Un duel des extrêmes : le grappling contre l’art de la distance
Quand Arman Tsarukyan montera dans l’Octogone le 22 juin 2024 pour affronter Dan Hooker à l’UFC Qatar, ce ne sera pas un combat comme les autres. L’Arménien, surnommé *"Ahalkalakets"* (en référence à sa ville natale), est connu pour son grappling étouffant et sa capacité à dominer ses adversaires au sol. Mais face à lui se dressera un adversaire taillé sur mesure pour le contrer : un boxeur longiligne, maître de l’art de maintenir ses rivaux à distance.
Avec une envergure de 1,93 m (pour 1,88 m de taille), Hooker possède l’une des allonges les plus redoutables de la division des poids légers. *"Ses contres sont vicieux, ses coups de pied dévastateurs… Ce style est un vrai casse-tête pour les lutteurs"*, confie Tsarukyan à Aslanbek Badaev, son entraîneur. Une analyse qui n’a rien d’exagéré : Hooker a bâti sa réputation sur sa capacité à punir ceux qui osent s’approcher, comme en témoignent ses KO contre James Vick (2018) ou Gilbert Burns (2019).
Pourtant, Tsarukyan n’est pas du genre à se laisser impressionner. Malgré son respect pour Hooker, il reste convaincu qu’il peut exploiter une faille majeure : le jeu au sol. *"Il a des lacunes quand le combat va au tapis. Je sais où le frapper, je sais comment le briser"*, déclare-t-il avec une confiance mesurée. Une stratégie risquée, car Hooker n’est pas un novice en défense au sol – il a survécu aux tentatives de soumission de Islam Makhachev en 2020.
Hooker, l’homme en forme : une résurgence qui inquiète
Si Dan Hooker représente un défi aussi redoutable, c’est aussi parce qu’il traverse la meilleure période de sa carrière depuis des années. Entre 2020 et 2022, le Néo-Zélandais avait enchaîné les défaites (4 revers en 5 combats), semant le doute sur son avenir dans l’élite. Mais depuis 2023, c’est une autre histoire : trois victoires consécutives, dont deux par décision unanime et une controversée face à Mateusz Gamrot en juillet 2023.
Cette dernière performance a particulièrement marqué Tsarukyan. *"Gamrot est le dernier à m’avoir battu [en 2022]. Voir Hooker le dominer, même de justesse, m’a ouvert les yeux"*, reconnaît-il. Une victoire qui a redonné à Hooker une confiance visible, comme en témoigne son combat dominant contre Jalin Turner en avril 2024, où il a étalé toute sa palette technique debout.
Face à cette dynamique, Tsarukyan devra gérer deux fronts : l’allonge de Hooker et son mental d’acier. *"Il croit en ses chances, et c’est normal. Mais moi, je sais que je suis plus complet"*, lance l’Arménien. Une affirmation qui rappelle sa victoire face à Damir Ismagulov en 2023, où il a prouvé qu’il pouvait aussi briller en strike, malgré son ADN de grappler.
Pourquoi Hooker est-il plus dangereux que Pimblett ou Gaethje ?
La déclaration de Tsarukyan a surpris plus d’un observateur : *"Hooker est un adversaire plus difficile que Paddy Pimblett ou Justin Gaethje."* Pourtant, quand on analyse les styles, cela prend tout son sens.
Contre Pimblett (qu’il a dominé en 2023), Tsarukyan faisait face à un combattant polyvalent, mais moins expérimenté et moins dangereux debout. Contre Gaethje, un brawler explosif, il aurait pu compter sur sa supériorité technique et son endurance pour usé "The Highlight". Mais Hooker ? *"C’est un sniper. Il ne gaspille pas son énergie, il attend le bon moment pour frapper"*, explique Tsarukyan.
La clé du combat résidera dans la capacité de l’Arménien à franchir la distance sans se faire contrer. Une mission périlleuse, comme l’a montré la défaite de Dustin Poirier face à Hooker en 2020, où "The Hangman" a puni chaque tentative d’approche. *"Je dois être patient, feinter, et attendre le bon moment pour le prendre au sol"*, détaille Tsarukyan, conscient que la moindre erreur pourrait être fatale.
Le facteur psychologique : Gamrot, l’ombre du passé
Il y a un détail qui ajoute une dimension particulière à ce combat : Mateusz Gamrot. Le Polonais est le dernier homme à avoir battu Tsarukyan (décision unanime en 2022), et c’est aussi le dernier adversaire que Hooker a vaincu. Une coïncidence qui n’en est pas une pour l’Arménien.
*"Voir Hooker battre Gamrot, ça m’a fait réfléchir. Pas par peur, mais parce que ça montre qu’il a évolué"*, confie Tsarukyan. Une évolution qui se traduit par une meilleure gestion de la distance et des contres encore plus précis. *"Avant, il comptait trop sur sa puissance. Maintenant, il est plus intelligent."*
Pour l’Arménien, ce combat est aussi l’occasion de tourner la page Gamrot et de prouver qu’il a corrigé ses erreurs. *"Je ne veux pas revivre 2022. Cette fois, je serai prêt à 200%."* Une détermination qui rappelle son parcours sans défaite depuis cette défaite (4 victoires en 5 combats), avec des performances convaincantes contre Joel Alvarez et Damir Ismagulov.
Prédictions et enjeux : qui a l’avantage ?
Selon les bookmakers, Arman Tsarukyan part favori (environ 1.60 contre 2.30 pour Hooker). Une cote qui s’explique par son palmarès récent et sa polyvalence. Pourtant, les experts sont divisés.
Pour Tsarukyan :
- Supériorité au sol (7 soumissions en carrière).
- Meilleure endurance (Hooker a montré des signes de fatigue en 5 rounds).
- Jeunesse (27 ans contre 34 ans pour Hooker).
Pour Hooker :
- Allonge et contres dévastateurs (10 KO en carrière).
- Expérience des grands combats (face à Poirier, Chandler, Makhachev).
- Dynamique positive (3 victoires d’affilée).
*"Si Tsarukyan arrive à l’amener au sol tôt, il gagne. Sinon, Hooker peut le punir debout et voler des rounds"*, analyse Daniel Cormier. Un scénario qui promet un combat stratégique, où chaque détail comptera.
Pour Tsarukyan, une victoire le rapprocherait d’un titre. Pour Hooker, ce serait le retour définitif parmi les prétendants. *"Ce combat, c’est bien plus qu’un simple match. C’est une question de respect"*, conclut l’Arménien. Une phrase qui résume l’enjeu : deux guerriers, deux styles, et une seule issue possible.

