"Ils ont peur que je brise leurs plans" : la bombe de Dariush
Imaginez un instant : vous êtes un combattant expérimenté, avec 23 victoires à votre actif (dont 8 d'affilée entre 2019 et 2022), un jeu au sol redouté, et une réputation de finisher impitoyable. Pourtant, quand vient l'heure d'affronter les nouvelles stars montantes, silence radio. C'est le scénario ubuesque que vit Beneil Dariush, 35 ans, depuis plusieurs mois. Lors d'un échange sans filtre avec Submission Radio, le lightweight d'origine assyro-américaine a lâché une accusation lourde de sens : "L'UFC protège certains de ses combattants. Ils ne veulent pas que je gâche la carrière de leurs chouchous."
Le déclic ? Son récent retour en forme, marqué par une victoire unanime face à Renato Moicano (UFC 300, avril 2024), après deux défaites consécutives contre Charles Oliveira (2023) et Arman Tsarukyan (2022). Des revers qui l'ont éloigné de la course au titre, mais n'ont en rien entamé sa dangerosité. "Je suis toujours là, et je reste un cauchemar pour quiconque veut gravir les échelons", assure-t-il. Pourtant, les appels du pied aux top 15 restent lettres mortes. "Ils ne me donneront un combat contre un classé que s’ils n’ont plus le choix", assène Dariush, amer.
Derrière ces mots, une question lancinante : et si l'UFC jouait désormais les pyromanes-pompiers ? D'un côté, la promotion met en avant des jeunes loups comme Paddy Pimblett (29 ans, 7-0 à l'UFC), dont la popularité explose grâce à des victoires contre des adversaires soigneusement sélectionnés. De l'autre, des vétérans comme Dariush, relégués au rôle de sparring partners de luxe pour les stars établies, mais jugés trop risqués pour les espoirs du marketing.
Pimblett, le "Golden Boy" trop bien protégé ?
"Prenez Pimblett : il a un record impeccable à l'UFC, mais contre qui ?" La question de Dariush fait mouche. Le Britannique, adulé pour son charisme et son style agressif, a effectivement enchaîné les succès depuis 2021… mais contre des adversaires comme Jordan Leavitt (alors 8-1, non classé), Rodrigo Vargas (débutant à l'UFC), ou Tony Ferguson (en fin de carrière). "C’est un bon combattant, mais on ne sait pas encore s’il est élite", nuance Dariush. "L’UFC le pousse comme le prochain grand champion, mais ils évitent de le tester contre des mecs comme moi."
Le comble ? Ilia Topuria, champion des poids plumes, a récemment provoqué Pimblett pour un combat à 155 lbs – un duel qui ferait saliver les fans, mais que Dariush juge "prématuré". "Topuria veut un combat facile pour monter en lightweight, et Pimblett, c’est le client idéal : populaire, mais pas (encore) un tueur", analyse-t-il. Une stratégie qui rappelle étrangement celle employée pour Conor McGregor en 2014-2015, quand l’UFC lui avait offert des adversaires sur mesure (Dennis Siver, Chad Mendes) avant de le propulser vers le titre.
"The Baddy" n’est pas le seul visé. Dariush cite aussi le cas de Grant Dawson (11-2, 6-1 à l'UFC), un grappler redoutable… mais systématiquement évité par les top 10. "On nous dit qu’on est trop dangereux pour leurs projets", soupire-t-il. Une logique qui, selon lui, "tue la crédibilité sportive" de l’UFC. "À un moment, il faut affronter la réalité : si tu veux être champion, tu dois battre les meilleurs, pas les plus vendables."
Le syndrome Bisping : quand l'UFC "fabrique" ses stars
Ce sentiment de deux poids, deux mesures n’est pas nouveau. En 2017, Michael Bisping, alors champion des middleweights, avait dénoncé la même tendance : "L’UFC construit des stars en contrôlant leur parcours. Ils choisissent qui monte et qui reste dans l’ombre." Des propos qui résonnent étrangement avec l’analyse de Dariush aujourd’hui.
La preuve par l’exemple :
- Israel Adesanya : 5 combats à l'UFC avant un titre shot (contre des adversaires comme Derek Brunson ou Anderson Silva, en déclin).
- Khamzat Chimaev : 4 combats seulement avant d’être propulsé face à Gilbert Burns (n°2 des welterweights à l’époque).
- Shavkat Rakhmonov : 6 victoires d’affilée à l'UFC… mais contre des adversaires non classés, avant d’affronter enfin Geoff Neal (n°12) en 2024.
Le problème ? Cette stratégie, bien que rentable à court terme (les pay-per-views explosent avec des stars comme Pimblett), affaiblit la légitimité des ceintures. "Un jour, un de ces ‘protégés’ va se retrouver champion, et tout le monde saura qu’il n’a pas mérité son titre", prédit Dariush. Un scénario qui rappelle la polémique autour de Fabricio Werdum en 2015, quand son titre de champion des lourds avait été jugé "trop facile" après une série de combats contre des adversaires vieillissants.
Derrière les coulisses : le dilemme du matchmaking
Mais l’UFC a-t-il vraiment le choix ? Derrière ces accusations se cache un casse-tête logistique :
- Les contrats : les stars comme Pimblett génèrent des PPV records (son combat contre Ferguson a fait 1,3 million d’achats). Les risque contre un Dariush ? Un flop financier.
- La sécurité : un KO précoce de Pimblett contre un vétéran comme Dariush pourrait briser sa dynamique (et ses revenus futurs).
- L’équilibre des divisions : avec Islam Makhachev dominant les lightweights, l’UFC a besoin de nouveaux visages pour relancer l’intérêt.
Un ancien matchmaker de l’UFC, sous couvert d’anonymat, confirme : "Les combats ne sont plus faits pour les puristes, mais pour les algorithmes. Un Dariush vs. Pimblett ? Ça aurait du sens sportivement, mais les données montrent que les fans préfèrent voir Pimblett écraser un Ferguson plutôt que de risquer une défaite." Une réalité crue, mais qui explique pourquoi des duels comme Dariush vs. Pimblett ou Dawson vs. Tsarukyan peinent à se concrétiser.
Pourtant, des solutions existent. "Regardez ce qu’a fait le PFL", suggère Dariush. "Là-bas, les combats sont basés sur les mérites, pas sur les likes Instagram." Une référence à la Professional Fighters League, où les classements déterminent les duels, sans intervention des promoteurs. "Chez eux, si tu es n°5 et que tu bats le n°4, tu affrones le n°3. Point."
Et maintenant ? Le futur de Dariush (et des vétérans)
Alors, que reste-t-il à Beneil Dariush ? "Je continue à m’entraîner comme si j’allais affronter le n°1 demain", répond-il. "Mon prochain combat ? Peu importe l’adversaire, je vais le détruire." Une détermination qui force le respect, mais qui soulève une question : jusqu’à quand les vétérans devront-ils se battre pour des miettes ?
Trois scénarios se dessinent pour lui :
- L’UFC cède : un combat contre un top 10 (comme Jalin Turner ou Mateusz Gamrot) pour prouver qu’il mérite encore l’élite.
- Le départ : une transition vers le PFL ou le ONE Championship, où les vétérans sont mieux considérés.
- Le rôle de "gatekeeper" : devenir ce test ultime pour les jeunes loups… mais sans jamais obtenir sa revanche contre l’élite.
En attendant, Dariush lance un dernier message à Dana White : "Donnez-moi Pimblett. Ou Dawson. Ou n’importe qui dans le top 15. Je vous promets un spectacle… et je vous promets aussi que votre ‘chouchou’ ne sortira pas indemne." Une provocation qui, si elle était entendue, pourrait bien faire exploser les records d’audience… et redonner un peu de crédibilité à la division lightweight.

