L’Ascension Ininterrompue du MMA Français : Un Phénomène Post-2020
Depuis la légalisation du MMA en France en février 2020, le pays a vu exploser son vivier de talents. L’UFC, qui comptait à peine deux ou trois Français il y a cinq ans, en alignera dix en 2024 – un record. Parmi eux, quatre noms résonnent particulièrement : Ciryl Gane, Manon Fiorot, Nassourdine Imavov et Benoît Saint Denis. Leur succès n’est pas un hasard, mais le fruit d’un écosystème désormais structuré, avec des salles comme la MMA Factory ou le Top Team, et une fédération (la FMMAF) qui encadre la discipline.
Pour Fernand Lopez, entraîneur emblématique de la MMA Factory, cette progression s’explique par "une génération qui a grandi avec le MMA, contrairement à leurs aînés qui venaient du judo ou de la boxe. Aujourd’hui, ils maîtrisent tous les aspects du jeu dès leur plus jeune âge." Un constat qui se vérifie : les Français actuels de l’UFC ont en moyenne 26 ans, et leur palette technique n’a rien à envier à leurs homologues américains ou brésiliens.
Mais cette médiatisation croissante s’accompagne d’une pression accrue. Les attentes sont immenses, surtout après les performances récentes. Et 2024 s’annonce comme une année charnière : entre rebond pour certains et consécration pour d’autres, les prochains combats des Français pourraient écrire une nouvelle page de l’histoire du MMA hexagonal.
Ciryl Gane : Le Géant Français Face à son Plus Grand Défi – Se Reconstruire
Il y a encore un an, Ciryl Gane régnait en maître sur la division des poids lourds. Champion intérimaire après sa victoire contre Derrick Lewis en 2021, il avait frôlé l’exploit face à Francis Ngannou avant de s’incliner aux points. Puis vint le choc contre Jon Jones à l’UFC 285 en mars 2023 : une défaite par soumission en moins de deux minutes, qui a laissé des traces. "Jon m’a montré qu’il me restait des lacunes au sol. J’ai travaillé ça sans relâche," confiait-il récemment à RMC Sport.
Son retour est prévu pour l’été 2024, probablement en juillet ou août, lors d’un événement majeur. Plusieurs noms circulent pour son prochain adversaire :
- Tom Aspinall (14-3), un Britannique en pleine forme, qui viendrait avec une série de 5 victoires.
- Sergei Pavlovich (18-2), le Russe dévastateur, actuellement #3 du classement.
- Jailton Almeida (20-2), le Brésilien montant, qui a impressionné par son grappling.
Un combat contre Aspinall, en tête d’affiche à Londres, serait un scénario idéal pour l’UFC. "Gane a besoin d’un adversaire qui le pousse à se dépasser, mais sans être un massacre comme contre Jones. Aspinall correspond parfaitement," analyse Gareth A. Davies, journaliste pour The Telegraph. Une victoire lui permettrait de se relancer vers le top 3, tandis qu’une défaite le plongeraient dans une crise existentielle.
Manon Fiorot : La Reine des Mouches à un Combat du Titre ?
Avec un palmarès de 10 victoires pour 1 défaite (subie en 2018, avant son arrivée à l’UFC), et une série de 6 succès consécutifs dans l’Octogone, Manon Fiorot est la Française la plus proche d’un titre. Classée #2 des poids mouches, elle n’a plus qu’un obstacle avant une éventuelle confrontation contre la championne Alexa Grasso : Rose Namajunas, ancienne championne et légende de la division.
Le combat contre "Thug" Rose est quasi acté pour l’UFC 303 en juin 2024, selon les rumeurs. Un duel stylistique explosif : Fiorot, boxeuse technique et puissante, contre Namajunas, spécialiste du jiu-jitsu et des soumissions. "Ce serait le combat parfait pour Manon. Si elle gagne, l’UFC ne pourra plus lui refuser le titre," estime Laura Sanko, commentatrice pour l’UFC.
Mais attention : Namajunas (12-5) reste une adversaire redoutable, surtout au sol. Fiorot, qui s’entraîne désormais avec Henry Cejudo (double champion UFC), a travaillé son grappling, mais un faux pas serait catastrophique. "Je ne pense qu’à ça. Ce titre, c’est une obsession," a-t-elle déclaré à L’Équipe. Une victoire la propulserait dans la légende du MMA français ; une défaite la renverrait à la case départ.
Nassourdine Imavov : Le Futur des Poids Moyens Passe-t-il par la France ?
À seulement 28 ans, Nassourdine Imavov (13-4) est déjà un vétéran de l’UFC. Après des débuts mitigés (2 victoires, 2 défaites), il a enchaîné 4 succès d’affilée, dont une performance dominatrice contre Roman Dolidze en mars 2024 (victoire par décision unanime). Ce combat, où il a étouffé son adversaire avec un top control implacable, a marqué un tournant : Imavov n’est plus un outsider, mais un prétendant sérieux.
Son prochain adversaire ? Les spéculations pointent vers :
- Jack Hermansson (#5), un Suédois solide et expérimenté.
- Paulo Costa (#7), le Brésilien explosif, idéal pour un duel de strikeurs.
- Marvin Vettori (#6), un Italien coriace, spécialiste des combats serrés.
Un combat contre Hermansson serait le plus logique pour l’UFC : une victoire le propulserait directement dans le top 5, à un ou deux combats d’une chance pour le titre. "Nassourdine a tout pour réussir : la technique, le mental, et maintenant l’expérience. S’il bat Hermansson, il devient un problème pour tout le monde," prédit Cyril Gane, son coéquipier à la MMA Factory.
La date ? Probablement septembre ou octobre 2024, lors d’un événement en Europe – peut-être même à Paris, où l’UFC pourrait revenir après le succès de l’UFC Paris 2022.
Benoît Saint Denis : Le Retour du "God of War" Après la Tempête
Surnommé "God of War" pour son style agressif et son physique imposant, Benoît Saint Denis (11-2) a connu un revers cuisant en décembre 2023 face à Thiago Moisés (défaite par KO au 2ème round). Un échec qui a stoppé net sa série de 5 victoires à l’UFC, dont un KO spectaculaire contre Matt Frevola en 2022.
Mais Saint Denis n’est pas du genre à rester longtemps à terre. Dès janvier 2024, il a repris l’entraînement avec Xavier Foupa-Pokam, son coach historique, pour corriger ses failles défensives. "Thiago m’a touché avec un coup que je n’ai pas vu venir. Ça n’arrivera plus," a-t-il promis sur Instagram.
Son retour est prévu pour l’automne 2024, avec un adversaire qui lui permettrait de retrouver sa dynamique. Trois noms reviennent souvent :
- Joel Alvarez (20-3), un Espagnol spécialiste des soumissions.
- Damir Ismagulov (24-2), un Russe invaincu à l’UFC.
- Arman Tsarukyan (#7), un Arménien en pleine ascension.
Un combat contre Alvarez serait le plus probable : un duel de grapplers qui permettrait à Saint Denis de prouver sa résilience. "Benoît a le niveau pour battre n’importe qui dans le top 15. Il lui faut juste un combat pour se relancer," analyse Bruce Buffer, la voix légendaire de l’UFC.
Et si Saint Denis a un objectif clair : rentrer dans le top 10 d’ici fin 2024, il garde aussi en tête un rêve plus fou : "Un jour, je veux affronter Islam Makhachev. Pourquoi pas ?"
Derrière les Coulisses : Comment l’UFC Gère (ou Pas) ses Stars Françaises
Si les Français brillent dans l’Octogone, leur relation avec l’UFC n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Plusieurs points de tension subsistent :
- Les dates de combat : Gane et Fiorot ont déjà critiqué les délais entre leurs combats, jugés trop longs. "On nous dit d’être patients, mais un athlète a besoin de rythme," confiait Fiorot à Le Parisien.
- Les lieux des événements : Malgré le succès de l’UFC Paris en 2022 (plus de 15 000 spectateurs), l’UFC n’a toujours pas annoncé de retour en France. Dana White évoque des "problèmes logistiques", mais beaucoup y voient une stratégie commerciale.
- Les contrats : Imavov a récemment renégocié le sien, prouvant que les Français commencent à avoir un pouvoir de négociation. "Avant, on nous proposait des combats sans discuter. Maintenant, on a notre mot à dire," explique-t-il.
Malgré tout, l’UFC semble enfin reconnaître le potentiel du marché français. Preuve en est : la création d’un UFC Performance Institute en Europe (basé en Allemagne), où plusieurs Français s’entraînent régulièrement. "C’est un signe que l’UFC investit sur le long terme chez nous," se réjouit Fernand Lopez.
Et puis, il y a l’effet médiatique : avec des chaînes comme RMC Sport ou L’Équipe qui couvrent de plus en plus le MMA, les combats des Français attirent des records d’audience. Lors de l’UFC 293 (où Imavov a combattu), les chaînes françaises ont enregistré une hausse de 40% de viewers par rapport à la moyenne.
Reste une question : l’UFC saura-t-il capitaliser sur cette dynamique, ou laissera-t-il filer une opportunité en or ? "Si ils organisent un événement à Paris en 2025 avec Gane ou Fiorot en tête d’affiche, ce sera un carton garanti," prédit Gareth A. Davies.
2024, Année Décisive : Ce Qui Attend les Français d’ici Décembre
Avec 4 à 6 combats prévus pour les Français d’ici la fin de l’année, 2024 s’annonce comme un tournant. Voici ce qu’il faut surveiller :
- Juillet-Août : Retour de Ciryl Gane (adversaire à confirmer, mais Aspinall en favori).
- Juin : Manon Fiorot vs. Rose Namajunas (UFC 303), le combat le plus important de sa carrière.
- Septembre-Octobre : Nassourdine Imavov contre un top 10 (Hermansson ou Costa).
- Novembre-Décembre : Retour de Benoît Saint Denis (Alvarez ou Ismagulov).
- Événement en Europe : L’UFC pourrait annoncer un UFC Paris 2 pour fin 2024 ou début 2025, selon les performances des Français.
Pour les fans, ces combats ne sont pas que des duels sportifs : ce sont des moments historiques. "Quand Gane ou Fiorot combattent, c’est toute la France qui regarde. On a enfin nos héros," s’enthousiasme Thomas, un fan rennais interrogé par 20 Minutes.
Et si 2024 se termine avec un Français champion (Fiorot) ou dans le top 3 mondial (Gane, Imavov), ce sera la preuve que le MMA hexagonal n’est plus un simple faire-valoir, mais une puissance incontournable.

