"Je l’aurais écrasé au sol" : la confiance inébranlable d’Ortiz
Quand Tito Ortiz parle, le monde du MMA écoute. Le "Huntington Beach Bad Boy", membre du Hall of Fame de l’UFC depuis 2012, a marqué à jamais la division des poids mi-lourds avec un règne dominant entre 2000 et 2003. Cinq défenses de titre consécutives, des victoires contre des légendes comme Wanderlei Silva (à deux reprises) ou Ken Shamrock (trois fois !), et un style de combat basé sur un wrestling agressif et un ground and pound dévastateur. Alors quand il déclare sur le podcast JAXXON qu’il aurait "projeté Alex Pereira avec un double leg takedown dès les premières secondes", les fans ne peuvent s’empêcher d’imaginer le scénario.
Sa confiance semble inaltérable : « Il n’aurait pas pu se défendre, ni s’échapper. Une fois au sol, je l’aurais gardé là-bas et travaillé jusqu’à ce que l’arbitre arrête le combat. » Une stratégie qui a fait ses preuves à une époque où le MMA était encore en pleine mutation. Mais Pereira, avec ses 8 victoires par KO en 10 combats en UFC (dont un titre de champion des poids moyens remporté contre Israel Adesanya), représente tout ce que Ortiz détestait affronter : un frappeur pur, capable d’envoyer n’importe qui au tapis d’un seul coup de pied ou de poing.
Le Brésilien, lui, n’a jamais caché son mépris pour les combats au sol. Dans une interview accordée à MMA Fighting en 2022, il avait même lancé : « Si un adversaire me prend au sol, je me relève. Point. Je ne veux pas rester là-bas. » Un aveu qui, aux oreilles d’Ortiz, sonne comme une invitation à l’emmener exactement là où il ne veut pas aller.
1997 vs 2024 : deux époques, deux philosophies de combat
Le MMA a radicalement changé depuis que Tito Ortiz dominait la scène. À l’époque, les fighters comme lui ou Mark Coleman imposaient un wrestling brutal, où le but était d’amener l’adversaire au sol et de le marteler jusqu’à ce que l’arbitre intervienne. Les règles étaient différentes (pas de grounded knee, des rounds de 15 minutes en titre), et l’entraînement cross-discipline en était à ses balbutiements. Aujourd’hui, un athlète comme Alex Pereira bénéficie de décennies d’évolution : une préparation physique optimisée, une technique de frappe affinée dans le muay thaï et le kickboxing, et une connaissance approfondie des transitions sol/debout.
Pourtant, Ortiz reste convaincu que son approche aurait fonctionné : « Les gars comme Pereira ou Jiri Prochazka sont incroyables, mais ils n’ont jamais affronté un wrestler de mon niveau. À mon époque, si tu ne savais pas te défendre au sol, tu perdais. Point. » Une affirmation qui fait écho aux débats récurrents sur les "what if" du MMA. Daniel Cormier, commentateur et ancien double champion UFC, a d’ailleurs réagi à ces propos : « Tito a raison sur un point : son top control était une arme mortelle. Mais Pereira a une garde sous-estimée, et son sweep contre Adesanya au 5e round prouve qu’il sait se débrouiller au sol. »
Statistiquement, Pereira a été amené au sol 7 fois en UFC… et s’en est sorti à chaque fois, soit en se relevant, soit en inversant la position. Un détail qui tempère l’optimisme d’Ortiz, mais qui n’entame pas sa légende.
"Le roi est mort, vive le roi" : Pereira, symbole d’une nouvelle ère
Si Tito Ortiz incarne l’âge d’or du wrestling en MMA, Alex Pereira représente l’apogée de la frappe moderne. Son parcours est d’ailleurs révélateur de cette évolution : ancien champion du monde de kickboxing Glory (poids moyens et mi-lourds), il a transposé son style explosif en MMA avec un succès foudroyant. En seulement 10 combats en UFC, il a déjà décroché deux ceintures (poids moyens et mi-lourds par intérim), avec des victoires contre des strikeurs d’exception comme Sean Strickland ou Jan Blachowicz.
Son secret ? Une puissance de frappe rare, combinée à une capacité à lire les combats comme un joueur d’échecs. « Pereira a ce don pour anticiper les mouvements de ses adversaires, analyse John Kavanagh, entraîneur de Conor McGregor. C’est comme s’il voyait les coups arriver avant qu’ils ne partent. » Face à un Ortiz qui, à son apogée, misait tout sur la pression et le contrôle au sol, le Brésilien aurait-il pu retourner la situation avec un upkick ou un elbow depuis la garde ? Les simulations sur UFC 4 (le jeu vidéo) penchent en sa faveur… mais les jeux ne prennent pas en compte le fight IQ d’un Ortiz en pleine possession de ses moyens.
Derrière les déclarations : un Ortiz toujours aussi provocateur
Il faut aussi replacer ces propos dans le contexte : Tito Ortiz a toujours été un maître de la provocation. Que ce soit en insultant Ken Shamrock ("Tu es un lâche !"), en défiant Chuck Liddell (leur rivalité a sauvé l’UFC dans les années 2000), ou en critiquant Dana White, il sait comment attirer l’attention. Ses déclarations sur Pereira ne sont peut-être pas seulement une analyse technique, mais aussi une manière de rester pertinent dans un sport qui l’a quelque peu oublié.
Preuve en est : depuis sa retraite en 2017 (après une victoire contre Chael Sonnen), Ortiz a multiplié les apparitions médiatiques, que ce soit pour promouvoir son podcast, sa marque de vêtements (Punishment Athletics), ou ses projets dans le real estate. « Tito est un génie du marketing, confirme Ariel Helwani. Il sait que les fans adorent ces débats ‘old school vs new school’, et il les alimente avec talent. »
Reste une question : et si ce combat avait vraiment lieu ? Pereira, aujourd’hui âgé de 36 ans, est encore en pleine activité, tandis qu’Ortiz, 49 ans, a raccroché les gants. Mais dans l’univers parallèle des exhibition matches (comme celui qui a opposé Anderson Silva à Tito lui-même en 2021 pour un combat de boxe), tout est possible. Dana White a d’ailleurs lancé un "Pourquoi pas ?" énigmatique quand on lui a posé la question en conférence de presse. De quoi faire monter la pression… et les spéculations.
Le verdict des experts : qui l’aurait emporté ?
Pour trancher (ou du moins essayer), nous avons compilé les avis de plusieurs figures du MMA :
Pour Ortiz :
- Randy Couture (double champion UFC, Hall of Famer) : « Tito avait un top game parmi les meilleurs de l’histoire. Pereira n’a jamais affronté ce niveau de wrestling. »
- Bas Rutten (légende du MMA, commentateur) : « Ortiz aurait gagné par décision. Il n’aurait pas KO Pereira, mais il l’aurait dominé au sol pendant 3 rounds. »
Pour Pereira :
- Georges St-Pierre : « Pereira a une garde active et des sweeps dangereux. Ortiz, même à son meilleur, aurait eu du mal à le garder au sol. »
- Israel Adesanya (ancien adversaire de Pereira) : « Po Atan a un timing parfait. Il aurait contré un takedown et finis le combat avec un left hook. »
Les paris en ligne (sur des sites comme BetOnline) donnent Pereira favori à 60%, mais avec une cote serrée (1.65 contre 2.20 pour Ortiz). Preuve que le débat est loin d’être tranché.

