Un gala sous-estimé, mais chargé d’enjeux
UFC Vegas 111 n’a peut-être pas la hype des galas numérotés, mais il promet des combats qui pourraient faire date. Organisé le 1er juin 2024 à l’APEX de Las Vegas, cet événement clôture une période charnière pour l’UFC sur ESPN, avec une carte principale où chaque combat raconte une histoire. Au cœur de celle-ci : Gabriel Bonfim contre Randy Brown, un affrontement qui oppose bien plus que deux styles – deux visions du MMA, deux générations, et peut-être deux futurs radicalement différents.
Pour Bonfim, 26 ans et un record de 16 victoires pour 1 défaite, l’enjeu est clair : prouver qu’il mérite sa place parmi les meilleurs welters après une victoire discutée face à Stephen Thompson en mars 2024. Brown, lui, à 35 ans et 20 combats sous la bannière UFC, doit montrer qu’il n’est pas encore un "gatekeeper", mais bien un prétendant sérieux. Entre les deux, cinq rounds pour trancher.
Et ce n’est pas tout. Dans l’ombre de ce combat phare, Joseph Morales, fraîchement auréolé de sa victoire dans The Ultimate Fighter 33, affronte Matt Schnell dans un duel qui pourrait symboliser le passage de témoin chez les mouches. Schnell, 34 ans et 16 combats en UFC, incarne l’expérience, tandis que Morales, 25 ans et un style explosif, représente l’avenir. Deux combats, deux récits, et une soirée où les carrières pourraient basculer.
Bonfim vs. Brown : quand la jeunesse affronte la ruse
Sur le papier, Gabriel Bonfim part favori. Son grappling, déjà comparé à celui d’un Charles Oliveira en devenir, a terrassé des adversaires bien plus expérimentés. Pourtant, sa dernière performance face à Thompson a laissé des traces : une victoire par décision partagée (29-28, 28-29, 29-28) qui a divisé les fans et les analystes. Certains y ont vu un manque de finition, d’autres une preuve de sa capacité à s’adapter. "Bonfim a le talent, mais peut-il dominer clairement un top 15 ?"*, questionnait Daniel Cormier en post-combat. Ce soir, il aura l’occasion de répondre.
Face à lui, Randy Brown n’a rien d’un faire-valoir. Avec des victoires contre des noms comme Alex Oliveira ou Warlley Alves, le Jamaïcain a prouvé qu’il savait surprendre. Son atout ? Une défense au sol solide, un cardio à toute épreuve, et une capacité à monter en puissance au fil des rounds. "Je ne suis pas là pour faire de la figuration. Bonfim est un bon combattant, mais il n’a jamais affronté quelqu’un comme moi"*, déclarait-il en conférence de presse. Son plan est simple : survivre aux premières minutes, où Bonfim sera au maximum de son intensité, puis prendre le contrôle quand la fatigue se fera sentir.
La clé du combat ? L’endurance et la gestion du rythme. Bonfim devra imposer son grappling dès le premier round pour épuiser Brown, mais sans se brûler. Une erreur de jeunesse, et Brown, maître dans l’art de contrer, pourrait retourner la situation. À l’inverse, si Bonfim parvient à soumettre Brown tôt, il enverrait un message fort à la division : un nouveau prétendant est né. Les bookmakers donnent Bonfim favori (1.65 contre 2.20 pour Brown), mais les vétérans de l’UFC savent bien que dans ce sport, rien n’est jamais écrit d’avance.
"Derrière les projecteurs" : ce que les chiffres ne disent pas
Derrière les statistiques et les prédictions, il y a des hommes, des préparations, et des détails qui pourraient tout changer. Saviez-vous que Bonfim a passé les trois dernières semaines à s’entraîner avec Jorge Masvidal à American Top Team ? Une collaboration surprise, mais qui en dit long sur ses ambitions. "Gamebred m’a appris à gérer la pression. Dans ce sport, soit tu contrôles le combat, soit tu es contrôlé"*, confiait Bonfim à MMA Junkie. Une phrase qui résume bien son état d’esprit.
Côté Brown, c’est une tout autre histoire. Le Jamaïcain a passé son camp d’entraînement à Sanford MMA, aux côtés de Gilbert Burns et Vicente Luque, deux spécialistes pour travailler les transitions sol/debout. "Randy a une garde incroyable. Si Bonfim veut le soumettre, il devra tout donner, et ça, c’est exactement ce qu’on veut : qu’il se fatigue"*, expliquait Luque. Une stratégie risquée, mais qui pourrait payer.
Autre détail intrigant : les deux hommes se sont déjà affrontés… en sparring. En 2022, lors d’un stage commun à Hard Knocks 365, Bonfim avait dominé Brown en grappling. "Il m’a soumis trois fois, mais c’était il y a deux ans. Aujourd’hui, je suis un autre combattant"*, tempère Brown. Une révélation qui ajoute une couche psychologique à ce duel. Bonfim, lui, préfère minimiser : "Le sparring, c’est du sparring. Ce qui compte, c’est le combat."* À chacun sa lecture.
Schnell vs. Morales : la relève frappe à la porte
Si le combat phare promet du spectacle, Matt Schnell contre Joseph Morales pourrait bien voler la vedette. Pourquoi ? Parce que c’est l’archétype du combat où tout peut arriver. Schnell, 34 ans et un style de frappe précis, incarne le vétéran qui refuse de lâcher prise. Morales, 25 ans et un jeu de jambes explosif, représente cette nouvelle génération qui n’a peur de rien. Leur affrontement chez les mouches s’annonce comme un clash de tempos : Schnell, méthodique, contre Morales, imprévisible.
Pour Morales, vainqueur de TUF 33 en 2023, l’enjeu est simple : prouver qu’il n’est pas qu’un produit télé. Son parcours dans l’émission a impressionné (quatre victoires, dont trois par finition), mais l’UFC, c’est une autre paire de manches. "Je ne suis pas là pour faire joli. Je veux dominer, et Schnell est le premier sur ma liste"*, déclarait-il à ESPN Deportes. Face à lui, Schnell, malgré des performances irrégulières (2 victoires pour 3 défaites depuis 2022), reste un adversaire coriace. Son expérience et sa capacité à encaisse pourraient poser problème à Morales.
Les bookmakers donnent Morales favori (1.75 contre 2.00 pour Schnell), mais les vétérans comme Schnell ont souvent la capacité de surprendre. Un détail à surveiller : la gestion du poids. Morales a avoué avoir eu des difficultés à descendre en poids pour TUF 33. Si c’est encore le cas, Schnell, habitué aux combats en cinq rounds, pourrait en profiter en fin de match. À l’inverse, si Morales arrive en pleine forme, son explosivité pourrait être trop pour Schnell. Un combat où le mental fera la différence.
Et les autres ? Les combats à ne pas manquer
Si Bonfim vs. Brown et Schnell vs. Morales captent l’attention, le reste de la carte mérite le détour. Voici trois autres affrontements à suivre :
1. Mounir Lazzez (12-3) vs. Preston Parsons (10-4) – Welters
Lazzez, connu pour son style agressif, affronte Parsons, un grappler technique. Un duel entre la puissance et la précision qui pourrait finir en KO ou en soumission. "Je promets un combat spectaculaire. Parsons est solide, mais je vais le briser"*, a prévenu Lazzez.
2. Normie Paraisy (10-4-1) vs. Trevin Giles (14-5) – Mi-lourds
Paraisy, en pleine reconstruction après une défaite face à Azamat Murzakanov, affronte Giles, un combattant polyvalent capable de tout. Un combat où les deux hommes ont absolument besoin d’une victoire pour rester dans la course.
3. Javid Basharat (14-0) vs. Aiemann Zahabi (10-2) – Coqs
Basharat, invaincu et en pleine ascension, affronte Zahabi, un vétéran qui a déjà tout vu. Un test crucial pour le jeune Azéri, qui rêve d’entrer dans le top 15.
UFC Vegas 111 n’a peut-être pas l’éclat des galas stars, mais il a tout pour marquer les esprits. Entre Bonfim, qui doit confirmer son statut de futur champion, et Brown, déterminé à prouver qu’il a encore son mot à dire, le combat phare promet une bataille tactique et physique. Pendant ce temps, Morales et Schnell s’affrontent dans un duel où la jeunesse pourrait bien l’emporter sur l’expérience. Et puis, il y a ces autres combats, ces histoires parallèles qui font la richesse de l’UFC.
Alors, qui sortira vainqueur de ces affrontements ? Une chose est sûre : après ce gala, certains noms résonneront différemment. Peut-être même que Gabriel Bonfim ou Joseph Morales deviendront les nouvelles coqueluches des fans. Une soirée à ne pas manquer, donc, même si elle passe un peu inaperçue dans le calendrier chargé de l’UFC.

