Doha 2024 : le choc qui fait trembler une légende
Le 2 mars 2024, sous les projecteurs de Doha, Belal Muhammad affrontait Ian Machado Garry dans un combat qui s’annonçait comme un test crucial pour les deux hommes. Pour Muhammad, il s’agissait de se relancer après une défaite surprise face à Jack Dell'Aquila en 2023 – un KO technique qui avait mis fin à une série de 7 victoires. Pour Garry, c’était l’occasion de confirmer son statut de prétendant au titre. Le combat, diffusé en direct sur ESPN+, a tenu en haleine les fans jusqu’à la décision unanime des juges en faveur de l’Irlandais (48-47, 48-47, 49-46).
Dès les premières minutes, Garry a imposé un rythme soutenu, multipliant les coups de pied bas et les enchaînements de poings qui ont visiblement déstabilisé Muhammad. Ce dernier, habitué à dominer ses adversaires grâce à son grapple et son contrôle au sol, a peiné à imposer son jeu. "Il a mieux géré la distance que moi, et j’ai eu du mal à entrer dans la lutte", analysera-t-il plus tard. Une performance en demi-teinte qui contraste avec ses combats passés, où sa capacité à épuiser ses adversaires en fin de rounds faisait souvent la différence.
La défaite a été dure à encaisse, mais Muhammad a choisi de la transformer en leçon. Dans une story Instagram post-combat, il a écrit : "On apprend plus dans l’échec que dans la victoire. Merci à tous ceux qui m’ont soutenu, même dans les moments difficiles. Le travail continue." Une phrase qui résume bien sa philosophie : chaque revers est une étape vers une version améliorée de lui-même.
"Je suis béni" : quand la gratitude devient une arme
Ce qui frappe chez Belal Muhammad, c’est sa capacité à garder les pieds sur terre, même après des défaites cuisantes. Dans une interview accordée à MMA Junkie après le combat, il a tenu à souligner : "Je ne prends rien pour acquis. Pouvoir faire ce que j’aime, être entouré de ma famille et de mon équipe, c’est déjà une victoire en soi." Une déclaration qui peut surprendre dans un milieu aussi compétitif que l’UFC, où les égocentriques ne manquent pas.
Derrière cette humilité se cache une stratégie bien rodée. Muhammad sait que le mental joue un rôle clé dans les sports de combat. Après sa défaite contre Dell'Aquila, il avait passé des semaines à analyser ses erreurs avec son entraîneur principal, Javier Mendez (de l’AKA – American Kickboxing Academy). "On a travaillé sur ma garde et mes déplacements, mais aussi sur ma capacité à gérer la pression en début de combat", confiait-il. Pourtant, face à Garry, ces ajustements n’ont pas suffi. Faut-il alors repenser entièrement son approche ?
Son entourage, lui, ne doute pas. "Belal a toujours su rebondir. Après sa défaite contre Geoff Neal en 2020, il a enchaîné 7 victoires. Il a le mental pour ça", assure Jack Mason, son partenaire d’entraînement. Une confiance qui s’appuie sur des faits : entre 2020 et 2023, Muhammad a battu des noms comme Stephen Thompson, Demian Maia, et Vicente Luque, prouvant qu’il savait se réinventer.
Le dilemme tactique : s’adapter ou persister ?
Le style de Belal Muhammad a toujours reposé sur trois piliers : une endurance à toute épreuve, un grapple dominant, et une intelligence tactique qui lui permet d’ajuster son jeu en cours de combat. Pourtant, face à la nouvelle génération de frappeurs comme Garry ou Dell'Aquila, cette approche semble montrer ses limites.
Les statistiques le confirment : contre Garry, Muhammad n’a réussi que 1 takedown sur 6 tentatives, un taux bien inférieur à sa moyenne habituelle (40% de réussite en carrière). Pire, il a encaisse 52 coups significatifs (contre 38 pour Garry), un écart rare pour un combattant aussi défensif. "Il faut que je retrouve ma capacité à imposer mon jeu au sol. Contre Garry, j’ai trop attendu, et ça m’a coûté cher", reconnaissait-il lors d’un podcast avec Joe Rogan.
Plusieurs options s’offrent à lui :
- Travailler sa boxe : Pour contrer des frappeurs comme Garry, Muhammad pourrait intégrer davantage de travail de poings avec des spécialistes comme Duke Roufus, connu pour avoir coaché des champions comme Anthony Pettis.
- Retour aux sources : Se recentrer sur le wrestling, sa spécialité initiale, en collaborant avec des experts comme Daniel Cormier ou Henry Cejudo.
- Gestion de l’âge : À 37 ans, optimiser sa récupération et son entraînement pour éviter les blessures, un facteur clé dans les défaites récentes.
Son prochain combat sera décisif. Des rumeurs évoquent un possible affrontement contre Sean Brady ou Michael Chiesa, deux adversaires qui pourraient lui permettre de tester ses nouvelles stratégies sans risque immédiat pour le classement. Une chose est sûre : Muhammad n’a pas l’intention de prendre sa retraite. "Je me sens encore fort, encore rapide. Je sais que j’ai encore des combats en moi", a-t-il déclaré à ESPN.
Derrière les gants : la famille, pilier invisible
Peut-être que le secret de la résilience de Belal Muhammad réside en dehors de l’octogone. Originaire de Chicago, il a toujours mis en avant l’importance de sa famille dans sa carrière. "Sans ma femme et mes enfants, je ne serais pas là où j’en suis. Ils me rappellent pourquoi je me bats", confie-t-il souvent.
Son père, Mohammad Ali Muhammad, un immigrant palestinien, lui a inculqué très tôt les valeurs du travail et de la persévérance. "Il m’a appris qu’on ne réussit pas sans souffrance. Chaque défaite est une leçon, pas une fin", raconte Belal. Une philosophie qui explique pourquoi, malgré les critiques, il garde la tête haute.
Sa mère, Samira, suit chacun de ses combats avec angoisse, mais aussi une fierté inébranlable. "Je prie pour lui avant chaque combat, mais je sais qu’il est entre de bonnes mains avec Dieu", déclarait-elle dans une interview pour MMA Fighting. Cette dimension spirituelle est d’ailleurs un aspect souvent sous-estimé de sa carrière. Muhammad, musulman pratiquant, attribue une partie de ses succès à sa foi. "Tout vient d’Allah. Que ce soit la victoire ou la défaite, c’est un test.", explique-t-il.
Cette stabilité familiale pourrait bien être son atout majeur dans les mois à venir. Alors que certains combattants s’effondrent après des défaites, lui semble puiser une force supplémentaire dans ce soutien inconditionnel.
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour 2024
Avec deux défaites d’affilée, Belal Muhammad se retrouve dans une position délicate au classement des poids mi-moyens. Actuellement #7 selon les derniers rankings de l’UFC, il risque de dégringoler si un autre prétendant émerge. Pourtant, plusieurs pistes s’offrent à lui :
1. Un combat de "redemption" contre un top 10 : Des noms comme Shavkat Rakhmonov (#6) ou Stephen Thompson (#9) circulent. Une victoire contre l’un d’eux lui permettrait de se relancer immédiatement. "Je veux des combats qui ont du sens. Pas question de me contenter de noms pour remplir mon contrat", a-t-il précisé.
2. Un changement de catégorie : À 37 ans, une descente en poids légers (70 kg) pourrait lui offrir un nouveau souffle. "Je ne ferme aucune porte, mais pour l’instant, je me sens bien en mi-moyens", tempère-t-il.
3. Une pause stratégique : Certains observateurs, comme le journaliste Ariel Helwani, suggèrent qu’il pourrait prendre 6 mois pour peaufiner sa préparation. "Belal a donné tellement de combats rapprochés. Peut-être qu’une pause lui ferait du bien", analysait Helwani sur The MMA Hour.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : Belal Muhammad n’a pas dit son dernier mot. Son histoire, faite de rebonds et de persévérance, prouve qu’il ne faut jamais le compter hors course. Comme il le dit lui-même : "Tant que j’ai encore faim, je continuerai à me battre."
La défaite face à Ian Machado Garry n’est peut-être qu’un chapitre de plus dans la carrière déjà riche de Belal Muhammad. Ce qui frappe, au-delà des statistiques ou des performances, c’est sa capacité à transformer l’échec en moteur. Entre gratitude envers son entourage, analyse lucide de ses faiblesses, et détermination sans faille, il incarne une forme rare de résilience dans le monde impitoyable de l’UFC.
Les prochains mois seront cruciaux. S’il parvient à ajuster sa stratégie et à retrouver sa domination au sol, rien n’empêche de le voir revenir dans la course au titre. Mais s’il persiste dans ses erreurs, les critiques pourraient se faire plus virulentes. Une chose est sûre : avec un mental comme le sien, Belal Muhammad a encore de quoi surprendre. Et dans un sport où les carrières peuvent s’effondrer en un combat, cette capacité à se relever est peut-être son plus grand atout.

