"Je ne combat pas pour le classement, mais pour régler une affaire personnelle"
Quand Artur Szpilka monte dans la cage du KSW, ce n’est plus le boxeur olympique qui frappe, mais un combattant MMA déterminé à effacer une tache sur son palmarès. Sa défaite face à Arkadiusz Wrzosek en 2023 reste une blessure ouverte, et son prochain combat contre Michal Martinek, prévu le 20 décembre à Łódź lors du XTB KSW 113, n’est qu’une étape vers ce qu’il considère comme son "vrai combat". "Le classement ? Ça viendra. Moi, je pense à Wrzosek. Chaque victoire me rapproche de lui, et Martinek est sur la route. Rien de plus.", confie-t-il sans détour.
Pourtant, réduire ce duel à une simple formalité serait une erreur. Martinek, actuel 5ᵉ des poids lourds du KSW, n’a rien d’un faire-valoir. Avec un record de 8 victoires pour 3 défaites dans l’organisation, le Tchèque a construit sa réputation sur une défense solide et un jeu au sol méthodique – précisément les domaines où Szpilka a historiquement montré des faiblesses. "Il sait que je veux frapper fort. Mais moi, je sais qu’il veut m’emmener au sol. On verra qui imposera son jeu.", lance Szpilka, un sourire en coin.
La pression est palpable. Après trois victoires consécutives avant le revers contre Wrzosek, Szpilka a envoyé un message fort en soumettant Errol Zimmerman en moins de 2 minutes lors du KSW 105. Un retour en forme qui a relancé les spéculations : et si l’ancien boxeur était enfin prêt à dominer la division des lourds ? Martinek, lui, n’a pas l’intention de se laisser impressionner. "Szpilka a du pouvoir, mais le MMA, ce n’est pas que les poings. Je vais lui montrer ça.", a-t-il déclaré en conférence de presse.
Martinek : le mur à franchir pour espérer affronter Wrzosek
Sur le papier, Michal Martinek incarne l’antithèse de ce que Szpilka affectionne : un combattant patient, qui privilégie les prises et le contrôle au sol plutôt que les échanges explosifs. Ses dernières performances, notamment sa victoire par décision contre Michał Kita, ont confirmé sa capacité à gérer des adversaires physiques. "Il n’a pas peur de prendre des coups pour placer les siens. C’est dangereux.", analyse Tomasz Drwal, commentateur historique du KSW.
Pour Szpilka, ce combat est un piège stylistique. Son équipe, dirigée par Marcin Najman, a passé des semaines à travailler les transitions sol-debout et les sorties de clinch. "On a étudié ses habitudes : il avance toujours en diagonale avant de tenter un takedown. Si Artur arrive à contrer ça, Martinek sera en difficulté.", explique Najman. Une victoire ici ne serait pas qu’un simple succès – ce serait la preuve que Szpilka a comblé ses lacunes techniques.
L’enjeu dépasse le simple classement. Une victoire propulserait Szpilka dans le top 10 des poids lourds du KSW, mais surtout, elle lui donnerait un argument massif pour exiger un rewanż contre Wrzosek. "Je ne demande rien. Je prends. Et si je gagne en décembre, le KSW n’aura pas le choix : ils devront me donner cette revanche.", assène-t-il. Martinek, lui, voit les choses différemment : "Szpilka parle trop de Wrzosek. Moi, je me concentre sur lui. S’il me sous-estime, il va le payer."
"Je ne suis plus le même combattant qu’en 2023"
La défaite contre Wrzosek a marqué un tournant. Szpilka, connu pour son mental d’acier forgé durant sa carrière en boxe, a dû remettre en question sa préparation. "J’ai cru que ma puissance suffirait. Erreur. Le MMA, c’est comme un échiquier : si tu ne vois pas trois coups d’avance, tu perds." Depuis, il a intégré des séances de jiu-jitsu brésilien avec Paweł Nastula, médaillé olympique de judo, et travaillé son endurance avec des méthodes inspirées du Systema russe.
Les résultats sont là : contre Zimmerman, il a démontré une aisance nouvelle au sol, enchaînant soumission et contrôles avec une fluidité inédite. "Errol est un costaud, mais Artur l’a dominé comme un vétéran. Ça montre sa progression.", salue Mateusz Gamrot, star polonaise de l’UFC. Pourtant, des doutes persistent. Certains observateurs, comme le journaliste Kamil Gajewski, soulignent : "Szpilka a toujours eu du mal avec les grapplers. Martinek est bien plus complet que Zimmerman. Ce sera son vrai test."
L’ancien boxeur assume ce scepticisme. "Les gens doutent ? Parfait. Ça me motive. Je ne suis pas là pour convaincre, mais pour gagner. Et après le 20 décembre, on verra qui avait raison." Une chose est sûre : ce combat à Łódź s’annonce comme un choc de styles, où la puissance brute de Szpilka affrontera la rigueur technique de Martinek. Avec, en toile de fond, l’ombre de Wrzosek qui attend son heure.
Łódź, terrain neutre pour un duel explosif
Le choix de Łódź pour ce combat n’est pas anodin. Ville industrielle au cœur de la Pologne, elle symbolise le côté "sans fard" du MMA : pas de paillettes, juste deux hommes dans une cage. "C’est un endroit où les combattants viennent pour se battre, pas pour faire le show. Le public ici comprend ça.", explique Maciej Kawulski, promoteur du KSW. Avec une Atlas Arena attendue à guichets fermés, l’ambiance promet d’être électrique.
Pour Szpilka, combattre à Łódź a une résonance particulière. C’est dans cette région qu’il a passé une partie de son enfance, et c’est ici qu’il a découvert la boxe. "Revenir ici, en tant que combattant MMA, c’est comme boucler une boucle. Sauf que cette fois, je n’ai pas que mes poings. J’ai tout appris." Martinek, lui, aborde ce combat avec sérénité : "Peut-être que le public sera pour lui. Mais une fois la cage fermée, il n’y a plus que lui et moi."
Les paris sont ouverts. Les bookmakers donnent Szpilka léger favori (1.75 contre 2.10 pour Martinek), mais les experts restent divisés. Przemysław Mysiala, ancien champion du KSW, prédit : "Si Artur arrive à garder le combat debout, il gagne par KO avant la 3ᵉ reprise. Sinon, Martinek peut l’étouffer." Un scénario qui résume à lui seul les défis qui attendent Szpilka : prouver qu’il a évolué, tout en restant fidèle à son ADN de frappeur.
Et après ? La route (incertaine) vers Wrzosek
Une victoire contre Martinek ouvrirait des portes, mais rien n’est garanti. Arkadiusz Wrzosek, actuel 3ᵉ du classement, n’est pas pressé de offrir une revanche. "Szpilka doit d’abord mériter sa place. Qu’il gagne contre Martinek, puis qu’il batte encore un top 5. Après, on verra.", a-t-il déclaré. Une position qui agace Szpilka : "Il a peur. Point. Il sait que je peux le battre maintenant."
Pourtant, le KSW a ses propres plans. Avec l’émergence de jeunes talents comme Szymon Bajor, la division des poids lourds n’a jamais été aussi compétitive. "On ne peut pas organiser une revanche juste parce que Szpilka le demande. Il faut que ça ait du sens sportif.", tempère Marcin Ryszka, co-fondateur de la fédération. Pour Szpilka, la solution est simple : "Je vais gagner en décembre. Puis encore en 2025. Et quand ils n’auront plus le choix, Wrzosek devra me faire face."
Une chose est certaine : si Szpilka l’emporte, le KSW aura du mal à ignorer ses revendications. Et si Martinek s’impose, la route vers Wrzosek deviendra encore plus sinueuse. Dans les deux cas, Łódź risque de vibrer sous les coups… et les enjeux.

