"Je ne veux pas être un autre combattant qui signe à l’UFC et disparaît après deux défaites"
La phrase, lâchée lors d’un entretien avec TVP Sport, résume à elle seule la philosophie d’Adrian Bartosiński. À 30 ans, le champion des poids mi-moyens du KSW (Konfrontacja Sztuk Walki) pourrait facilement se laisser porter par l’euphorie d’une éventuelle signature en UFC. Pourtant, il choisit la voie moins glamour, mais bien plus pérenne : celle de la préparation minutieuse. "Beaucoup de gens veulent aller à l’UFC, mais peu y parviennent vraiment. Et encore moins y restent", confie-t-il, lucide. Son objectif ? Éviter le piège classique du combattant européen qui, grisé par l’appel de la grande ligue, néglige les fondations et s’effondre sous la pression.
Contrairement à des compatriotes comme Jan Błachowicz ou Joanna Jędrzejczyk, qui ont rejoint l’UFC avec un palmarès déjà bien garnie, Bartosiński mise sur une transition progressive. "Je ne veux pas être un nom de plus sur la liste des 'combattants qui ont tenté leur chance'. Je veux y aller pour durer", insiste-t-il. Une déclaration qui en dit long sur sa maturité, dans un sport où l’impatience est souvent synonyme d’échec précoce.
Son plan ? Trois piliers indissociables :
- Stabilité financière : "Je ne veux pas me battre pour payer mes factures en même temps que pour mon rêve."
- Préparation d’élite : Des camps d’entraînement aux États-Unis, avec des partenaires de haut niveau.
- Expérience compétitive : Honoré ses combats restants au KSW pour arriver en UFC avec un momentum irréprochable.
KSW 113 : Le dernier test avant le grand saut ?
Le 14 décembre 2024, lors du KSW 113 à Łódź (Pologne), Bartosiński montera une nouvelle fois dans la cage pour défendre son titre. Un combat qui, selon ses propres mots, "sera un indicateur clair" de sa préparation pour l’UFC. "Je ne cherche pas juste à gagner. Je veux dominer, montrer que je peux rivaliser avec les tops 15 mondiaux", explique-t-il. Une approche qui rappelle celle d’Israel Adesanya avant son arrivée en UFC : transformer chaque combat régional en une vitrine de son potentiel.
Son adversaire n’a pas encore été officiellement annoncé, mais les rumeurs évoquent le nom de Roberto Soldić, un Croate expérimenté et ancien champion du KSW. Un matchup qui, s’il se concrétise, serait un véritable litmus test : Soldić, avec son style agressif et son expérience internationale, représenterait le niveau de compétition que Bartosiński affronterait en UFC. "Si je passe ce test avec brio, ce sera le signal que je suis prêt", analyse-t-il, sobrement.
Derrière cette stratégie se cache aussi une réalité économique souvent ignorée : le KSW, bien que moins médiatisé que l’UFC, offre à ses champions des revenus stables et des conditions de préparation enviables. "Beaucoup de gens pensent que l’UFC, c’est l’Eldorado. Mais si tu n’es pas dans le top 10, tu peux gagner moins qu’au KSW, avec des frais bien plus élevés", révèle Bartosiński. Une transparence rare dans un milieu où les contrats restent généralement confidentiels.
États-Unis : Le laboratoire secret de Bartosiński
Depuis 2023, le Polonais passe plusieurs mois par an à s’entraîner aux États-Unis, notamment à Las Vegas et en Floride. Un investissement personnel colossal, mais nécessaire selon lui : "En Europe, tu trouves de bons partenaires, mais aux États-Unis, tu as accès aux meilleurs sparring partners, aux coachs qui connaissent les spécificités de l’UFC."
Son équipe ? Un mélange d’anciens champions et de jeunes loups affamés. "Je m’entraîne avec des gars qui ont combattu en UFC, qui connaissent les judges, les attentes des fans américains. Ça change tout", détaille-t-il. Parmi ses partenaires réguliers, on trouve des noms comme Neil Magny ou Geoff Neal, deux vétérans de la division des -77 kg en UFC. "Ils me disent toujours : 'Adrian, ton niveau est déjà UFC, mais il faut que tu t’adaptes au rythme, à la pression médiatique.'"
Un détail révélateur : Bartosiński a même engagé un nutritionniste spécialisé dans les cuts de poids pour l’UFC. "Là-bas, les contrôles sont bien plus stricts. Une erreur de 200 grammes et tu es out. Je ne veux pas prendre ce risque", confie-t-il. Une rigueur qui tranche avec l’image parfois désinvolte des combattants européens en matière de préparation physique.
Le modèle Bartosiński : Une révolution pour les combattants européens ?
Ce qui frappe dans l’approche de Bartosiński, c’est son côté méthodique. Là où beaucoup de combattants européens signent en UFC dès qu’ils en ont l’opportunité – souvent sous la pression de leurs managers ou de l’enthousiasme des fans –, le Polonais prend son temps. "Je vois des gars qui signent en UFC, perdent deux combats, et se retrouvent sans contrat, sans argent, et sans perspective. Moi, je veux éviter ça", martèle-t-il.
Son modèle pourrait bien inspirer une nouvelle génération. D’ailleurs, des observateurs comme Marcin Ryszka, journaliste spécialisé en MMA polonais, saluent cette démarche : "Adrian montre que l’on peut ambitionner l’UFC sans se brûler les ailes. C’est une leçon pour tous les jeunes combattants qui rêvent de l’Amérique."
Pourtant, tous ne partagent pas cet avis. Certains critiques, comme l’ancien combattant Tomasz Drwal, estiment que Bartosiński "joue la sécurité" : "À un moment, il faudra sauter dans le grand bain. Attendre trop longtemps peut aussi être un risque", tempère-t-il. Un débat qui divise, mais qui souligne une chose : la transition vers l’UFC n’a rien d’évident, même pour un champion.
2025 : L’année de tous les possibles ?
Si tout se déroule comme prévu, 2025 pourrait être l’année charnière pour Bartosiński. Après le KSW 113, il ne lui restera plus qu’un ou deux combats sous contrat avec l’organisation polonaise. "Idéalement, je voudrais signer en UFC mi-2025, avec au moins 6 mois de préparation intensive là-bas", projette-t-il. Un calendrier ambitieux, mais réaliste.
Les observateurs notent d’ailleurs que son style – un mélange de wrestling solide et de strikes précis – correspond parfaitement aux attentes de l’UFC. "Il a le profil type pour percer : il n’est pas un 'one-trick pony', il sait s’adapter", analyse Karim Zidan, journaliste pour Bloody Elbow. Reste à voir si Dana White et son équipe seront convaincus.
Une chose est sûre : si Bartosiński parvient à reproduire en UFC ce qu’il a accompli au KSW (12 victoires pour seulement 2 défaites, avec une série actuelle de 6 succès), il pourrait bien devenir le nouveau visage du MMA polonais. Après les exploits de Jan Błachowicz chez les lourds-légers, c’est peut-être au tour des -77 kg de briller.
Entre pragmatisme et ambition, Adrian Bartosiński trace une voie inédite pour les combattants européens. Son refus de la précipitation, son obsession du détail (des finances à la nutrition), et sa volonté de dominer avant de changer de ligue en font un cas d’étude fascinant. Alors que le KSW 113 approche, une question persiste : et si sa plus grande force était précisément cette patience que tant d’autres négligent ?
Une chose est certaine : quand il foulera enfin l’Octogone, ce ne sera pas en touriste, mais en prétendant sérieux au titre. Et ça, l’UFC n’a pas fini d’en entendre parler.

