"Je ne vois plus rien" : le calvaire de Tom Aspinall après l’UFC 321
Le 13 juillet 2024, l’UFC 321 à Abu Dhabi devait couronner un nouveau roi des poids lourds. Pourtant, ce soir-là, c’est un drame médical qui a volé la vedette. Tom Aspinall, alors invaincu depuis 2021 et favori des bookmakers, a vu son combat contre Ciryl Gane basculer en quelques secondes. Un geste anodin – ou presque – a tout changé : un eye poke, ce coup de doigt accidentel dans l’œil, interdit mais fréquent en MMA.
Les conséquences ? Dévastatrices. Selon les déclarations de son père et entraîneur, Andy Aspinall, à MMA Fighting, le champion britannique serait aujourd’hui aveugle de l’œil droit, avec une vision floue et réduite de moitié à gauche. "Il ne distingue même pas les contours", a confié Andy, visiblement ému. Des examens spécialisés sont prévus cette semaine pour évaluer l’étendue des lésions rétiniennes ou cornéennes.
Pourtant, les premiers signes n’étaient pas rassurants. Dès l’arrêt du combat, Aspinall, visiblement désorienté, a été conduit aux urgences. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montraient un combattant les yeux rougis, clignant désespérément des paupières sous les lumières des médecins. "J’ai cru que c’était temporaire, comme d’habitude. Mais là… c’est différent", aurait-il murmuré à son équipe, d’après des témoins.
UFC 321 : quand un doigt change le cours de l’histoire
Revenons sur les 3 minutes et 14 secondes qui ont tout fait basculer. Le combat débutait sous les meilleurs auspices pour Gane, l’ancien champion intérimaire. Dès le premier round, le Français dominait en distance, infligeant même une coupure au nez d’Aspinall grâce à un coup de pied précis. Mais alors que les deux hommes s’engageaient dans un clinch, l’impensable se produisit : les doigts de Gane glissèrent dans les orbites d’Aspinall.
L’arbitre Marc Goddard a immédiatement interrompu l’action. Aspinall, les mains sur le visage, s’est effondré à genoux. "Je ne vois plus rien !", aurait-il hurlé, selon les microphones du cage. Après cinq minutes d’attente – le temps réglementaire pour une reprise – le médecin a stoppé définitivement le combat. Résultat : aucun vainqueur, et un titre qui reste vacant.
La polémique a éclaté dans la foulée. Certains accusent Gane d’avoir délibérément visé les yeux (une tactique controversée mais parfois utilisée pour gagner du temps). D’autres, comme le commentateur Joe Rogan, estiment que c’était un accident pur et simple : "Dans la chaleur de l’action, ces choses arrivent. Mais là, les conséquences sont catastrophiques." Gane lui-même s’est dit "détruit" par la nouvelle, proposant même de renoncer à une éventuelle ceinture si Aspinall ne peut pas revenir.
Derrière les gants : le combat secret d’Aspinall contre la peur
Ce que peu de gens savent, c’est que Tom Aspinall craignait déjà pour ses yeux bien avant ce combat. En 2022, lors d’un entraînement, un partenaire lui avait accidentellement poked l’œil gauche, provoquant une déchirure partielle de la rétine. "J’avais mis des mois à récupérer à 100 %. Cette fois…", confie une source proche du combattant, sous couvert d’anonymat.
Autre détail glaçant : Aspinall aurait refusé de porter des lentilles de protection (autorisées par l’UFC), estimant qu’elles limitaient sa vision périphérique. Une décision qui, aujourd’hui, prend des allures de fatalité. Son entraîneur en jiu-jitsu, John Danaher, aurait d’ailleurs démissionné temporairement de l’équipe après l’incident, incapable de supporter la culpabilité.
Dans les coulisses de l’UFC, on murmure que Dana White aurait proposé une compensation financière exceptionnelle à Aspinall, ainsi qu’un soutien médical illimité. Mais l’argent ne résoudra pas tout. "Si je ne revois jamais normalement, à quoi bon continuer ?", aurait lancé Aspinall à ses proches, d’après The Athletic.
Et maintenant ? Les scénarios pour Aspinall et la division
Trois issues possibles se dessinent pour le Britannique :
- Un retour miraculeux : Si les examens révèlent des lésions temporaires (comme un décollement de rétine opérable), Aspinall pourrait revenir d’ici 6 à 12 mois. Un combat contre Jon Jones ou Stipe Miocic est déjà évoqué.
- Une retraite forcée : En cas de dommages permanents, l’UFC pourrait invalider définitivement sa licence pour raisons médicales. Aspinall, âgé de seulement 31 ans, deviendrait alors commentateur ou entraîneur.
- Un titre "fantôme" : Si Aspinall ne peut défendre sa ceinture, l’UFC pourrait organiser un tournoi à 4 (Gane, Jones, Miocic, Pereira) pour désigner un nouveau champion. Une solution qui frustrerait les fans, selon les sondages.
Du côté de Ciryl Gane, la situation est tout aussi complexe. Bien que blanchit par les images (qui montrent un geste non intentionnel), le Français subit une vague de haine sur les réseaux. "Je ne mérite pas ça. Tom est un frère", a-t-il répliqué, visiblement affecté.
Quant à la division des poids lourds, elle se retrouve paralysée. Les bookmakers ont d’ores et déjà suspendu les paris sur le prochain champion, dans l’attente des résultats médicaux. Une première dans l’histoire de l’UFC.
Le MMA face à ses démons : faut-il interdire les eye pokes ?
Cet incident relance le débat sur les règles du MMA. Les eye pokes, bien que prohibés, restent difficiles à éviter dans le feu de l’action. Certaines fédérations, comme le PFL, testent des gants modifiés avec des protections en mousse. L’UFC, elle, se contente de sanctions financières (jusqu’à 30 % de la bourse en cas de poke volontaire).
Des experts, comme le Dr. Jeffrey Goldberg (ophtalmologiste à Stanford), appellent à une réforme urgente : "Un seul eye poke mal placé peut causer une cécité permanente. Les combattants doivent être mieux protégés." Une pétition, lancée par d’anciens fighters comme Bas Rutten, demande l’obligation de lentilles renforcées lors des combats.
Tom Aspinall, lui, pourrait bien devenir le visage de cette lutte. Son cas rappelle celui de Anderson Silva, dont la jambe brisée en 2013 avait poussé l’UFC à renforcer les contrôles médicaux. "Si mon histoire peut éviter ça à d’autres, alors…", a-t-il murmuré dans une rare interview accordée à BT Sport.
Dans l’arène impitoyable du MMA, où chaque détail compte, un simple geste a suffi à bouleverser une carrière. Tom Aspinall, passé du statut de roi invaincu à celui de patient inquiétant, incarne aujourd’hui les risques extrêmes de ce sport. Alors que les examens se poursuivent, une question persiste : l’UFC saura-t-elle tirer les leçons de ce drame pour protéger ses athlètes ?
Une chose est sûre : que ce soit sur le ring ou dans les coulisses, le combat de Tom Aspinall est loin d’être terminé. Et cette fois, l’adversaire s’appelle l’incertitude.

