Imaginez : minuit passé à Paris, une salle à guichets fermés depuis des mois, des milliers de fans hurlant "Allez la France !" tandis qu’un combattant tricolore monte dans la cage pour un combat de ceinture UFC. Ce scénario, digne des plus grands rêves des amateurs de MMA hexagonal, pourrait bien devenir réalité. Dana White, le président charismatique et souvent imprévisible de l’UFC, a officiellement confirmé cette possibilité lors d’un échange récent avec les médias. Mais attention : ce graal ne se décrochera qu’à une condition non négociable.
"Les Français sont fous... et c’est exactement ce qu’on veut !"
Ce n’est pas la première fois que Dana White vante les mérites du public français. Pourtant, ses dernières déclarations vont bien au-delà des traditionnels compliments. Lors d’un événement de skateboard à Paris-Bercy en 2023, le dirigeant a été marqué par une scène qui a scellé son admiration : "Quand j’ai vu des bouteilles d’eau voler en l’air comme des fusées après un trick réussi, j’ai su que ces gens-là étaient faits pour l’UFC", a-t-il raconté, hilare, lors d’une conférence. Une énergie "plus folle que celle de Londres", selon lui – un compliment de taille quand on sait l’affection particulière que White porte aux fans britanniques, réputés pour leur ferveur.
Mais au-delà des anecdotes, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les UFC Fight Night organisés en France (comme celui de Paris en 2022 avec Ciryl Gane en tête d’affiche) ont systématiquement affiché complet, avec des records d’audience sur RMC Sport et UFC Fight Pass. "La France a prouvé qu’elle pouvait remplir des arènes et générer du buzz. Maintenant, il faut passer à l’étape supérieure", explique un proche de White sous couvert d’anonymat. Reste à savoir si le public sera prêt à veiller jusqu’à 3h du matin pour un main event...
La condition sine qua non : un Français en chasse de titre
C’est le point de blocage – ou de départ : pour que l’UFC investisse des millions dans un événement numéroté (les fameuses soirées UFC 1XX réservées aux combats de ceinture), il faut un combattant local en lice pour un titre. "Sans ça, ça n’a aucun sens. Les numérotés, c’est pour les ceintures, point final", assène White. Trois noms reviennent systématiquement dans les discussions internes :
- Ciryl Gane : L’ancien champion intérimaire des lourds, malgré sa défaite face à Jon Jones en 2023, reste un aimant à PPV. Un retour victorieux contre un top 5 (comme Tom Aspinall ou Sergei Pavlovich) pourrait le propulser vers un nouveau shot.
- Benoît Saint Denis : Le "God of War", invaincu à l’UFC (12-1-0, 7-0-0 dans l’organisation), est à deux victoires d’un combat de titre chez les légers. Une performance contre Mateusz Gamrot ou Rafael Fiziev ferait de lui le candidat idéal.
- Nassourdine Imavov : Le prodige des moyens (13-4-0) a frôlé la perfection en 2023. Une victoire contre un top 10 comme Robert Whittaker ou Marvin Vettori le placerait en orbite.
Mais attention aux embûches. Comme le souligne l’analyste Gareth A. Davies du Daily Telegraph : "L’UFC ne prendra pas de risque avec un combattant qui n’a pas encore prouvé qu’il pouvait vendre 20 000 billets. Gane a déjà l’expérience, mais Saint Denis et Imavov devront confirmer leur statut de stars."
Une nuit blanche pour l’histoire : le casse-tête des horaires
Autre défi de taille : l’alignement sur les horaires américains. Les événements numérotés de l’UFC sont diffusés en pay-per-view aux États-Unis, généralement entre 22h et 1h du matin (heure de la côte Est). Pour la France, cela signifierait un main event vers 3h-4h du matin. "On ne peut pas faire autrement, le PPV est notre cœur de métier", justifie White.
Plusieurs solutions sont envisagées pour limiter la casse :
- Un événement en week-end : Pour permettre aux fans de récupérer le lendemain.
- Des "prelims" dès 18h : Afin d’étaler la soirée et de justifier le déplacement.
- Une salle adaptée : L’Accor Arena (20 000 places) est favorite, mais le Groupama Stadium de Lyon (59 000 places) est aussi dans les radars pour un record d’affluence.
Un précédent existe : l’UFC 267 à Abou Dhabi en 2021, où le main event Jan Blachowicz vs. Glover Teixeira avait débuté à 5h du matin locale. "Les fans étaient là, debout, comme si c’était 20h. Si les Français font pareil, on a notre réponse", lance White, visiblement excité à l’idée.
Derrière les projecteurs : la bataille des coulisses
Ce que peu de gens savent, c’est que cette possibilité d’un UFC numéroté en France est le fruit d’années de lobbying. Dès 2018, Fernando Lopez, alors directeur de l’UFC pour l’Europe, avait identifié la France comme un marché clé. Mais un obstacle majeur persistait : l’interdiction des cages fermées (remplacées par un "octogone ouvert" pour les Fight Night).
En coulisses, des négociations serrées ont eu lieu avec le ministère des Sports et la Fédération Française de MMA (FFMMA). "On a dû prouver que nos cages étaient sûres, que nos protocoles médicaux étaient irréprochables, et que l’impact économique serait réel", confie un membre de l’équipe juridique de l’UFC. Résultat : depuis 2022, la France autorise les cages fermées... mais uniquement pour les événements "d’envergure internationale". Un UFC numéroté entrerait parfaitement dans ce cadre.
Autre détail crucial : les droits TV. Actuellement, l’UFC est diffusé en France via RMC Sport (groupe Altice) et UFC Fight Pass. Mais pour un numéroté, l’organisation voudrait un partenaire capable de proposer le PPV en direct – comme Canal+ l’a fait pour le boxing avec Usyk vs. Joshua. "Sans diffusion grand public, ça n’a pas de sens", résume un initié.
Et si c’était Lyon ? Le scénario surprise qui monte
Alors que Paris semble la candidate naturelle, un autre nom revient de plus en plus souvent : Lyon. La capitale des Gaules a plusieurs atouts dans sa manche :
- Le Groupama Stadium : Une enceinte de 59 000 places (contre 20 000 pour l’Accor Arena), qui permettrait de battre le record d’affluence pour un UFC en Europe (détenu par l’UFC London en 2023 avec 18 000 spectateurs).
- Un bassin de fans historique : Lyon est le fief de clubs de MMA comme le Top Team, qui a formé des stars comme Taylor Lapilus.
- Un soutien politique : La métropole, dirigée par Bruno Bernard, a déjà exprimé son intérêt pour accueillir des événements sportifs majeurs.
"Paris, c’est sûr, mais Lyon pourrait être un coup de maître. Imaginez 60 000 personnes chantant ‘La Marseillaise’ avant un combat de titre... Ce serait du jamais vu", s’enthousiasme un promoteur local. Reste à convaincre l’UFC, qui privilégie généralement les capitales pour les numérotés. Mais comme le dit White : "Si la demande est là, on ira où il faut."
Les sceptiques ont la parole : "Un pari trop risqué ?"
Tous les observateurs ne partagent pas l’optimisme de Dana White. John Hyden, journaliste pour MMA Fighting, tempère : "La France a un potentiel énorme, mais organiser un numéroté là-bas sans garantie de vente de PPV aux États-Unis, c’est un pari dangereux. L’UFC a déjà essuyé des échecs en Europe (comme l’UFC Cologne en 2016)."
Autre point d’interrogation : la concurrence des autres sports. En 2024, la France accueillera les Jeux Olympiques, le Tournoi des Six Nations, et potentiellement des matchs de l’Euro de football. "L’UFC devra choisir ses dates avec soin pour ne pas se faire écraser par un PSG-Barça ou une finale de Top 14", analyse un expert en marketing sportif.
Enfin, certains combattants français eux-mêmes expriment des réserves. William Gomès, vétéran du MMA hexagonal, confie : "C’est une super nouvelle, mais il ne faut pas brûler les étapes. Un Fight Night avec deux Français en main event, ce serait déjà un énorme pas. Après, on verra pour la ceinture."

