Une soirée historique pour le MMA géorgien
Le 5 juillet 2024 restera gravé dans les mémoires des fans de MMA. Sous les lumières du Tbilissi New Sports Palace, la Brave Combat Federation a organisé un événement aussi ambitieux que symbolique : "Georgia vs. The World". Un concept qui a tenu toutes ses promesses, avec des combats d’une intensité rare et une démonstration de force collective des athlètes locaux. Sur les cinq affrontements de la soirée, quatre se sont soldés par des victoires géorgiennes, un bilan qui parle de lui-même.
Pour comprendre l’ampleur de cette performance, il faut rappeler que la Géorgie, bien que moins médiatisée que des nations comme les États-Unis ou le Brésil, possède une culture martiale profondément ancrée. Entre le chidaoba (lutte traditionnelle) et le judo – discipline dans laquelle le pays excelle depuis des décennies –, les combattants géorgiens arrivent en MMA avec un bagage technique hors norme. Brave CF "Georgia vs. The World" a été l’occasion de le prouver au monde entier.
Rauli Tutarauli : Le vétéran qui défie le temps
À 38 ans, Rauli Tutarauli (37-8) a prouvé que l’expérience pouvait rivaliser avec la jeunesse. Opposé au Néerlandais Pieter Buist (19-9) pour le titre intérimaire des poids légers, le Géorgien a livré une masterclass en gestion de combat. Pendant trois rounds, il a dominé son adversaire grâce à une stratégie impeccable : travail de jambes pour éviter les frappes, contre-attaques précises, et un contrôle au sol qui a étouffé toute velléité offensive de Buist.
Les juges n’ont eu aucun doute : décision unanime (30-27, 30-27, 29-28) en faveur de Tutarauli. Une victoire qui couronne une carrière déjà bien remplie, mais qui ouvre aussi une nouvelle page. Comme il l’a déclaré en conférence de presse : "Ce titre, je le dédie à mon pays. La Géorgie mérite d’être reconnue comme une grande nation du MMA, et ce n’est qu’un début."
Cette performance rappelle celle de légendes comme Fedor Emelianenko, capable de dominer des adversaires plus jeunes par leur intelligence de combat. Tutarauli, avec son style méthodique et son mental d’acier, incarne cette même philosophie : le MMA n’est pas qu’une question de puissance, mais aussi de stratégie et de résilience.
Lasha Abramishvili : Le KO qui a électrisé Tbilissi
Si Tutarauli a marqué par sa maîtrise, Lasha Abramishvili (11-2) a, lui, soulevé les foules avec un KO d’anthologie. Face au Tajikistanais Khurshed Nazarov (10-2), le Géorgien a démontré une explosivité redoutable. Dès les premières secondes, il a imposé un rythme effréné, enchaînant les coups de poing avec une précision chirurgicale.
La fin est venue à 4 minutes et 59 secondes du premier round. Un direct du droit a atteint Nazarov en plein visage, le faisant vaciller. Abramishvili a alors enchaîné avec une pluie de coups au sol, forçant l’arbitre à arrêter le combat à une seconde près de la fin du round. Une conclusion dramatique et spectaculaire, qui a valu à Abramishvili une standing ovation du public.
Cette victoire propulse le Géorgien parmi les prétendants sérieux aux ceintures mondiales. Son style agressif et sa capacité à terminer les combats en font un adversaire redouté. Comme l’a souligné son entraîneur après le combat : "Lasha a ce quelque chose de spécial que recherchent les grandes organisations. Il ne recule jamais, et quand il sent que l’adversaire est en difficulté, il accélère. C’est ça, l’esprit géorgien."
"La Relève" : Giorgadze et Nasravidze, les nouveaux talents à suivre
L’événement a aussi été l’occasion de découvrir – ou redécouvrir – deux jeunes combats qui pourraient bien devenir les stars de demain.
Luka Giorgadze (10-2), en première apparition sous la bannière Brave CF, a dominé l’Arubais Reymond Jowett (4-1) avec une aisance déconcertante. Son jeu de jambes, digne d’un danseur, et ses enchaînements de frappes ont réduit Jowett à une défense purement passive. Les juges ont tranché sans hésitation : décision unanime (30-27, 30-27, 30-27). Une performance qui confirme son potentiel dans la division des poids légers, où la concurrence est féroce.
Mais c’est sans doute Mukhrani Nasravidze (9-1) qui a offert la performance la plus impressionnante de la soirée. Spécialiste du grappling, il a soumis le Moldave Gheorghe Gritko (8-4) en moins de trois minutes, grâce à un rear-naked choke parfaitement exécuté. Une démonstration de technique et de sang-froid, qui prouve que la Géorgie ne se limite pas aux frappeurs, mais excelle aussi au sol.
Ces deux combats ont révélé une nouvelle génération de talents géorgiens, prêts à prendre la relève. Leur succès pourrait bien attirer l’attention d’organisations majeures comme l’UFC ou le PFL, toujours à l’affût de pépite.
Dimitri Bolkvadze et la dure loi du MMA international
Dans toute épopée, il y a des victoires et des défaites. Pour la Géorgie, le seul revers de la soirée est venu de Dimitri Bolkvadze (9-3), battu aux points par le Kazakh Timur Kuanysh (7-1). Un combat équilibré et intense, où les deux hommes se sont livrés une bataille sans merci.
Kuanysh, invaincu depuis 2022, a su imposer son rythme grâce à des low kicks dévastateurs (47 impacts significatifs contre 32 pour Bolkvadze, selon les stats officielles). Malgré une résistance acharnée, le Géorgien n’a pas réussi à inverser la tendance, s’inclinant par décision unanime (29-28, 29-28, 29-28).
Une défaite qui, bien que décevante pour le public local, rappelle une réalité cruciale : le MMA international ne pardonne aucune faille. Comme l’a reconnu Bolkvadze après le combat : "Timur était plus précis ce soir. Je dois retourner à l’entraînement, corriger mes erreurs, et revenir plus fort. C’est comme ça qu’on progresse."
Cette confrontation a aussi mis en lumière le niveau élevé de la compétition en Asie centrale, où des pays comme le Kazakhstan ou l’Ouzbékistan forment des athlètes redoutables. Pour les Géorgiens, c’est un rappel : la domination ne se décrète pas, elle se mérite combat après combat.
Derrière les projecteurs : L’organisation impeccable de Brave CF
Au-delà des performances sportives, Brave CF "Georgia vs. The World" a aussi été une réussite sur le plan logistique. La Brave Combat Federation, connue pour son professionnalisme, a une fois de plus prouvé qu’elle pouvait organiser des événements de niveau mondial.
Le Tbilissi New Sports Palace, rempli à capacité (plus de 8 000 spectateurs), a offert une ambiance électrique. Les combats ont été diffusés en direct dans plus de 120 pays, avec une production télévisuelle à la hauteur des standards internationaux. Les commentaires en géorgien et en anglais ont permis de toucher un public varié, tandis que les réseaux sociaux ont explosé avec le hashtag #BraveCFGeorgia.
Un succès qui pourrait bien inciter la fédération à organiser d’autres événements en Géorgie, un pays où le MMA connaît une croissance fulgurante. Comme l’a expliqué Mohammed Shahid, président de Brave CF : "La Géorgie a tout pour devenir un hub majeur du MMA en Europe de l’Est. Les talents sont là, l’engouement du public aussi. Nous allons continuer à investir ici."
Et demain ? Les Géorgiens sur la route des grands tournois
Avec des performances comme celles de Tutarauli, Abramishvili, Giorgadze et Nasravidze, une question se pose : quand verra-t-on ces combattants dans les grandes organisations comme l’UFC ou le PFL ?
Plusieurs observateurs estiment que Lasha Abramishvili, avec son palmarès et son style spectaculaire, pourrait être le premier à faire le saut. Son KO contre Nazarov a déjà attiré l’attention des recruteurs. Quant à Rauli Tutarauli, son titre intérimaire chez Brave CF pourrait lui ouvrir les portes de combats plus prestigieux, peut-être même un unification match.
Pour les jeunes talents comme Giorgadze et Nasravidze, la route est encore longue, mais leur potentiel est indéniable. Une chose est sûre : après "Georgia vs. The World", le monde du MMA a les yeux rivés sur la Géorgie.
Brave CF "Georgia vs. The World" restera comme un tournant dans l’histoire du MMA géorgien. Avec quatre victoires en cinq combats, les athlètes locaux ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser – et souvent dominer – les meilleurs combattants internationaux. Entre l’expérience de Rauli Tutarauli, l’explosivité de Lasha Abramishvili, et l’émergence de jeunes talents comme Giorgadze et Nasravidze, la Géorgie a montré qu’elle était bien plus qu’une nation de judokas : c’est désormais une terre de champions en MMA.
Bien sûr, la défaite de Dimitri Bolkvadze rappelle que la route est encore longue. Mais comme le dit le proverbe géorgien : "Le loup qui tombe se relève toujours plus fort." Après cette soirée historique, une chose est certaine : le monde du MMA n’a pas fini d’entendre parler de la Géorgie.

