitude (à Baguio City, aux Philippines) pour améliorer son endurance en haute intensité.
Lee a aussi introduit des séances de visualisation avec un préparateur mental, une technique qu’il avait négligée par le passé. "Je revois chaque seconde du premier combat, mais aussi des scénarios où je le soumets en 3 minutes, en 4 minutes… Je veux que mon cerveau soit prêt à saisir la moindre opportunité," confie-t-il. Une approche qui rappelle celle de Georges St-Pierre, connu pour sa préparation psychologique méticuleuse.
Du côté de Rasulov, les informations sont plus discrètes, mais son équipe a laissé entendre qu’il avait travaillé son jeu de jambes pour éviter les takedowns de Lee. Une stratégie risquée, car c’est précisément dans ces phases que Lee excelle. Dmitry Bikrev, son entraîneur, a déclaré à RT Sport : "Alibeg a appris de ses erreurs. Il sait que Lee va tout donner dès le premier round. Nous avons préparé des contre-attaques pour chaque scénario." Une déclaration qui ajoute une dose de suspense à ce duel.
Tokyo, 16 novembre : Le scénario d’une victoire éclair
Christian Lee n’a jamais caché son ambition : soumettre Alibeg Rasulov en moins de 5 minutes. Pour y parvenir, il compte sur une stratégie en trois phases :
- Domination immédiate au striking (0-2 min) : Utiliser ses coups de pied bas et ses jabs pour déséquilibrer Rasulov et le forcer à reculer.
- Transition vers le grappling (2-3 min) : Profiter d’une ouverture pour un takedown et passer en position dominante (mount ou back control).
- Soumission finale (3-5 min) : Appliquer une pression constante jusqu’à ce que Rasulov commette une erreur, puis enchaîner avec une soumission (probablement un rear-naked choke).
Cette approche n’est pas sans rappeler son combat contre Shinya Aoki en 2019, où Lee avait dominé avant de soumettre le vénérable vétéran japonais en 2 rounds. Une performance qui lui avait valu le titre de champion léger ONE et confirmé son statut de prodige du MMA asiatique. "Contre Aoki, j’ai prouvé que je pouvais gérer la pression face à un légende. Contre Rasulov, je vais prouver que je peux rebondir après une injustice," déclare-t-il, déterminé.
Cependant, certains observateurs, comme l’analyste Robin Black, mettent en garde contre un excès de confiance : "Rasulov n’est pas un adversaire facile. Il a une résistance incroyable et un mental d’acier. Si Lee ne parvient pas à le soumettre rapidement, il pourrait se retrouver dans un combat d’usure, et là, tout peut arriver." Un risque que Lee semble avoir anticipé, puisqu’il a insisté sur sa préparation physique pour tenir 3 rounds si nécessaire.
Enjeux : Bien plus qu’une simple revanche
Ce combat dépasse le simple cadre d’une revanche. Pour Christian Lee, il s’agit de :
- Effacer le doute : Après le no contest et sa défaite face à Lapicus, une victoire éclatante lui permettrait de retrouver sa place parmi les meilleurs légers du monde.
- Relancer sa quête des ceintures : Avec un titre vacant en jeu (le champion actuel, Regian Eersel, est en pause), une performance convaincante pourrait le propulser vers un nouveau shot au titre.
- Affirmer son héritage : À 26 ans, Lee a déjà marqué l’histoire du MMA asiatique. Une victoire spectaculaire à Tokyo, devant un public japonais passionné, renforcerait encore son statut d’icône.
Pour Alibeg Rasulov, l’enjeu est tout aussi crucial. Une victoire contre Lee lui ouvrirait les portes du top 5 mondial et ferait de lui un prétendant sérieux au titre. À 33 ans, le Russe sait que le temps presse : "Je n’ai pas l’intention de laisser passer cette chance. Lee est un grand champion, mais je vais lui montrer qu’il a sous-estimé mon évolution," a-t-il déclaré lors de la conférence de presse de ONE 173.
Du point de vue des fans, ce combat est un cadeau. Les affrontements entre grapplers de haut niveau comme Lee et Rasulov sont rares, et leur premier duel avait déjà offert des séquences techniques remarquables. Avec la promesse d’une fin cette fois-ci, l’événement s’annonce comme un must-watch pour les amateurs de MMA.
Le mot de la fin : "Je vais écrire l’histoire"
Lors d’une session média organisée par ONE Championship à Singapour, Christian Lee a lancé un message clair à son adversaire : "Alibeg, tu as eu de la chance la dernière fois. Le 16 novembre, il n’y aura pas de coup de doigt, pas d’arrêt controversé. Juste moi, toi, et la réalité : je suis le meilleur. Et je vais te le prouver en moins de 5 minutes."
Une déclaration qui résume à elle seule l’état d’esprit du combattant. Entre rédemption, ambition et légende personnelle, ce combat a tous les ingrédients pour devenir un classique. Reste à savoir si Rasulov, souvent sous-estimé, parviendra à contrer les plans de Lee. Une chose est sûre : à Tokyo, le 16 novembre, le monde du MMA aura les yeux rivés sur la cage.

