"On ne peut pas deviner la douleur des autres" : Pereira défie les critiques
Quand Alex Pereira prend la parole, le monde du MMA écoute. L’ancien champion des poids moyens, connu pour ses KO spectaculaires et ses déclarations cash, n’a pas mâché ses mots après le chaos de l’UFC 321. Interrogé sur le faul de Ciryl Gane – dont les doigts se sont logés dans l’œil de Tom Aspinall au 1er round, provoquant l’arrêt du combat – le Brésilien a balayé les polémiques d’un revers de main : "Les gens parlent comme si ils étaient à la place de Tom. Mais personne ne sait ce qu’il a ressenti à ce moment-là. Moi-même, je ne peux pas juger."
Une réponse qui résonne comme un rappel à l’humilité dans un sport où les opinions fusent souvent plus vite que les coups. Pereira, lui-même passé par des combats âprement disputés (comme sa rivalité avec Israel Adesanya), connaît la fine ligne entre la douleur supportable et celle qui force à l’abandon. "Un faul, c’est un faul, mais après ? Est-ce que Tom pouvait encore voir ? Est-ce que sa concentration était brisée ? Seul lui le sait." Des mots qui mettent en lumière l’aspect psychologique trop souvent sous-estimé dans l’analyse des combats.
Pourtant, la réaction de Pereira va plus loin qu’une simple défense d’Aspinall. Elle interroge le système même de l’UFC : comment évaluer l’impact d’un faul quand le combattant touché, sous l’adrénaline, peut minimiser ses blessures pour continuer ? À l’inverse, comment éviter que certains n’exagèrent pour obtenir un avantage ? "C’est là que le MMA est différent des autres sports, explique-t-il. Ici, la limite entre la stratégie et la survie est floue."
UFC 321 : Quand un doigt dans l’œil fait basculer une carrière
Le combat Aspinall vs. Gane avait tout pour devenir un classique. Deux géants des poids lourds, l’un (Aspinall) en pleine ascension avec 5 victoires d’affilée par KO, l’autre (Gane) en quête de rédemption après sa défaite face à Jon Jones. Pourtant, en à peine 72 secondes, tout a basculé. Le faul de Gane – involontaire selon lui – a transformé une potentielle victoire d’Aspinall en un "no contest", laissant les fans sur leur faim et le Britannique avec un goût amer.
Pour Pereira, cet incident illustre un problème récurrent : "Les fauls, surtout ceux qui touchent aux yeux, sont impossibles à contrôler à 100%. Mais leurs conséquences, elles, peuvent être dévastatrices." Il cite l’exemple de Charles Oliveira, dont la carrière a été marquée par des arrêts similaires, ou encore Leon Edwards, victime d’un faul oculaire contre Belal Muhammad en 2021. "Un seul geste peut gâcher des mois de préparation. Et après ? On dit ‘c’est la faute à pas de chance’ ? Non, c’est la réalité du sport."
L’aspect le plus frustrant pour Aspinall ? La perte de son bonus de performance (50 000 $), normalement attribué en cas de victoire éclair. Pereira, lui, voit plus large : "Tom a perdu bien plus que de l’argent. Il a perdu l’élan psychologique qu’il avait construit. Dans les poids lourds, où un seul coup peut tout changer, la confiance est tout." Une analyse qui explique pourquoi l’UFC pourrait hésiter à programmer un rematch immédiat, malgré la demande des fans.
Derrière la polémique : le calvaire des combattants blessés
Ce que peu de gens savent, c’est que Pereira a lui-même été victime d’un faul similaire en 2019, lors d’un combat au Jungle Fight. Un coup de coude accidentel à l’œil l’avait laissé avec une vision trouble pendant 3 semaines. "Je me souviens avoir essayé de faire semblant que tout allait bien à l’entraînement, mais en réalité, je voyais double. Personne ne le savait.", confie-t-il. Cette expérience personnelle éclaire sa compassion pour Aspinall : "Quand tu es dans la cage, tu veux montrer que tu es fort. Mais parfois, ton corps te trahit sans prévenir."
Le problème, selon Pereira, est que l’UFC manque de protocoles clairs pour gérer ces situations. "Dans le football, si un joueur se blesse, il est remplacé. Nous, on nous demande de continuer comme si de rien n’était. Même après un faul grave, l’arbitre te regarde et dit ‘Tu peux continuer ?’… Comme si on avait le choix !" Il propose une solution radicale : "Pour les fauls oculaires, un temps mort obligatoire de 2 minutes, avec examen médical. Pas juste une question posée sous le stress."
Cette absence de règles strictes a des conséquences à long terme. Pereira évoque le cas de Mark Hunt, dont la santé a été durablement affectée par des combats répétés malgré des commotions. "On nous vend l’idée que les combattants sont des machines. Mais on est des humains. Et un faul comme celui de Gane, même accidentel, peut laisser des séquelles." Une prise de position qui contraste avec l’image de "dur à cuire" souvent associée aux stars du MMA.
Et maintenant ? Le dilemme du rematch Aspinall vs. Gane
La question qui brûle les lèvres des fans : y aura-t-il un rematch ? Pereira, prudent, tempère les attentes : "Tom doit d’abord récupérer à 100%. S’il force, il risque de se blesser encore plus. Et Gane ? Il a prouvé qu’il pouvait rivaliser avec Tom, mais une victoire comme ça… ça ne compte pas vraiment, non ?" Le Brésilien pointe du doigt un problème récurrent dans les fauls : "Le gagnant ne se sent pas légitime, le perdant se sent volé. Personne n’y gagne."
Du côté des bookmakers, les cotes ont déjà bougé. Avant l’UFC 321, Aspinall était donné favori à 1.65 contre 2.20 pour Gane. Après le no contest, les parieurs hésitent : certains sites placent désormais Gane en léger favori (1.85), estimant que sa performance (même courte) a montré sa capacité à résister. Pereira, lui, refuse de se prononcer : "Les cotes, c’est pour les bookmakers. Moi, je regarde comment un gars se relève après un coup dur. Et ça, on ne peut pas le mesurer."
Un élément pourrait accélérer les choses : la ceinture intérimaire des poids lourds, actuellement vacante depuis le passage de Jones en poids lourds. Dana White a laissé entendre qu’un combat entre Aspinall et Gane pourrait déterminer le prochain prétendant. Pereira, lui, voit un piège : "Si l’UFC les remettait face à face trop tôt, ce serait une erreur. Tom a besoin de temps pour digérer ça mentalement. Sinon, il entrera dans la cage avec un doute, et contre Gane, un doute suffit pour perdre."
"Le MMA n’est pas un sport pour les faibles d’esprit" : la leçon de Pereira
Au-delà du cas Aspinall-Gane, Pereira livre une réflexion plus large sur la résilience mentale dans le MMA. "Les gens voient les KO, les soumissions, mais ils ne voient pas les nuits sans sommeil avant un combat, les doutes qui te rongent. Un faul comme celui-ci, c’est comme si on te volait ton travail. Comment tu rebondis ?" Il cite l’exemple de Robbie Lawler, qui après sa défaite controversée face à Carlos Condit en 2016, avait mis des mois à retrouver sa confiance.
Pour Pereira, la clé est dans l’acceptation : "Tom doit comprendre que ce n’est pas de sa faute. Mais il doit aussi se demander : ‘Est-ce que j’ai fait une erreur en ne protégeant pas assez mon visage ?’ Parce que dans ce sport, même les fauls, tu dois les anticiper." Une philosophie qui explique pourquoi, malgré ses défaites (comme face à Adesanya à l’UFC 287), le Brésilien a toujours rebondi plus fort.
Son conseil à Aspinall ? "Prends ton temps. Travaille ton mental autant que ton physique. Et quand tu remonteras dans la cage, fais-le pour toi, pas pour prouver quelque chose aux autres. Parce que les autres, ils oublieront ce faul dans un mois. Toi, tu devras vivre avec." Des mots qui résonnent comme un avertissement – et une promesse : dans le MMA, les véritables champions ne sont pas ceux qui gagnent toujours, mais ceux qui savent perdre sans se perdre.

