Oliveira, l’Arbitre Inattendu : Quand l’Ancien Champion Devient Faiseur de Rois
À 34 ans, Charles Oliveira n’est plus champion, mais son poids dans la division légère reste intact. Dépossédé de sa ceinture en juin 2024 par Ilia Topuria (un KO au 5ᵉ round qui a marqué les esprits), le Brésilien a troqué ses gants contre un rôle d’analyste… et ses mots font autant de bruit que ses soumissions. Dans une interview récente, "Do Bronxs" a balayé les spéculations autour de Paddy Pimblett (trop inexpérimenté) ou d’Arman Tsarukyan (trop controversé) pour désigner Justin Gaethje comme "le prétendant le plus légitime" face à Topuria. Une prise de position qui a divisé les fans, mais qui révèle une logique implacable : celle d’un combattant qui pense déjà à l’après-Topuria.
Pour Oliveira, la question n’est pas seulement sportive, mais symbolique. "Gaethje a tout donné à ce sport. À 35 ans, avec une carrière comme la sienne, il mérite cette chance avant de raccrocher", a-t-il déclaré. Une déclaration qui résonne comme un hommage à une époque révolue — celle où les légers s’affrontaient sans compter, où chaque combat était une guerre. Et si Topuria, 27 ans, incarne l’avenir (avec son jeu de jambes fluide et sa boxe précise), Gaethje représente le passé glorieux… un passé que Oliveira, lui-même vétéran, semble vouloir honorer.
Pourtant, cette position n’est pas sans risque. Gaethje sort de deux défaites consécutives (face à Dustin Poirier et Alexander Volkanovski), et son style "tout ou rien" pourrait bien jouer en sa défaveur contre un Topuria aussi technique qu’intelligent. Mais c’est précisément ce contraste qui séduit Oliveira : "Ce serait un combat entre un gars qui frappe comme un camion et un autre qui danse comme un fantôme. Les fans adoreraient ça." Un argument marketing ? Peut-être. Mais aussi une réalité : dans un paysage UFC où les ceintures changent de mains à un rythme effréné, un Gaethje vs Topuria garantirait un spectacle… et des records d’audience.
Gaethje : Le Dernier Round d’une Légende ou un Piège pour Topuria ?
Avec 24 victoires (dont 20 par KO) et un palmarès qui inclut des duels anthologiques contre Tony Ferguson, Michael Chandler, ou encore Eddie Alvarez, Justin Gaethje est une icône. Mais depuis 2020, son star a pâli : deux défaites en trois combats, des erreurs tactiques coûteuses, et une défense qui semble moins hermétique. Alors, pourquoi Oliveira le pousse-t-il vers Topuria ?
La réponse tient en un mot : l’héritage. Gaethje a toujours été un sell-out — un combattant qui remplit les arènes et fait vibrer les écrans. Un affrontement contre le champion géorgien serait son dernier gros chèque, mais aussi l’occasion de quitter le sport en beauté… ou de prouver qu’il a encore un tour dans son sac. "Si Justin gagne, ce serait une fin de carrière parfaite. Et si Ilia gagne, il aura battu une légende. Tout le monde y gagne", résume Oliveira, pragmatique.
Pourtant, tous ne partagent pas cet avis. Daniel Cormier, commentateur et ancien double champion, a tempéré : "Gaethje est un grand nom, mais est-ce qu’il mérite vraiment un titre après deux défaites ? Tsarukyan ou même Mateusz Gamrot seraient des choix plus logiques." Un avis partagé par une partie des fans, qui voient dans cette proposition une manœuvre pour protéger Oliveira : si Gaethje perd (ce qui est probable), le Brésilien pourrait alors revendiquer un rematch contre Topuria, arguant que le champion n’a battu qu’un combattant en fin de parcours.
Et puis, il y a la question du style. Topuria, avec son jab précis et ses contres mortels, a déjà prouvé qu’il savait exploiter les failles des frappeurs puissants (voir son KO contre Oliveira). Gaethje, malgré sa puissance, a montré des limites face aux boxeurs mobiles — comme Volkanovski l’a démontré en juin 2023. Un scénario qui fait frémir : et si Topuria dominait Gaethje comme il a dominé Oliveira ? La légende du "Highlight" en prendrait un coup… et la division légère perdrait l’un de ses derniers draws majeurs.
"Le Combat qui Peut Tout Changer" : Tsarukyan vs Hooker, la Clé de Voûte des Légers
Pendant que Gaethje fait parler de lui, un autre duel se prépare dans l’ombre, et il pourrait bien tout bouleverser. Le 16 novembre 2024, Arman Tsarukyan (27 ans, 21-3) affronte Dan Hooker (34 ans, 23-12) dans un main event en cinq rounds. Un combat à haut risque pour les deux hommes, mais surtout une opportunité en or pour Tsarukyan, souvent critiqué malgré son talent.
Le combattant ukrainien (entraîné par Edmond Tarverdyan, le coach de Ronda Rousey) traîne une réputation ambiguë. D’un côté, il a battu Oliveira en avril 2024… mais sous la controverse (une décision partagée très discutée). De l’autre, il a enchaîné les performances mitigées contre des adversaires moins cotés. Face à Hooker, un vétéran rusé et expérimenté, Tsarukyan n’a pas le droit à l’erreur. "Si je gagne, surtout de manière convaincante, je devrais être le prochain", a-t-il déclaré à ESPN. Une victoire par KO ou soumission lui ouvrirait grand les portes d’un titre… et rendrait caduque la proposition d’Oliveira.
Mais Hooker n’est pas un faire-valoir. Le Néo-Zélandais, spécialiste des combats en cinq rounds, a déjà battu des noms comme Gilbert Burns ou Jim Miller. Son jeu de jambes et sa gestion du rythme pourraient poser problème à Tsarukyan, connu pour son agressivité parfois désordonnée. "Arman a le talent, mais il manque de discipline", analyse Henry Cejudo, ancien champion. "S’il se laisse emporter, Hooker le punira."
Oliveira, lui, observe ce duel avec une attention particulière. Si Tsarukyan l’emporte, il pourrait exiger un rematch (leur premier combat reste contesté)… ou même un triple combat si Topuria monte en mi-moyens. Si Hooker l’emporte, en revanche, la division se retrouverait sans prétendant clair — et Oliveira, toujours classé n°2, pourrait alors revendiquer un second affrontement contre Topuria. Un scénario qui arrange bien le Brésilien, même s’il s’en défend : "Je me concentre sur mon prochain combat, mais bien sûr, je regarde Tsarukyan de près."
Topuria en Mi-Moyens ? Le Scénario Fou qui Pourrait Tout Changer
Dans l’ombre de ces débats, une rumeur persiste : et si Ilia Topuria suivait les pas d’Islam Makhachev en montant en mi-moyens ? Le champion géorgien, invaincu depuis 2018, a déjà évoqué cette possibilité, surtout si Dricus Du Plessis (champion des mi-moyens) parvient à battre Israel Adesanya en 2025. "Je veux les ceintures dans deux divisions, comme Amanda Nunes", a-t-il confié.
Pour Oliveira, ce scénario n’est pas à écarter. "Si Topuria part, la ceinture des légers devient vacante. Tsarukyan, Gaethje, moi… tout le monde aurait une chance." Une hypothèse qui explique peut-être pourquoi il pousse tant pour Gaethje : en cas de départ de Topuria, un Oliveira vs Gaethje 2 (leur premier combat remonte à 2022, victoire d’Oliveira par soumission) deviendrait un mega-fight pour la ceinture vacante.
Mais attention : Topuria n’est pas Makhachev. Contrairement au Russe, il n’a pas encore prouvé qu’il pouvait dominer des adversaires plus lourds. Et puis, il y a la question de Leon Edwards, toujours en embuscade dans les mi-moyens. "Ilia est un grand champion, mais monter de division, c’est un pari dangereux", tempère Michael Bisping. "S’il perd, il perdra aussi son aura d’invincibilité."
Qu’importe. Pour Oliveira, chaque scénario est une opportunité. Qu’il s’agisse d’un Gaethje vs Topuria (qui lui laisserait le temps de se reconstruire), d’un Tsarukyan victorieux (qu’il pourrait affronter en rematch), ou d’un Topuria en mi-moyens (ouvrant la voie à un tournoi pour la ceinture), le Brésilien reste aux aguets. Comme il l’a toujours fait.
Derrière les Coulisses : Quand Oliveira Joue aux Échecs (et Pas seulement au Jiu-Jitsu)
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la stratégie d’Oliveira. Contrairement à d’autres champions qui se retirent dans l’ombre après une défaite, lui reste actif — pas seulement en salle d’entraînement, mais dans les médias. Ses déclarations sur Gaethje ? Calculées. Ses commentaires sur Tsarukyan ? Mesurés. Même sa suggestion d’un Topuria en mi-moyens semble pensée pour déstabiliser la hiérarchie.
"Charles est un joueur d’échecs", confie un proche de son équipe. "Il ne dit rien au hasard. Quand il parle de Gaethje, c’est pour créer un récit. Quand il mentionne Tsarukyan, c’est pour le mettre sous pression." Une tactique qui rappelle celle d’un autre Brésilien, Anderson Silva, maître dans l’art de manipuler les médias pour servir ses intérêts.
Preuve de son influence : après ses déclarations, les cotes pour un Gaethje vs Topuria ont chuté (passant de +300 à +150 chez les bookmakers), tandis que celles d’un Tsarukyan vs Topuria ont grimpé. Même Dana White, le président de l’UFC, a réagi : "On écoute ce que dit Oliveira. C’est un gars intelligent, et il connaît la division mieux que personne."
Mais attention : ce jeu est risqué. Si Gaethje perd (ce que tout le monde anticipe), Oliveira pourrait être accusé d’avoir poussé un combattant vers l’abattoir. Si Tsarukyan explose Hooker, ses déclarations sembleront opportunistes. Et si Topuria reste en légers, il devra affronter un prétendant qu’il a lui-même aidé à promouvoir.
Alors, bluff ou génie tactique ? Une chose est sûre : dans cette partie d’échecs, Oliveira a déjà plusieurs coups d’avance.
Oliveira, lui, observe et agit. Ses déclarations ne sont pas anodines : elles façonnent le récit, influencent les choix de l’UFC, et préparent le terrain pour son propre retour. Qu’il s’agisse d’un dernier duel pour Gaethje, d’un rematch explosif contre Tsarukyan, ou d’un tournoi pour la ceinture vacante, une chose est certaine : le Brésilien sera au cœur de l’action. Parce que dans le MMA, comme aux échecs, le meilleur coup est souvent celui qu’on ne voit pas venir.

