2016-2024 : Une rivalité née dans la polémique
Rio de Janeiro, 21 août 2016. La finale olympique des poids lourds oppose Tony Yoka, 24 ans, porte-drapeau de l’équipe de France, à Joe Joyce, le Britannique massif au style implacable. Après trois rounds tendus, les juges désignent Yoka vainqueur par décision partagée. Dans les gradins, les réactions sont immédiates : le public siffle, les commentateurs s’interrogent, et Joyce, médusé, quitte le ring sous les huées. Les images montreront plus tard des juges... en train de célébrer avec l’équipe française avant même l’annonce officielle. Le scandale est né.
Neuf ans plus tard, la blessure est toujours là. Joyce, devenu une star des lourds (15-0 avant sa récente défaite face à Zhang Zhilei), n’a jamais digéré cette décision. Yoka, lui, assume son titre mais reconnaît que "ce combat [l’a] marqué à vie". Alors quand le Français poste, le 12 novembre 2024, une vidéo sur Instagram avec pour légende "Joe, fini d’esquiver. On se voit à Paris pour Noël, 3 rounds, pas de juges. Juste toi et moi"*, c’est toute la boxe qui retient son souffle.
*Propos traduits de l’anglais, vidéo toujours disponible sur le compte @tonyyoka.
"Tu n’as pas le niveau" : Le camp Joyce répond sans détour
La réaction ne se fait pas attendre. David Coldwell, l’entraîneur de Joyce, balance sur Boxing Social : *"Tony a perdu contre Bakole, il a à peine battu un inconnu en mai... Quel intérêt pour Joe ? Il a déjà un combat prévu en 2025 contre un top 5. Yoka, c’est du passé."* Les chiffres donnent raison à Coldwell : depuis 2016, Joyce a enchaîné les victoires contre l’élite (Dubois, Parker, Usyk en amateur), tandis que Yoka a connu deux défaites (contre Bakole et Hammer) et des performances en dents de scie.
Pourtant, le Français a un argument massue : le public. Son dernier combat à l’Accor Arena en juin 2023 a attiré 15 000 spectateurs – un record pour la boxe française depuis des années. *"Un Yoka-Joyce à Bercy, ce serait 20 000 billets vendus en 24h"*, estime Christophe Demezières, promoteur chez All Star Boxing. Preuve que la machine marketing est déjà en marche : le hashtag #YokaJoyceNoel a généré 1,2 million de vues en 48h sur TikTok.
Le piège du "combat exhibition" ? Certains y voient une manœuvre désespérée. *"Trois rounds sans juges, c’est du catch, pas de la boxe"*, tacle l’ex-champion Jean-Marc Mormeck sur RMC. D’autres, comme le journaliste Pierre Carré (L’Équipe), y voient une *"opération géniale"* : *"Si Joyce accepte, Yoka gagne quoi qu’il arrive : soit il bat un top 10, soit il encaisse une défaite héroïque devant son public. Et si Joyce refuse, il passe pour un lâcheur."*
Derrière les gants : l’ombre de 2016 et les stratégies d’évitement
Ce que peu de gens savent, c’est que Tony Yoka et Joe Joyce se sont déjà évités deux fois en professionnel. En 2019, des discussions ont eu lieu pour un combat à Londres, mais Joyce a préféré affronter Bryant Jennings. En 2022, c’est Yoka qui a décliné une offre, invoquant une blessure à l’épaule. *"On joue au chat et à la souris depuis des années"*, confie une source proche du camp Yoka.
Autres révélations : les accusations de corruption de 2016 n’ont jamais été officiellement classées. En 2018, une enquête du Guardian révélait que trois juges sur cinq avaient des liens avec la fédération française. Joyce a porté plainte devant le TAS (Tribunal Arbitral du Sport), avant de se rétracter *"par lassitude"*. *"Ça m’a coûté 50 000£ en frais d’avocats pour rien"*, avait-il confié à The Athletic.
Le détail qui tue : en 2021, Yoka a offert à Joyce... une bouteille de vin français en guise de "réconciliation", avec un mot : *"À la prochaine, cette fois sans les juges."* Joyce n’a jamais répondu. La bouteille trône toujours dans le bureau de son manager, comme un symbole de cette rivalité non résolue.
Paris, Noël 2024 : un cadeau empoisonné ?
Techniquement, le combat est possible. Ni Yoka ni Joyce ne sont sous contrat exclusif avec un promoteur. La date du 25 décembre ? *"Un coup de génie"*, selon Michel Acariès, organisateur d’événements. *"Les Américains font du basket le 25 décembre, nous on peut faire de la boxe. Les familles regarderaient entre le foie gras et la bûche !"* Reste à trouver un diffuseur : Canal+ et DAZN seraient en pole position.
Mais attention à l’effet boomerang. Si Joyce accepte et écrase Yoka (comme contre Dubois en 2020), ce dernier pourrait voir sa carrière s’effondrer. À l’inverse, une victoire de Yoka – même en exhibition – relancerait la boxe française comme jamais depuis Brahim Asloum. *"C’est un pari à 20 millions d’euros"*, résume un bookmaker de Winamax, qui a déjà ouvert les cotes : Joyce favori à 1,35 contre 3,10 pour Yoka.
Le scénario idéal ? Un combat en 5 rounds (au lieu de 3), avec des juges neutres, diffusé en prime time. *"Et pourquoi pas un arbitre américain pour éviter les polémiques ?"*, propose Hubert Ruel, ancien président de la FFBoxe. Une chose est sûre : si ce match a lieu, il fera plus de bruit que le Père Noël dans les cheminées.
Yoka 2.0 : la dernière chance d’un champion en quête de rédemption
Depuis son installation à Londres en 2023 pour s’entraîner avec Don Charles (l’entraîneur de Anthony Joshua), Tony Yoka a changé. Moins de sorties médiatiques, plus de travail dans l’ombre. *"Il a perdu 8 kg de masse grasse et gagné en explosivité"*, révèle une source de son équipe. Son dernier combat, une victoire laborieuse contre Rydell Booker en mai 2024, a montré des progrès défensifs, mais aussi des limites face aux boxeurs mobiles.
Le problème ? À 32 ans, Yoka n’a plus le temps. *"S’il ne bat pas un top 10 d’ici 2025, sa carrière sera finie"*, prédit Stéphane Caboche, consultant pour Infighting. D’où ce défi à Joyce : un dernier coup d’éclat pour sauver les meubles. *"Je ne demande pas un combat pour le titre, juste trois rounds pour montrer qui est le meilleur. Après, je prendrai ma retraite si je perds"*, a-t-il déclaré à RMC Sport.
L’avis de l’expert : *"Techniquement, Yoka a les outils pour gêner Joyce : sa gauche est rapide, et Joyce a du mal avec les boxeurs qui bougent. Mais mentalement, si Joe le touche proprement au premier round, Tony peut craquer. C’est un risque énorme."*
— Karim Bouzidi, ancien sparring-partner de Yoka.
Une chose est sûre : que Joyce accepte ou non, cette provocation a déjà relancé l’intérêt pour la boxe française. Et ça, c’est peut-être la plus belle victoire de Yoka depuis Rio.

