Abu Dhabi, 12 octobre 2024 – Le UFC 321 aura réservé son lot de surprises, et parmi elles, le retour en grande pompe de Mizuki Inoue. Absente de l’octogone depuis plus de deux ans, la Japonaise a offert une masterclass tactique face à Jaqueline Amorim, mettant fin à la série de quatre victoires consécutives de la Brésilienne. Un choc stylistique où l’expérience et la précision ont eu raison de la fougue et du jiu-jitsu, sous les yeux d’un public conquis.
Un retour attendu, une performance maîtrisée
Dès les premières secondes, Mizuki Inoue a imposé son tempo. Avec des jabs sécuritaires et des diretos ciblant le visage, elle a maintenu Amorim à distance, évitant soigneusement les tentatives de clinch de la Brésilienne. "Je savais qu’elle allait chercher à me projeter dès le début, alors j’ai travaillé mes appuis pour contrer ses quedas", confiait-elle en conférence de presse. Une stratégie payante : au 1ᵉʳ round, Amorim, pourtant réputée pour son agressivité, a semblé désorientée par la mobilité de son adversaire.
Le contraste était frappant. D’un côté, une Inoue méthodique, presque clinique dans ses enchaînements debout ; de l’autre, une Amorim en quête d’ouvertures, tentant désespérément de ramener le combat au sol. Pourtant, chaque fois que la Brésilienne parvenait à saisir une jambe ou à initier une trocação, la Japonaise répondait par un joelho (genou) ou un uppercut bien placé. "Elle a un timing incroyable pour les contres", a reconnu l’entraîneur d’Amorim après le combat.
Le détail qui change tout : au milieu du 2ᵉ round, Inoue a réussi l’impensable. Alors qu’Amorim tentait une nouvelle queda, la Japonaise a inversé la dynamique avec une projection latérale, atterrissant en position dominante. Un moment clé, rare contre une spécialiste du jiu-jitsu de ce niveau. "Je me suis entraînée spécifiquement pour ça. Je savais que si je la mettais dos au tapis, je pouvais contrôler le combat", a-t-elle expliqué, soulagée.
Le sol, terrain de jeu inattendu pour Inoue
On aurait pu croire que le ground and pound serait l’arme fatale d’Amorim. Pourtant, c’est bien Mizuki Inoue qui a dominé les phases au sol. Une fois la Brésilienne au tapis, la Japonaise a enchaîné les coups courts et précis, empêchant toute tentative de guarda (garde) ou de balayage. "Elle a un top game bien plus lourd qu’on ne le pense", a commenté un analyste de MMA Fighting, surpris par cette facette méconnue de son jeu.
Amorim, habituellement si à l’aise dans ces positions, a semblé en difficulté pour se relever. Ses tentatives de joelhadas (coups de genou) depuis le sol ont été systématiquement bloquées, tandis qu’Inoue accumulait les points avec des coups de poing mesurés. "Je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à me dégager… Elle avait toujours une main ou un genou pour me contrôler", a avoué la Brésilienne, visiblement frustrée en zone mixte.
Le 3ᵉ round a confirmé la superioridade d’Inoue. Malgré une dernière tentative désespérée d’Amorim pour renverser la vapeur – une séquence de coups de poing en clinch – la Japonaise a tenu bon, répondant par des enchaînements propres. Quand le gong final a retenti, les trois juges ont rendu un verdict sans appel : 30-27, 30-27, 29-28 en faveur d’Inoue. Une décision unanime qui reflétait parfaitement la domination technique de la Japonaise.
"Je ne m’attendais pas à ça" : la réaction des fighters
Dans les coulisses, les réactions étaient partagées. Du côté d’Inoue, une joie mêlée de soulagement : "Deux ans sans combattre, c’est long. J’avais peur de perdre mes réflexes, mais dès que j’ai senti l’octogone sous mes pieds, tout est revenu naturellement." Son entraîneur a salué sa préparation mentale, cruciale pour gérer le stress d’un retour après une telle pause.
À l’inverse, l’équipe d’Amorim affichait une mine déconfite. "On a sous-estimé son striking [frappe]. On pensait qu’elle allait se fatiguer, mais elle a tenu les trois rounds sans faiblir", a admis son coach. La Brésilienne, elle, a préféré regarder vers l’avant : "Ce n’est qu’un combat. Je vais analyser mes erreurs et revenir plus forte. Le top 15, c’est toujours mon objectif."
Le saviez-vous ? Ce combat marquait la 10ᵉ victoire d’Inoue en MMA, mais seulement sa 3ᵉ sous la bannière UFC. Un parcours atypique pour une combattante qui a longtemps évolué dans des organisations japonaises comme Deep Jewels ou Rizin, où elle s’est forgé une réputation de finisher (elle compte 5 victoires par soumission). Une expérience qui, visiblement, lui a servi face à une Amorim en pleine ascension.
Ce que cette victoire change pour le ranking des poids pailles
Avec ce succès, Mizuki Inoue se replace dans la course au top 15 des poids pailles (-52 kg). Bien que le classement officiel ne soit pas encore mis à jour, les analystes s’attendent à la voir réapparaître autour de la 14ᵉ ou 13ᵉ place, surtout si elle enchaîne avec un autre combat d’ici fin 2024. "Elle a prouvé qu’elle pouvait battre une combattante en forme et en série positive. Ça mérite une place dans le ranking", estime Dana White, le président de l’UFC, interrogé en marge de l’événement.
Pour Jaqueline Amorim, la défaite est un coup d’arrêt, mais pas une fin en soi. À 28 ans, avec un record de 8 victoires pour 3 défaites, elle a encore le temps de rebondir. Son prochain combat sera décisif : une victoire lui permettrait de rester dans la conversation pour le top 15 ; une nouvelle défaite, en revanche, pourrait la reléguer aux combats préliminaires. "Elle a le niveau, mais elle doit travailler son footwork [déplacements] et sa défense en striking", analyse un ancien champion UFC sous couvert d’anonymat.
Fun fact : Ce combat rappelait étrangement celui opposant Cláudia Gadelha à Joanna Jędrzejczyk en 2017, où la Brésilienne avait dominé la Polonaise grâce à un mélange de clinch agressif et de contrôle au sol. Une comparaison qui flatte Inoue, mais qui rappelle aussi à Amorim le chemin qui lui reste à parcourir pour atteindre ce niveau.
Et maintenant ? Les suites possibles après l’UFC 321
Pour Mizuki Inoue, les options sont nombreuses. Un combat contre une autre combattante classée, comme Luana Carolina (n°12) ou Pierotta FF (n°14), serait logique pour confirmer son retour. "Je veux un nom connu, quelqu’un qui me permettra de montrer que je mérite une place parmi les meilleures", a-t-elle déclaré, ambitieuse.
Jaqueline Amorim, de son côté, devra probablement passer par un combat moins risqué pour retrouver confiance. Une opposition contre une nouvelle venue dans l’UFC, comme Iasmin Lucindo (invaincue en 12 combats), pourrait être envisagée. "L’important, c’est qu’elle reste active. Quatre victoires d’affilée avant ce combat, c’est déjà énorme", tempère son manager.
Enfin, cet affrontement pourrait bien inspirer d’autres combattantes asiatiques à rejoindre l’UFC. Inoue, avec son style technique et son mental à toute épreuve, prouve que l’on peut réussir après une longue absence – une lueur d’espoir pour des athlètes comme Seo Hee Ham ou Shin Yu Chang, également en pause prolongée.

