5 mai 2024 restera une date noire pour le monde de la boxe. Vanes Martirosyan, surnommé "The Nightmare" (Le Cauchemar), s’est éteint à seulement 39 ans, terrassé par un cancer de la peau contre lequel il se battait depuis des années. Sa disparition laisse un vide immense, non seulement pour ses proches, mais aussi pour une génération de fans et de boxeurs qui voyaient en lui bien plus qu’un athlète : un symbole de résilience, de courage et d’humanité. Retour sur l’épopée d’un homme qui a marqué l’histoire de la boxe américaine et arménienne, entre exploits sportifs et combats personnels.
Des débuts fulgurants : la promesse d’une légende
Né le 1ᵉʳ mai 1986 à Glendale, en Californie, dans une famille d’origine arménienne, Vanes Martirosyan découvre la boxe dès son plus jeune âge. Son parcours amateur est tout simplement exceptionnel : avec 120 victoires pour seulement 10 défaites, il s’impose comme l’un des espoirs les plus brillants des États-Unis. Médaillé d’or aux Jeux panaméricains de 2003 et membre de l’équipe olympique américaine en 2004, il passe professionnel la même année, à seulement 18 ans.
Chez les pros, le début de sa carrière est tout aussi impressionnant. Entre 2004 et 2010, Martirosyan enchaîne 34 victoires consécutives, dont 21 par KO, s’imposant comme une terreur dans la catégorie des super-welters. Son style, à la fois technique et agressif, lui vaut le surnom de "The Nightmare" – un cauchemar pour ses adversaires. Les observateurs le voient déjà comme le futur visage de la boxe américaine.
Pourtant, malgré ce palmarès, Martirosyan peinerà à décrocher les ceintures mondiales les plus prestigieuses. Une frustration qui le poursuivra toute sa carrière, mais qui ne l’empêchera jamais de relever des défis toujours plus ambitieux.
2018 : le sacrifice ultime face à Golovkin
Si un combat résume à lui seul l’audace et le caractère de Vanes Martirosyan, c’est bien celui du 5 mai 2018 face à Gennady "GGG" Golovkin. À l’époque, le Kazakh est au sommet de sa gloire, considéré comme l’un des meilleurs boxeurs pound-for-pound de la planète. Le combat initial devait opposer Golovkin à Canelo Álvarez, mais ce dernier est suspendu pour dopage. C’est là que Martirosyan entre en scène.
À seulement deux semaines de préavis, il accepte le défi, malgré un désavantage évident en termes de préparation. Le résultat est sans appel : un KO au 2ᵉ round qui envoie Martirosyan au tapis. Pourtant, ce combat restera comme l’un des plus héroïques de sa carrière. "Personne d’autre n’aurait osé monter sur ce ring dans ces conditions. Vanes l’a fait par respect pour le sport", déclarera plus tard son entraîneur, Edmond Tarverdyan.
Ce geste, bien plus qu’une simple performance sportive, cimente sa légende. Martirosyan prouve ce soir-là qu’il est bien plus qu’un boxeur : un guerrier, prêt à tout pour défendre l’honneur du noble art. Même dans la défaite, il gagne le respect de millions de fans – et celui de Golovkin lui-même, qui saluera son courage après le combat.
"The Nightmare" hors du ring : un homme avant tout
Au-delà de ses exploits sportifs, Vanes Martirosyan était avant tout connu pour son humilité et son engagement communautaire. Fier de ses origines arméniennes, il n’a jamais hésité à mettre en avant son héritage, devenant une figure emblématique de la diaspora aux États-Unis. "Je boxe pour mon pays, pour ma famille, et pour tous ceux qui croient en moi", confiait-il souvent en interview.
Son combat contre le cancer de la peau, diagnostiqué en 2020, a été mené avec la même détermination que ses affrontements sur le ring. Malgré les traitements éprouvants, il a continué à inspirer, partageant régulièrement des messages de courage sur les réseaux sociaux. "La vie est une série de rounds. Parfois, tu es à terre, mais tu dois te relever. Toujours."
Son influence dépassait largement le monde de la boxe. Des athlètes de tous horizons, comme le champion UFC Ronda Rousey (elle aussi d’origine arménienne), ont salué son parcours. "Vanes était un exemple pour nous tous. Pas seulement comme sportif, mais comme homme", a-t-elle déclaré après son décès.
L’héritage de "The Nightmare" : bien plus qu’un bilan sportif
Avec un palmarès final de 36 victoires (21 KO), 4 défaites et 1 nul, Vanes Martirosyan n’a peut-être pas remporté tous les titres espérés. Pourtant, son impact sur la boxe est inoubliable. Il a affronté certains des meilleurs de sa génération – Jermell Charlo, Erislandy Lara, ou encore Demetrius Andrade – et a toujours su rebondir après les défaites.
Son dernier combat, en 2021 contre David Avanesyan (une défaite par décision unanime), avait marqué la fin d’une époque. Mais même à ce moment-là, Martirosyan refusait de parler de retraite. "Tant que mon cœur bat pour ce sport, je continuerai", avait-il lancé, prophétique.
Aujourd’hui, les hommages pleuvent. Mauricio Sulaiman, président de la WBC, a salué "un vrai champion, un homme d’honneur qui a toujours représenté les valeurs de la boxe". Les fans, eux, se souviennent d’un combattant authentique, qui n’a jamais triché, jamais reculé, et a toujours gardé son sourire malgré les épreuves.
Derrière les gants : le Martirosyan que peu connaissaient
Ceux qui l’ont côtoyé de près racontent un homme drôle, généreux, et incroyablement attachant. Son entraîneur, Edmond Tarverdyan, se souvient : "Vanes était le genre de gars qui arrivait le premier à l’entraînement et repartait le dernier. Pas pour impressionner, mais parce qu’il aimait ça. Et entre deux rounds, il te faisait rire avec ses blagues."
Une anecdote revient souvent : lors d’un stage en Arménie, Martirosyan avait insisté pour payer de sa poche l’équipement de jeunes boxeurs locaux. "Personne ne m’a aidé quand j’ai commencé. Je veux leur donner cette chance", avait-il expliqué. Ce côté désintéressé a marqué tous ceux qui l’ont approché.
Même dans les moments les plus sombres de sa maladie, il gardait cette lueur d’optimisme. "Le cancer, c’est comme un adversaire au 12ᵉ round. Tu es épuisé, mais tu dois tenir. Et si tu tombes, tu te relèves", confiait-il à un journaliste en 2023, quelques mois avant sa disparition.
Ce que la boxe perd avec lui
Vanes Martirosyan incarnait une certaine idée de la boxe : celle d’un sport où le respect, le courage et l’intégrité comptent autant que les titres. À une époque où les controverses (dopage, combats arrangés) font souvent la une, il restait un exemple de probité.
Son décès rappelle aussi la fragilité des athlètes, même les plus solides. "On les voit invincibles sur le ring, mais ils sont humains", souligne le journaliste Dan Rafael. Martirosyan, lui, l’a toujours su. Et c’est peut-être pour ça qu’il était si aimé.
Aujourd’hui, les rings du monde entier observent une minute de silence. Mais son héritage, lui, continuera de résonner. Parce que des hommes comme Vanes Martirosyan ne meurent jamais vraiment. Ils inspirent, génération après génération.

