"Je ne devrais pas être l’underdog" : Luque et l’énigme des bookmakers
Pour la première fois depuis ses débuts à l’UFC en 2015, Vicente Luque se retrouve dans une position qui le laisse dubitatif : celle de favoris des bookmakers… contre lui. Avec un palmarès incluant des victoires contre Rafael dos Anjos (ancien champion des légers) et Tyron Woodley (ex-roi des mi-moyens), le Brésilien de 32 ans a du mal à comprendre pourquoi les parieurs misent contre lui face à Joel Alvarez. "Sur le papier, ça n’a aucun sens. J’ai battu des gars qui ont dominé cette division, et soudain, je suis l’outsider ?" s’interroge-t-il, un sourire en coin.
Pourtant, les chiffres d’Alvarez impressionnent : 7 victoires en 9 combats UFC, toutes terminées avant la limite (5 KOs, 2 soumissions). Le natif de Madrid, passé des légers aux mi-moyens pour éviter les contraintes de poids, incarne la nouvelle génération de finishers impitoyables. Mais Luque, lui, voit au-delà des statistiques. "Il a perdu contre des grapplers solides comme Tsarukyan et Ismagulov. Moi, j’ai 10 soumissions en carrière. Les maths sont simples", analyse-t-il, confiant.
Derrière cette apparente sérénité se cache une série mitigée (2 victoires pour 4 défaites sur ses 6 derniers combats), qui a fait chuter Luque dans la hiérarchie des mi-moyens. Mais loin de le décourager, cette position d’underdog semble raviver sa flamme. "Parfois, il faut redevenir le chasseur. À Rio, je vais montrer que les vieux loups ont encore des crocs", promet-il, évoquant le public brésilien, réputé pour son soutien inconditionnel aux locaux.
Trois semaines pour tout changer : la stratégie éclair de la Kill Cliff FC
Quand l’UFC a annoncé que Joel Alvarez remplacerait Ian Machado Garry (blessé) pour affronter Luque, l’équipe du Brésilien n’a eu que trois semaines pour tout repenser. Un délai serré, mais suffisant selon Kill Cliff FC, le camp d’entraînement de Luque basé en Floride. "On a identifié ses patterns dès le premier jour. Alvarez est prévisible dans son agressivité : il charge, il boxe en combinaisons, puis il cherche le takedown si ça ne marche pas. On a bossé ça en sparring avec des gars qui imitent son style", révèle Luque.
La clé ? Exploiter les transitions. Alvarez, malgré son taux de finishes, montre des lacunes quand ses attaques sont contrées. "Contre Tsarukyan, il a été dominé au sol. Contre Ismagulov, il a craqué sous la pression. Moi, je vais le faire douter dès les premières minutes", explique Luque, qui a peaufiné ses contres en boxe et ses amenées au sol. Son objectif ? "Le faire tomber dans mon monde : le jiu-jitsu. S’il me suit au sol, c’est fini."
Autre atout : l’altitude et l’humidité de Rio. Alvarez, habitué aux climats secs de Las Vegas ou d’Abu Dhabi, pourrait souffrir de conditions qu’il n’a jamais connues. "À Rio, même l’air te fatigue. Lui, il va découvrir ça en direct. Moi, je respire ça depuis que je suis gamin", lance Luque, natif de West Linn (Oregon) mais élevé entre le Brésil et les États-Unis.
"Rio, c’est ma seconde maison" : quand la foule devient une arme
Combattre à Rio de Janeiro n’est pas anodin pour Vicente Luque. "C’est comme si je me battais dans mon salon, sauf qu’il y a 15 000 personnes qui hurlent ton nom", confie-t-il. Le Brésilien, qui a grandi entre les États-Unis et le Brésil, connaît l’impact du public local. "À Rio, l’énergie est électrique. Les gens vivent chaque coup, chaque soumission comme si c’était eux dans la cage. Ça te donne des ailes… ou ça te brise. Moi, ça me donne des ailes."
Cette connexion avec le public n’est pas qu’émotionnelle : elle est stratégique. Luque a souvent utilisé l’énergie de la foule pour accélérer le rythme en fin de combat, une tactique qui a payé contre Mike Perry (victoire par KO en 2020) ou Niko Price (KO en 2019). "Quand tu entends 15 000 personnes crier ton nom, tu te dis que tu ne peux pas les décevoir. Alvarez va entendre ça aussi… mais dans l’autre sens", prédit-il.
Pourtant, Luque reste lucide : "Rio peut être un piège. Si tu te laisses emporter par l’émotion, tu fais des erreurs. Moi, je vais canaliser ça. Chaque 'Luque !' que j’entendrai sera un rappel : 'Reste concentré, fais ton boulot.'" Une approche qui tranche avec certains combattants, submergés par l’adrénaline.
Alvarez, le finisher aux talons d’Achille
Joel Alvarez (20-2 en MMA, 7-2 à l’UFC) est une énigme. D’un côté, un taux de finishes de 100 % dans l’Octogone (7 victoires avant la limite). De l’autre, deux défaites qui révèlent une fragilité face aux grapplers : une soumission contre Arman Tsarukyan (2021) et une défaite unanime face à Damir Ismagulov (2022). "Il a un chin solide et des poings lourds, mais dès qu’on le met sur le dos, il panique", analyse un entraîneur anonyme de l’UFC Performance Institute.
Luque, avec ses 10 soumissions en 23 victoires, semble taillé pour exploiter cette faille. "Je ne vais pas chercher à le boxer. Pourquoi jouer son jeu ? Je vais le prendre là où il est faible : au sol. Et une fois qu’il sera là, je vais lui montrer pourquoi on m’appelle 'The Silent Assassin'", déclare-t-il, surnom qu’il doit à sa capacité à terminer les combats sans avertissement.
Mais Alvarez n’est pas un novice. Son passage chez les mi-moyens (après une carrière chez les légers) lui a permis de gagner en puissance. "Luque est un gros nom, mais je suis plus grand, plus fort, et je frappe plus dur qu’avant. Il va le sentir", a-t-il déclaré en conférence de presse. Une confrontation de styles qui promet d’être explosive : la boxe agressive d’Alvarez contre le jiu-jitsu patient de Luque.
Scénarios pour UFC Rio : KO, soumission… ou surprise ?
Trois issues possibles se dessinent pour ce combat :
1. Luque par soumission (round 2 ou 3) : Le scénario le plus probable. Alvarez, confiant en sa boxe, pourrait se faire surprendre par un takedown ou une guillotine en transition. "S’il me laisse l’attraper, je le termine. C’est aussi simple que ça", assure Luque.
2. Alvarez par KO (round 1) : Si le Brésilien sous-estime la puissance de l’Espagnol, un crochet du gauche (son arme favorite) pourrait mettre fin au combat rapidement. "Luque a un bon menton, mais personne n’est invincible", rappelle Alvarez.
3. Décision serrée : Moins probable, mais possible si les deux hommes s’annulent mutuellement. Luque devra alors compter sur son volume de frappes et ses contrôles au sol pour convaincre les juges.
Quel que soit le résultat, une chose est sûre : ce combat aura des conséquences majeures pour la division. Une victoire de Luque le replacerait dans le top 10, tandis qu’Alvarez pourrait prétendre à un adversaire classé avec un succès éclatant. "Ce soir, quelqu’un va se réveiller star. Et ce quelqu’un, ce sera moi", conclut Luque, déterminé.
Une chose est certaine : quand la cage se refermera, ce ne sera pas seulement un combat qui débutera, mais une bataille pour la rédemption. Et à Rio, sous les yeux de 15 000 fans en délire, l’histoire s’écrira en coups de poing… ou en clefs de soumission.

