Le retour en grâce de Tsarukyan : entre controverse et maîtrise technique
Arman Tsarukyan n'a pas choisi la facilité pour son retour à la RAF. Après un premier combat marqué par une bagarre post-match contre Georgio Poullas – où il avait asséné des coups après le gong final –, le combattant d'origine arménienne a dû composer avec une réputation de "bad boy" à assumer. Pourtant, lors de leur revanche à la RAF 7, il a fait preuve d'une maîtrise technique impressionnante, concluant le combat par un suplex spectaculaire en fin de match. Un geste qui a rappelé aux observateurs pourquoi il est considéré comme l'un des meilleurs lutteurs de la division légère de l'UFC, avec un palmarès de 21 victoires pour 3 défaites en MMA.
Son adversaire du soir, Poullas, n'a jamais vraiment trouvé la parade à son jeu de contrôle au sol. Tsarukyan a imposé son rythme, alternant entre takedowns et transitions fluides vers des positions dominantes. "Il a une capacité rare à dicter le tempo d'un combat, même face à des adversaires expérimentés", analyse John Danaher, l'un des entraîneurs les plus respectés du milieu. "Son travail de chain wrestling est parmi les plus aboutis que j'aie vus récemment."
Pourtant, c'est en dehors du tapis que Tsarukyan a fait le plus parler de lui ces derniers jours. Ses échanges musclés avec Colby Covington, autre star de l'UFC, ont relancé les spéculations sur un éventuel affrontement entre les deux hommes. Un duel qui, s'il se concrétise, pourrait bien redéfinir les standards du grappling en compétition.
Covington vs Danis : quand l'ego l'emporte sur la technique
Si Tsarukyan a brillé par son efficacité, Colby Covington a lui aussi marqué les esprits lors de la RAF 7, mais pour des raisons bien différentes. Opposé à Dillon Danis, spécialiste du jiu-jitsu brésilien et ancien partenaire d'entraînement de Conor McGregor, le champion intérimaire des welters de l'UFC a livré un combat aussi chaotique que révélateur. Mené au score en première période, il a finalement renversé la vapeur en seconde mi-temps pour l'emporter par technical fall (14-4).
Pourtant, ce résultat n'a pas empêché les critiques de pleuvoir. Danis, bien que moins expérimenté en lutte libre, a réussi à marquer des points contre un combattant réputé pour son cardio et sa résistance. "Covington a eu de la chance que Danis ne soit pas plus à l'aise en freestyle wrestling", estime Henry Cejudo, double champion olympique et ancien champion UFC. "Il a sous-estimé son adversaire, et ça aurait pu lui coûter cher."
Mais c'est surtout la réaction de Covington qui a retenu l'attention. Plutôt que de reconnaître les difficultés rencontrées, il a préféré minimiser la performance de Danis, allant jusqu'à affirmer que ce dernier avait "peur" de Khabib Nurmagomedov. Une déclaration qui a fait bondir Tsarukyan, prompt à rappeler que Danis, malgré ses lacunes en lutte, avait dominé Covington sur certains aspects du combat. "Dillon Danis t'a presque battu, et lui n'a jamais prétendu être un lutteur !", a-t-il lancé, moqueur, lors de la conférence de presse.
American Top Team : le nid de vipères où tout a commencé
La rivalité entre Tsarukyan et Covington ne date pas d'hier. Tous deux ont fréquenté American Top Team (ATT), l'une des salles d'entraînement les plus prestigieuses au monde, située en Floride. C'est là que les tensions auraient commencé, selon Covington, qui affirme avoir dominé Tsarukyan lors de sessions de lutte il y a plusieurs années. "On a fait des rounds ensemble, et je l'ai dunké plus d'une fois", a-t-il déclaré, utilisant un terme de basket pour décrire ses takedowns.
Une version que Tsarukyan balaie d'un revers de main. "Je n'ai jamais croisé ce gars à l'entraînement", rétorque-t-il. "Il doit confondre avec un autre Dagestani ou Tchétchène – il y en a des centaines à l'ATT. Et puis, s'il était si fort, pourquoi a-t-il laissé Danis lui prendre des points ?" Le débat prend une tournure ethnique et communautaire, Tsarukyan jouant sur les stéréotypes liés aux combattants originaires du Caucase, réputés pour leur expertise en lutte.
Pourtant, derrière ces joutes verbales se cache une réalité plus complexe. American Top Team est un véritable melting-pot de talents, où se côtoient champions UFC, grapplers de haut niveau et espoirs du MMA. "C'est une salle où les egos se frottent en permanence", confie un ancien membre sous couvert d'anonymat. "Entre les Dagestanis, les Brésiliens, les Américains… les tensions sont fréquentes. Mais c'est aussi ce qui fait la force de l'ATT : personne ne se repose sur ses lauriers."
L'UFC en arbitre : entre protection des stars et opportunités médiatiques
Si les deux hommes semblent déterminés à s'affronter, un obstacle majeur se dresse sur leur route : l'UFC. En tant que combattants sous contrat, Tsarukyan et Covington doivent obtenir l'autorisation de la promotion pour participer à des événements extérieurs, qu'il s'agisse de grappling, de lutte ou de tout autre discipline. Or, les règles de l'UFC en la matière sont floues et sujettes à interprétation.
Selon des sources proches du dossier, l'UFC autorise généralement ses combattants à participer à des compétitions de grappling, à condition qu'ils n'affrontent pas d'autres athlètes sous contrat UFC. Une règle qui pourrait expliquer pourquoi le match Tsarukyan-Covington n'a pas encore été officialisé. "Hunter Campbell et Dana White veulent éviter les conflits d'intérêts", explique MMA Fighting. "Ils ne veulent pas qu'un combattant UFC perde face à un autre sur une autre scène, car cela pourrait nuire à leur image."
Pourtant, Covington semble déterminé à forcer la main de l'UFC. Lors de la conférence de presse post-RAF 7, il a directement interpellé Hunter Campbell, le directeur des opérations de l'UFC, lui demandant de "laisser faire ce combat". "C'est le match que les fans veulent voir, c'est le match que la RAF mérite", a-t-il plaidé. Une stratégie qui rappelle celle utilisée par Conor McGregor en 2015, lorsque ce dernier avait multiplié les provocations pour obtenir un combat contre José Aldo.
Reste à savoir si l'UFC cédera à la pression. Avec des enjeux médiatiques aussi importants – un duel entre deux de ses plus grandes stars, sur une scène de grappling en pleine expansion –, la promotion pourrait bien faire une exception. "Ils ont tout à gagner", estime Ariel Helwani, journaliste spécialisé. "Un tel combat générerait des millions de vues, surtout avec le passif entre les deux hommes. Et puis, ça leur permettrait de montrer qu'ils soutiennent le grappling, un sport en pleine croissance."
Grappling vs MMA : un choc des cultures qui divise les puristes
Au-delà de la rivalité personnelle, le potentiel affrontement entre Tsarukyan et Covington soulève une question plus large : le grappling peut-il rivaliser avec le MMA en termes de popularité ? Pour les puristes, la réponse est claire. "Le grappling est un art à part entière, avec ses propres codes et ses propres héros", affirme Gordon Ryan, considéré comme l'un des meilleurs grapplers de l'histoire. "On n'a pas besoin du MMA pour exister."
Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire. Les événements de la RAF (Real American Fighting) attirent de plus en plus de spectateurs, avec des audiences qui rivalisent parfois avec celles de l'UFC. "Le public aime les confrontations pures, sans coups de poing, sans KO", explique Chael Sonnen, ancien combattant UFC et commentateur. "Et quand en plus, tu as deux stars du MMA qui s'affrontent, ça devient un must-see."
Mais cette popularité croissante ne fait pas l'unanimité. Certains combattants de MMA voient d'un mauvais œil cette porosité entre les disciplines. "Le grappling, c'est bien, mais ça reste un sport à part", estime Georges St-Pierre, légende du MMA. "Quand un combattant UFC se blesse en grappling, c'est toute la promotion qui en pâtit. Et puis, il y a le risque de voir des athlètes se spécialiser dans une discipline au détriment de l'autre."
Pour Tsarukyan et Covington, cependant, ces considérations semblent secondaires. Tous deux voient dans ce combat une opportunité de prouver leur supériorité technique, au-delà des octogones. "Je veux battre Covington parce qu'il est une star de l'UFC et un vrai lutteur", a déclaré Tsarukyan. "Je sais que je peux le dominer. Et puis, ce sera l'occasion de montrer que la lutte, c'est bien plus que du cardio."
Une déclaration qui résume à elle seule l'enjeu de ce combat : une bataille d'egos, mais aussi une démonstration de force technique, dans un sport où les mots comptent parfois autant que les gestes.
La rivalité entre Arman Tsarukyan et Colby Covington incarne parfaitement les tensions qui traversent le monde du combat libre aujourd'hui. Entre enjeux sportifs, stratégies médiatiques et querelles d'ego, leur affrontement potentiel sur les tapis de la RAF promet d'être bien plus qu'un simple match de grappling. Il pourrait bien marquer un tournant dans la relation entre MMA et grappling, deux disciplines de plus en plus imbriquées.
Reste une question cruciale : l'UFC acceptera-t-elle de lâcher ses stars pour un événement extérieur ? Si la réponse est oui, ce combat pourrait entrer dans l'histoire comme l'un des duels les plus médiatisés de l'histoire du grappling. Dans le cas contraire, les fans devront se contenter des joutes verbales – et de l'espoir d'un affrontement en cage, un jour peut-être.
Une chose est sûre : avec des personnalités aussi explosives, cette rivalité est loin d'être terminée. Et si l'UFC ne donne pas son feu vert, gageons que les deux hommes trouveront d'autres moyens de s'affronter – que ce soit en salle d'entraînement, sur les réseaux sociaux, ou lors d'une prochaine conférence de presse.

