Un KO qui résonne comme un avertissement pour la division
Le 7 septembre 2024, l’UFC Apex de Vancouver a été le théâtre d’un bouleversement dans la division des poids moyens. Brendan Allen, donné outsider face à Reinier de Ridder — ancien double champion ONE et invaincu en UFC — a offert une masterclass en stratégie et résilience. Le combat, initialement prévu pour cinq rounds, s’est conclu à la cinquième minute de la quatrième reprise, lorsque l’équipe de de Ridder a jeté l’éponge, incapable de voir leur combattant se relever après une série de frappes dévastatrices au sol.
Ce qui rend cette performance d’autant plus impressionnante, c’est le contexte : Allen n’avait que trois semaines pour se préparer, après avoir accepté le combat en remplacement de Paulo Costa, blessé. Pourtant, loin de subir l’assaut initial de de Ridder — connu pour son grappling agressif et ses soumissions — l’Américain a absorbé la pression avant de retourner la situation avec une précision chirurgicale. Dès la deuxième ronde, ses coups de coude depuis la garde et ses enchaînements au sol ont commencé à faire des dégâts, réduisant peu à peu la mobilité de son adversaire.
"Je savais qu’il allait fatiguer. Reinier est un monstre en début de combat, mais je me suis dit : ‘Reste calme, attends ton moment.’ Et ce moment est venu.", a déclaré Allen en conférence de presse, souriant malgré les marques de combat sur son visage.
"Le piège" : comment Allen a transformé un début chaotique en domination
Les premières minutes du combat ont semblé confirmer les craintes des observateurs : de Ridder, avec son style explosif, a dominé les échanges debout et tenté plusieurs projections et étranglements. Pourtant, Allen, souvent critiqué pour son manque d’agressivité en début de combat, a joué le jeu. Plutôt que de forcer, il a laissé de Ridder dépenser son énergie, tout en plaçant des contre-attaques ciblées.
Le tournant est survenu au milieu de la deuxième ronde. Après avoir encaissé une tentative de triangle choke, Allen a renversé la position et commencé son travail de sapeur. Ses coups de coude — une arme sous-estimée en MMA — ont ouvert une coupure près de l’œil gauche de de Ridder, tandis que ses frappes courtes au corps ont ralenti la respiration du Néerlandais. La troisième ronde a été un calvaire pour de Ridder : chaque fois qu’il tentait de se relever, Allen le ramenait au sol avec une facilité déconcertante.
"C’était comme si Reinier était pris dans un étau. Plus il luttait, plus Brendan serrait la vis. À la quatrième ronde, on voyait qu’il n’avait plus rien dans les jambes.", a analysé Daniel Cormier, commentateur pour ESPN, comparant la performance d’Allen à celle de Israel Adesanya contre Robert Whittaker en 2019.
La fin est venue rapidement : après une nouvelle série de ground-and-pound, de Ridder, à genoux, a levé la main en signe d’abandon. Son coach, Marcelo Garcia, a immédiatement jeté la serviette. Victoire par TKO à 5:00 de la quatrième ronde — et une déclaration retentissante pour la division.
Derrière les gants : l’envers du décor d’une préparation express
Accepter un combat contre un adversaire du calibre de de Ridder avec seulement trois semaines de préparation relève presque de la folie. Pourtant, Allen et son équipe, basée à Rougarou MMA en Louisiane, ont transformé ce handicap en force. "On a tout misé sur l’endurance et les transitions au sol. On savait que Reinier était dangereux en début de combat, mais qu’il avait des limites en cardio sur la distance.", révèle Glenn Robinson, son entraîneur principal.
Les séances d’entraînement ont été intenses et ciblées :
- Sparring avec des partenaires lourds pour simuler la puissance de de Ridder.
- Travail spécifique en "scramble" (séquences chaotiques au sol) pour contrer les tentatives de soumission.
- Répétition de enchaînements coude/poing depuis les positions dominantes.
"Le plus dur, c’était mentalement. Tout le monde me disait : ‘T’es fou, t’as pas le temps.’ Mais j’ai vu dans ses derniers combats qu’il ralentissait après 10 minutes. J’ai juste dû tenir jusqu’à ce moment.", confie Allen, évoquant les doutes qui ont précédé le combat.
La division des middleweights sous tension : qui osera affronter Allen ?
Dès la fin du combat, Allen n’a pas perdu de temps. Micro en main, il a directement interpellé les trois hommes qui dominent les conversations pour le titre :
- Khamzat Chimaev (n°4 du classement) : "Si tu veux un vrai grappler, jeune et affamé, viens me chercher. On peut faire ça en Suède, aux États-Unis, peu importe. Mais arrête de parler et combats."
- Dricus du Plessis (champion intérimaire) : "Tu veux un combat dur ? Je suis là. Je te promets que tu n’as jamais rencontré quelqu’un comme moi au sol."
- Sean Strickland (champion en titre) : "On a une histoire inachevée. La dernière fois, les juges m’ont volé. Cette fois, je te sors par KO ou soumission, point final."
Ces défis ne sont pas anodins. Allen, avec son style hybride (grappling + frappes au sol), représente une menace unique pour ces adversaires :
- Contre Chimaev, dont le grappling est redoutable mais encore inexploré sur 5 rounds, Allen pourrait exploiter son cardio.
- Face à du Plessis, connu pour son top game agressif, son taux de défense contre les projections (70%) serait un atout majeur.
- Contre Strickland, un rematch serait l’occasion de corriger l’injustice de leur premier combat (décision controversée en 2020) et de prouver sa progression.
Dana White, le président de l’UFC, a réagi positivement : "Brendan a fait ce qu’il fallait pour se mettre en position. Maintenant, il faut voir qui parmi les top 5 va accepter le combat. Chimaev a déjà dit qu’il voulait un titre, mais si du Plessis ou Strickland ne sont pas disponibles… pourquoi pas ?"
Les fans, eux, sont divisés. Certains, comme le podcasteur Joe Rogan, saluent la "maturité tactique" d’Allen, tandis que d’autres, comme l’analyste Robin Black, estiment que "de Ridder était sous-estimé en UFC et que cette défaite ne doit pas effacer son palmarès en ONE Championship."
2024-2025 : une année charnière pour Brendan Allen
Avec cette victoire, Allen enchaîne deux succès d’affilée (après sa soumission contre Bruno Silva en mars 2024) et porte son record à 22-5, avec 10 victoires par soumission. À 28 ans, il entre dans la prime de sa carrière, avec une opportunité réelle de décrocher un combat pour la ceinture.
Les scénarios possibles :
- Option 1 : Chimaev en novembre (UFC 308 à Abu Dhabi) — un combat explosif entre deux grapplers en pleine ascension.
- Option 2 : du Plessis début 2025 — un affrontement de styles entre le top game du Sud-Africain et le ground-and-pound d’Allen.
- Option 3 : Strickland en rematch — si le champion accepte, ce serait le combat le plus attendu de l’année dans la division.
"Je ne veux pas attendre. Je veux combattre avant Noël, et ensuite viser le titre en 2025. J’ai prouvé que j’étais prêt. Maintenant, à l’UFC de me donner ma chance.", conclut Allen, déterminé.
Une chose est sûre : après cette performance, ignorer Brendan Allen n’est plus une option pour les poids moyens. La question n’est plus si il obtiendra son combat pour le titre, mais quand.

