"Ils nous traitent comme du bétail" : Newton dénonce un système conçu pour exploiter les combattants
La scène se passe à Las Vegas, devant les membres de la Nevada State Athletic Commission (NSAC), un organisme pourtant habitué aux tensions entre promoteurs et athlètes. Mais ce jour-là, c’est un Carlos Newton visiblement exaspéré qui prend la parole. L’ancien champion des poids mi-moyens de l’UFC (2001), aujourd’hui âgé de 47 ans, n’y va pas par quatre chemins : "L’UFC n’est pas une fédération sportive. C’est une entreprise qui a monopolisé un marché en imposant des règles qu’elle écrit elle-même."
Son intervention, filmée et relayée sur les réseaux, a rapidement enflammé la communauté MMA. Newton y dénonce un système où "les combattants signent des contrats exclusifs sans savoir ce qu’ils valent vraiment", où "les titres ne sont que des outils marketing", et où "la transparence est un mot interdit". Pour lui, la comparaison avec la boxe est édifiante : "En 2000, le Muhammad Ali Act a sauvé les boxeurs en interdisant les promoteurs de détenir à la fois les contrats et les ceintures. L’UFC, elle, fait les deux… et personne ne dit rien !"
Le "Muhammad Ali Act" : et si la solution venait de la boxe ?
Newton n’est pas le premier à pointer du doigt les similitudes entre le MMA et la boxe des années 1800, où des promoteurs sans scrupules contrôlaient tout, des combats aux bourses. Le Muhammad Ali Act, adopté en 2000, a justement été conçu pour éviter ces dérives :
- Interdiction pour un promoteur (comme Top Rank ou Premier Boxing Champions) de détenir des titres ou d’imposer des contrats exclusifs sans limite de durée.
- Transparence obligatoire sur les revenus des combats (un boxeur sait ce que touche son adversaire).
- Création d’organismes indépendants (comme la WBC ou l’IBF) pour sanctionner les ceintures.
Or, comme le souligne Newton, "l’UFC fait exactement ce que le Muhammad Ali Act interdit : elle est à la fois promoteur, juge et partie. Elle décide qui combat pour un titre, qui est classé… et qui est viré." Pire : avec sa filiale Zuffa Boxing (créée en 2021), l’organisation tente même de s’immiscer dans le monde de la boxe sans se soumettre à ses règles. Une stratégie que Newton qualifie de "cynique" : "Ils veulent le beurre et l’argent du beurre : le contrôle absolu du MMA et les revenus de la boxe, sans les contraintes."
"On nous vend du rêve, mais la réalité est sordide" : le témoignage-choc d’un vétéran
Ce qui frappe dans le discours de Newton, c’est son ton à la fois technique et personnel. L’ancien combattant, qui a connu les débuts de l’UFC sous l’ère SEG (avant l’arrivée des frères Fertitta et de Dana White), raconte : "À l’époque, on nous disait : ‘Signe ici, on va faire de toi une star.’ Aujourd’hui, c’est pire : on vous dit ‘Signe ici, ou tu ne combattras plus jamais.’"
Il évoque des cas concrets :
- Des combattants obligés d’accepter des combats sous 15 jours sous peine de sanction.
- Des bonus de performance promis… puis réduits après coup.
- Des clauses de non-concurrence qui empêchent un athlète de signer ailleurs, même après son licenciement.
Newton va plus loin : "Regardez ce qui se passe avec l’Arabie Saoudite. L’UFC signe des contrats mirifiques avec la General Entertainment Authority pour des événements à Riyad, mais qui voit l’argent ? Les combattants touchent des ‘show money’ dérisoires comparés aux droits TV vendus à Paramount ou ESPN."
Un exemple ? Le dernier UFC 294 en Arabie Saoudite aurait généré des dizaines de millions en droits télévisés… alors que certains combattants de la carte préliminaire n’ont touché que 10 000 $ (sans sponsor).
L’UFC contre-attaque : "Newton est un amer qui n’a pas su s’adapter"
Contactée par MMA Fighting, une source proche de l’UFC a réagi aux accusations de Newton, les qualifiant de "délirantes et mal informées" : "Carlos a eu sa chance. Il a été champion, il a gagné de l’argent. Maintenant, il joue les donneurs de leçons parce qu’il n’a pas su évoluer avec le sport."
L’organisation rappelle que :
- Les combattants de l’UFC sont "les mieux payés du MMA" (vrai, mais sans comparaison avec la boxe ou d’autres sports).
- Les contrats exclusifs "protègent les investissements" de l’UFC dans la promotion des athlètes.
- La California Athletic Commission (entre autres) supervise déjà les pratiques de l’UFC.
Pourtant, comme le note l’avocat Lucas Middlebrook (spécialiste des litiges antitrust dans le sport), "l’argument de l’UFC ne tient pas. La NSAC ou la CSAC ne régulent pas les contrats ou les salaires, seulement la sécurité des combats. C’est comme dire qu’un restaurant est bien contrôlé parce qu’il a un extincteur… alors que la nourriture est avariée."
Middlebrook ajoute : "Le vrai problème, c’est que l’UFC a réussi à convaincre tout le monde qu’elle est le MMA. Comme si la NFL possédait le football américain. C’est un abus de position dominante."
Et maintenant ? Les pistes de réforme selon Newton
Alors, que propose Newton pour sortir de cette impasse ? Trois axes principaux :
- Des titres indépendants : "Comme en boxe, les ceintures doivent être gérées par un organisme neutre (une ‘Association Mondiale de MMA’ par exemple)." Cela empêcherait l’UFC de "fabriquer des champions" en fonction de ses intérêts.
- Une limite aux contrats exclusifs : "3 combats max, puis liberté de négocier. Comme au football ou en NBA."
- Transparence totale sur les revenus : "Un combattant doit savoir ce que touche son adversaire, et quel pourcentage va à la promotion. Aujourd’hui, c’est le Far West."
Newton cite en exemple le modèle de la Professional Fighters League (PFL), où les athlètes sont en contrat saisonnier et peuvent négocier avec d’autres promoteurs. "Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà plus équitable que le système UFC."
Reste une question : qui a le pouvoir de faire bouger les lignes ? La NSAC ? Le Congrès américain (qui a déjà enquêté sur l’UFC en 2021) ? Ou faut-il attendre qu’un combattant star (un Jon Jones, un Islam Makhachev) brise le silence ?
Newton, lui, n’a pas de doutes : "Si on ne fait rien, le MMA mourra de son propre venin. Les fans se lasseront de voir les mêmes têtes d’affiche, les mêmes injustices. Et un jour, il n’y aura plus que les Saoudiens pour financer ce cirque… jusqu’à ce qu’ils se lassent aussi."
Le vrai défi ? Faire entendre cette voix dans un écosystème où l’UFC domine 90 % du marché, où les médias dépendent de ses accords, et où les combattants, par peur de représailles, préfèrent souvent se taire. Newton a brisé cette omerta. Reste à savoir si d’autres oseront le suivre… avant qu’il ne soit trop tard.

