Deux trajectoires, un même objectif : la victoire en décembre
Décembre 2024 s'annonce chargé pour les sports de combat polonais. D'un côté, Jan Błachowicz, légende de l'UFC et ancien champion des mi-lourds, affronte Bogdan Guskov dans un combat crucial pour son avenir dans l'organisation. De l'autre, Artur Szpilka, figure emblématique de la boxe polonaise, monte sur le ring du KSW 113 pour défier Michal Martinek. Malgré leurs disciplines distinctes – le MMA pour le premier, la boxe pour le second –, les deux hommes ont fait un choix surprenant : s'entraîner ensemble au Warszawskiego Centrum Atletyki, un complexe réputé pour son approche scientifique de la préparation physique.
*« On se pousse mutuellement à donner le meilleur »*, confiait récemment Szpilka à la presse locale. Une déclaration qui résume l'esprit de leur collaboration. Pour Błachowicz, cette préparation commune est aussi une manière de rompre avec la routine après sa défaite controversée face à Calos Ulberg en mai dernier – un combat où son manque de rythme en deuxième round avait été pointé du doigt. Szpilka, lui, arrive gonflé à bloc après son KO retentissant contre Errol Zimmerman en octobre, un succès qui a relancé sa carrière après des années de doutes.
"On ne ralentit pas" : l'intensité des séances de sparring
Les images partagées par Błachowicz sur les réseaux sociaux montrent des séances de sparring d'une intensité rare. *« Jour de sparring. On ne ralentit pas »*, a-t-il écrit sobrement, accompagnant son post de vidéos où l'on voit les deux hommes enchaîner les exercices – travail au sac, enchaînements de coups, et simulations de combat au corps à corps. *« Jan m'a appris à mieux gérer les prises de grappling, et moi je lui ai montré comment placer des crochets en boxe »*, détaille Szpilka, soulignant l'échange de compétences entre les deux disciplines.
Pourtant, ce choix d'entraînement commun n'est pas sans risques. *« Un boxeur et un fighter MMA n'ont pas les mêmes réflexes »*, tempère Tomasz Drwal, ancien combattant du KSW et maintenant analyste. *« Szpilka a l'habitude des rounds de 3 minutes avec des gants de 10 oz, tandis que Błachowicz doit gérer des rounds de 5 minutes avec des gants de 4 oz. Leur préparation doit rester spécifique. »* Un avis que nuance Paweł Althamer, entraîneur de Szpilka : *« L'idée n'est pas de tout mélanger, mais de travailler des aspects complémentaires : la précision pour Artur, l'endurance pour Jan. »*
Błachowicz : se reconstruire après la défaite face à Ulberg
Pour Jan Błachowicz, ce combat contre Bogdan Guskov est bien plus qu'une simple confrontation : c'est une question de survie dans l'élite de l'UFC. Sa défaite face à Calos Ulberg en mai 2024 a révélé des failles dans son jeu, notamment une baisse de régime en milieu de combat et des difficultés à contrer les attaques au sol. *« Je sais ce qui n'a pas marché »*, avait-il admis en conférence de presse. *« Mon timing était mauvais, et j'ai sous-estimé son grappling. »*
Depuis, l'ancien champion a revu sa préparation, intégrant davantage de travail en lutte et en jiu-jitsu brésilien. *« Je dois retrouver ma domination au sol »*, insiste-t-il. Le choix de s'entraîner avec Szpilka, connu pour sa puissance de frappe, n'est pas anodin : *« Ses crochets m'obligent à améliorer ma défense et mes déplacements. C'est exactement ce dont j'ai besoin avant d'affronter Guskov, un striker redoutable. »* Une stratégie qui rappelle celle de Israel Adesanya avant son combat contre Alex Pereira – s'entourer de partenaires aux styles opposés pour couvrir toutes les failles.
Szpilka : confirmer son retour après le KO contre Zimmerman
Du côté d'Artur Szpilka, l'enjeu est différent mais tout aussi crucial. Après des années de hauts et de bas – notamment sa défaite face à Deontay Wilder en 2016 –, le boxeur polonais a enfin retrouvé le chemin de la victoire avec un KO spectaculaire contre Errol Zimmerman en octobre dernier. *« Ce combat m'a redonné confiance »*, avoue-t-il. *« J'ai prouvé que je pouvais encore frapper fort et tenir la distance. »*
Face à Michal Martinek, un adversaire jeune et technique, Szpilka mise sur son expérience et sa puissance. *« Martinek est rapide, mais il n'a jamais affronté quelqu'un avec mon mental »*, déclare-t-il. Son entraînement avec Błachowicz lui a notamment permis de travailler sa résistance aux prises, un atout précieux si le combat se rapproche. *« Jan m'a appris à garder mon équilibre même sous pression. En boxe, on ne pense pas assez à ça, mais contre un adversaire qui pousse, c'est vital. »*
Derrière les gants : une amitié et une rivalité saine
Au-delà de la préparation physique, c'est une véritable dynamique humaine qui se joue entre les deux hommes. *« On se connaît depuis des années, mais on ne s'était jamais entraînés ensemble »*, raconte Błachowicz. *« Artur est un battant, et moi aussi. Ça crée une énergie particulière. »* Une relation qui rappelle celle entre Khabib Nurmagomedov et Islam Makhachev – un mélange de respect mutuel et de compétition saine.
Pourtant, certains observateurs y voient une stratégie marketing. *« C'est intelligent : ça crée du buzz autour de leurs combats respectifs »*, analyse Marek Ryszka, journaliste sportif. *« Mais attention à ne pas se disperser. Błachowicz doit rester concentré sur Guskov, un adversaire bien plus dangereux qu'il n'y paraît. »* Un avis partagé par Dariusz Luśnia, manager de Szpilka : *« L'important, c'est que chacun garde ses objectifs en tête. Leur amitié ne doit pas devenir une distraction. »*
Décembre approche : ce qui les attend
Les calendriers sont désormais fixés :
• Jan Błachowicz vs Bogdan Guskov : un combat de mi-lourds à l'UFC, probablement en tête d'affiche d'un événement en Europe.
• Artur Szpilka vs Michal Martinek : l'affiche principale du KSW 113, prévue le 14 décembre à Varsovie.
Pour Błachowicz, une victoire contre Guskov pourrait lui ouvrir les portes d'un combat de titre, ou au moins d'un affrontement contre un top 5. *« Je veux montrer que je suis toujours là »*, martèle-t-il. Quant à Szpilka, une performance convaincante contre Martinek pourrait le propulser vers un combat pour la ceinture des lourds du KSW. *« Je veux finir l'année en beauté »*, déclare-t-il, déterminé.
Leur préparation commune aura-t-elle fait la différence ? Réponse en décembre. Une chose est sûre : en unissant leurs forces, Błachowicz et Szpilka ont déjà marqué l'histoire des sports de combat polonais.

