"Il est écrit dans l’Apocalypse" : quand Bryce Mitchell voit Trump en Antéchrist
Imaginez un combattant de l’UFC, tatoué de versets bibliques, connu pour ses prises de bec homophobes et son soutien affiché à Donald Trump… qui le traîne soudain en enfer, littéralement. C’est le scénario surréaliste offert par Bryce Mitchell, 29 ans, surnommé "Thug Nasty" pour son style agressif et ses déclarations sans filtre. Sur X (ex-Twitter), le 15 octobre 2023, il lâche une bombe : "Trump est l’Antéchrist. Lisez l’Apocalypse, chapitre 13. Les signes sont là." Un post accompagné d’une capture d’écran de la Bible, soulignant des passages sur la "bête aux sept têtes".
Pour qui connaît l’homme, le choc est double. Mitchell, élevé dans une famille chrétienne évangélique de l’Arkansas, avait fait de son soutien à Trump un marqueur identitaire. En 2020, il portait un short "Make America Great Again" en cage, et multipliait les interviews où il fustigeait "la gauche athée". Trois ans plus tard, le voilà comparant son idole à Satan. Que s’est-il passé ?
De l’idolâtrie à la trahison : les trois péchés de Trump selon Mitchell
Contacté par MMA Junkie, Mitchell a détaillé les "trois preuves" de sa théorie. D’abord, "l’orgueil démesuré" : "Trump se prend pour un dieu, or la Bible dit que seul le Seigneur est tout-puissant", explique-t-il, citant Ézéchiel 28:2. Ensuite, "la corruption des nations" : il accuse l’ex-président d’avoir "détourné l’argent du peuple" vers l’Ukraine et Israël, deux pays qu’il juge "maudits par leur rejet du Christ". Enfin, "le mensonge systématique" : "Il a trahi ses promesses pro-vie et pro-famille", tonne Mitchell, évoquant les financements fédéraux pour le planning familial sous Trump.
Ses détracteurs ricanent. "Il a lu deux versets et croit détenir la vérité", raille Daniel Cormier, commentateur de l’UFC. Pourtant, des théologiens comme Albert Mohler, président du Southern Baptist Theological Seminary, reconnaissent une "tendance apocalyptique croissante" chez les évangéliques américains. "Certains voient des signes du Mal partout, surtout quand leurs espoirs politiques sont déçus", analyse-t-il. Mitchell, lui, assume : "Je préfère être haï pour la vérité que aimé pour le mensonge."
"Hitler avait des idées intéressantes" : quand le passé de Mitchell resurgit
Cette radicalisation religieuse n’est pas la première polémique de "Thug Nasty". En mai 2020, il avait déclenché un tollé en déclarant sur Joe Rogan’s Podcast : "Hitler avait des idées intéressantes sur l’économie et la discipline nationale". Sous le feu des critiques, il avait nuancé : "Je parlais de son combat contre le communisme, pas de l’Holocauste !" – une distinction jugée "révisionniste" par l’Anti-Defamation League.
Ces propos, couplés à ses prises de position anti-LGBTQ+ (il avait refusé de combattre un adversaire ouvertement gay en 2019), lui avaient valu une suspension temporaire de l’UFC. "On ne peut pas séparer l’homme du combattant", avait justifié Dana White, patron de l’organisation. Aujourd’hui, Mitchell assume un "chemin de rédemption" : "Je me suis trompé sur Hitler comme sur Trump. Dieu m’a ouvert les yeux."
UFC et politique : quand la cage devient un ring idéologique
Mitchell n’est pas un cas isolé. Le MMA, sport ultra-compétitif, est aussi un terreau de engagements politiques clivants. Colby Covington, autre star pro-Trump, avait qualifié Joe Biden de "pédophile" en 2020, sans conséquences de l’UFC. À l’inverse, Jorge Masvidal, d’origine cubaine, a rompu avec le Parti républicain après le 6 janvier 2021, dénonçant "l’extrémisme qui pourrit le mouvement".
"L’UFC marche sur des œufs", confie un cadre sous couvert d’anonymat. "Dana White évite les sanctions politiques pour ne pas aliéner son public conservateur, majoritaire dans les États du Sud." Résultat : les combattants comme Mitchell jouissent d’une liberté de ton rare dans les sports majeurs. "Tant qu’ils vendent des PPV, leurs tweets passent", résume un agent.
Pourtant, la stratégie a des limites. Après les déclarations de Mitchell, le sponsor Venum a "gelé" sa collaboration, et l’ESPN a annulé une interview prévue. "On ne peut plus ignorer quand un athlète franchit la ligne rouge", estime Ramona Shelburne, journaliste sportive.
Derrière la polémique : un homme en quête de sens ?
Ceux qui connaissent Mitchell de près décrivent un homme "tiraillé". "Il a grandi dans un milieu ultra-religieux où la politique et la foi ne faisaient qu’un", confie un ancien coéquipain. "Quand Trump a déçu sur l’avortement ou les dépenses militaires, ça a été un séisme pour lui."
Son entraîneur, Mike Brown (ancien champion du WEC), tempère : "Bryce est sincère, mais il mélange tout. La Bible, la conspiration, sa déception… C’est un cocktail dangereux." Preuve de son isolement, Mitchell a quitté son camp d’entraînement historique, American Top Team, pour rejoindre un petit gym de l’Arkansas, "plus en phase avec ses valeurs".
Son prochain combat, prévu en mars 2024 contre Movsar Evloev, s’annonce comme un test. "S’il perd, certains y verront un jugement divin", ironise un bookmaker. Lui, s’en moque : "Mon vrai combat est spirituel maintenant."
Reste à savoir si son "réveil spirituel" est une quête sincère de vérité… ou le dernier avatar d’une stratégie de personal branding aussi calculée que ses soumissions en cage. Comme le dit un proverbe biblique qu’il affectionne : "À leurs fruits, vous les reconnaîtrez."

