Du face crank à la fête des enfants : quand l’octogone rencontre la favela
12 octobre 2023, Guarujá (Brésil) – Il était 23h47 lorsque Charles Oliveira a verrouillé son face crank fatidique contre Mateusz Gamrot à UFC Rio, scellant une victoire qui allait bien au-delà des 3 rounds. Moins de 24 heures plus tard, le Brésilien annonçait sur ses réseaux sociaux une décision qui a électrisé le Brésil : "Mon bonus de 50 000 $ ? Il sera la fête des enfants de ma favela." Pas de discours creux, pas de promesse lointaine – une action immédiate, typique de l’homme qui a grandi entre les ruelles de Vicente de Carvalho, l’une des favelas les plus denses de la région.
Pour comprendre l’impact de ce geste, il faut remonter à l’enfance d’Oliveira. À 8 ans, il découvrait le jiu-jitsu dans un dojo de fortune, où les tapis étaient troués et les kimonos rapiécés. Aujourd’hui, il détient le record absolu de Performance of the Night en UFC (10 bonus), et choisit de célébrer sa 24ème victoire en octogone en offrant des sourires à ceux qui, comme lui, grandissent avec le rêve comme seule échappatoire. "Ce gamin est passé de la favela au monde !", avait-il lancé après son combat – une phrase qui résume toute la puissance symbolique de son initiative.
"On va faire une fête monstrueuse" : la promesse d’un champion pas comme les autres
Alors que des athlètes comme Israel Adesanya ou Alex Pereira investissent leurs bonus dans des projets personnels (voitures de luxe, immobilier), Oliveira mise sur l’impact collectif. Son annonce, faite en direct sur Instagram devant 3 millions de viewers, était sans filtre : "Pas de VIP, pas de barrières. Juste les enfants, la musique, et beaucoup de jiu-jitsu." Un parti pris radical dans un univers où le MMA est souvent associé à l’individualisme.
Le programme de la journée ? Une logistique digne d’un événement UFC, mais version communautaire :
- 10h00 : Ateliers de jiu-jitsu animés par des ceintures noires locales (dont deux anciens partenaires d’entraînement d’Oliveira).
- 12h30 : Distribution de 1 000 repas (feijoada, plat traditionnel brésilien) et de kits scolaires.
- 14h00 : Tournoi de football improvisé sur le terrain vague où Oliveira jouait enfant.
- 16h00 : Spectacle de capoeira et concert de funk carioca, avec des artistes locaux.
Le détail qui tue : Pour éviter toute spéculation, Oliveira a publié les reçus des achats sur ses stories, prouvant que l’intégralité du bonus était réinvestie. Une transparence rare, qui a valu à son post plus de 2 millions de likes en 48h.
Guarujá, ville des contrastes : quand le MMA devient un outil social
Avec 38% de ses enfants vivant sous le seuil de pauvreté (chiffres IBGE 2023), Guarujá incarne les inégalités brésiliennes. Pourtant, c’est ici que Oliveira a forgé son mental. "Dans la favela, tu apprends deux choses : te battre ou disparaître", confiait-il en 2021. Son parcours rappelle celui de Rodrigo Minotauro, autre légende brésilienne du MMA issue d’un milieu modeste, mais avec une différence majeure : Oliveira assume publiquement ses origines, là où d’autres les gomment.
Son initiative s’inscrit dans la lignée de projets comme Projeto Social Lutando pelo Bem, une ONG utilisant les arts martiaux pour éloigner 1 200 jeunes par an de la criminalité. "Le jiu-jitsu m’a sauvé la vie", répète Oliveira, qui finance depuis 2020 5 bourses annuelles pour des enfants talentueux de sa favela. Cette fête du 12 octobre ? Une extension naturelle de son engagement.
Le chiffre qui fait réfléchir : Selon une étude de l’Université de São Paulo, 62% des jeunes des favelas de Guarujá ont déjà été approchés par des trafics. Face à cela, Oliveira mise sur le sport comme "arme de distraction massive" – une stratégie qui a déjà fait ses preuves avec des athlètes comme Anderson Silva, lui aussi issu d’un quartier difficile de São Paulo.
Derrière les sourires : la stratégie d’un homme qui pense à long terme
Certains y voient un coup de communication. Pourtant, ceux qui connaissent Oliveira savent que son engagement est ancien. Dès 2016, il organisait des collectes de vêtements dans sa favela. En 2019, il avait financé la rénovation d’un dojo local. "Do Brasil" – son surnom, qui signifie "Du Brésil" – n’est pas qu’un slogan, mais une philosophie.
L’élément déclencheur ? Une visite en 2022 dans une école primaire de Vicente de Carvalho, où une enfant lui avait demandé : "Est-ce que les gens comme nous peuvent devenir champions ?" Sa réponse, devenue virale : "Regarde-moi. Je suis la preuve que oui." Cette fête du 12 octobre est la concrétisation de cette promesse.
Et l’UFC dans tout ça ? Dana White, le président de l’organisation, a salué l’initiative : "C’est ça, un vrai champion. Pas juste un combattant, mais un leader." Un compliment rare, quand on sait que White est connu pour son cynisme. Même Mateusz Gamrot, son adversaire battu à UFC Rio, a réagi : "Respect. Ça montre que le MMA peut changer des vies, pas juste les casser."
"Le plus grand combat de ma vie" : quand Oliveira parle de son héritage
En 2021, après sa victoire contre Michael Chandler pour le titre des poids légers, Oliveira avait déclaré : "Ceinture ou pas, mon vrai combat, c’est de montrer aux gamins de la favela qu’ils valent plus que ce qu’on leur dit." Deux ans plus tard, sa fête du 12 octobre est la preuve qu’il passe des mots aux actes.
Le symbole fort : Parmi les cadeaux distribués, 50 kimonos de jiu-jitsu portaient l’inscription "Futur Champion". Un clin d’œil à son propre parcours, mais aussi un message clair : "Le prochain Oliveira est peut-être parmi vous."
La suite ? Oliveira a déjà annoncé vouloir dupliquer l’événement en 2024, avec un objectif : 1 000 enfants. Et cette fois, il compte impliquer d’autres stars brésiliennes du MMA, comme Deiveson Figueiredo ou Gilbert Burns. "Ensemble, on peut faire plus", a-t-il lancé, prouvant que son ambition dépasse largement les 4 murs de l’octogone.

