L’UFC 304 sous le signe d’un choc stylistique et générationnel
Le 27 juillet 2024, Manchester accueillera l’un des combats les plus attendus de l’année : Tom Aspinall vs. Ciryl Gane pour le titre des poids lourds de l’UFC. Ce duel oppose deux approches radicalement différentes : le style explosif et agressif du Britannique, contre la précision technique et la distance maîtrisée du Français. Mais au-delà des enjeux sportifs, c’est une déclaration récente de Daniel Cormier qui a enflammé les débats.
Lors d’une analyse diffusée sur ESPN, l’ancien double champion a affirmé que la division poids lourds était "moins relevée qu’avant", ouvrant selon lui la voie à une "série folle" de victoires pour Aspinall. Des propos qui ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux, relançant les spéculations sur l’avenir de la catégorie reine.
"Une division affaiblie" ? L’avis controversé de Daniel Cormier
Daniel Cormier, aujourd’hui consultant pour l’UFC, n’a pas hésité à comparer la division actuelle à celle des années 2010-2015, période où des monstres comme Cain Velasquez, Fabricio Werdum ou Stipe Miocic dominaient. Selon lui, le niveau global a baissé : "Les gars comme Jailton Almeida ou Sergei Pavlovich sont solides, mais ils ne sont pas au niveau d’un Francis Ngannou en pleine possession de ses moyens".
Il a ajouté : "Tom a les qualités pour enchaîner les victoires. S’il passe Gane, puis Almeida ou Volkov, il pourrait bien régner sans partage pendant des années". Une analyse qui a divisé les experts, certains comme Joe Rogan estimant que la division reste "la plus imprévisible de l’UFC".
Cormier a également pointé du doigt le manque de profondeur : "Regardez les 10 premiers du classement. Combien sont vraiment des *killers* absolus ? Deux, trois max". Une vision que ne partage pas forcément Dana White, le président de l’UFC, qui a récemment salué "une nouvelle génération de poids lourds plus athlétiques".
"Je ne suis pas invincible" : la réponse mesurée d’Aspinall
Interrogé lors de la conférence de presse de l’UFC 304, Tom Aspinall a réagi avec son habituelle franchise. "Daniel a son opinion, et je la respecte. Mais dire que la division est faible ? Non. Un combat contre Gane, c’est 5 rounds où un seul coup peut tout faire basculer".
Le champion a poursuivi : "Oui, je pense que mon niveau est supérieur à celui de beaucoup de gars du Top 10. Mais supérieur ne veut pas dire invincible. Regardez ce qui est arrivé à Jon Jones contre Francis Ngannou [en 2023]. Personne n’est à l’abri". Une référence directe au combat où Ngannou avait envoyé Jones au tapis dès le premier round, rappelant la volatilité des poids lourds.
Aspinall a aussi évoqué son parcours : "Il y a deux ans, j’étais le challenger. Aujourd’hui, je suis champion. Mais je n’ai défendu mon titre qu’une fois [contre Sergei Pavlovich, en novembre 2023]. Je dois encore prouver que je mérite cette place".
Gane, Almeida, Volkov… Les défis qui attendent Aspinall
Si Ciryl Gane représente l’obstacle immédiat, Daniel Cormier a déjà identifié les prochains tests pour Aspinall : "S’il gagne contre Gane, le combat contre Jailton Almeida sera fascinant. Almeida a un grappling monstrueux, et Volkov reste un striker dangereux".
Statistiquement, les chiffres donnent raison à Cormier sur un point : depuis 2020, seul Francis Ngannou a réussi à enchaîner plus de deux défenses de titre consécutives chez les poids lourds. Stipe Miocic (3 défenses entre 2016 et 2019) reste l’exception récente. "Les séries longues, c’est rare chez les lourds, a rappelé Aspinall. C’est pour ça que chaque combat compte double".
Un autre angle d’attaque vient de Alexander Volkov, qui a déclaré après sa victoire contre Tai Tuivasa : "Je veux Aspinall après Gane. Je pense qu’il surestime son jeu au sol". Une provocation qui montre que les prétendants au trône ne manquent pas.
Derrière les projecteurs : l’enjeu mental d’Aspinall
Ce que peu de gens savent, c’est que Tom Aspinall a travaillé avec un préparateur mental depuis sa défaite contre Curtis Blaydes en 2022 (un KO en 15 secondes). "Ce combat m’a appris que la confiance ne doit jamais virer à l’arrogance", confie-t-il. Depuis, il a enchaîné 4 victoires, dont 3 par KO/TKO.
Son coach, Marc Godbeer, révèle : "Tom passe 20% de son entraînement à simuler des scénarios de crise. Par exemple, se relever après un knockdown ou gérer une soumission ratée. Chez les lourds, c’est vital". Une approche qui explique peut-être sa sérénité face aux déclarations de Cormier.
Autre détail marquant : Aspinall regarde systématiquement les combats de ses adversaires… sans le son. "Je veux analyser leurs mouvements, pas me laisser influencer par les commentaires. Cormier dit que la division est faible ? Très bien. Moi, je me concentre sur Gane, pas sur les débats".
Et si Cormier avait (à moitié) raison ?
Objectivement, certains chiffres étayent la thèse de Cormier :
- Depuis 2021, 6 des 10 meilleurs poids lourds ont changé au moins 3 fois (contre 2 en moyenne entre 2015-2020).
- Le taux de KO/TKO est passé de 65% à 72% depuis 2020, signe d’une division plus "explosive" mais moins technique.
- Aucun poids lourd n’a défendu son titre plus d’une fois depuis Stipe Miocic en 2019.
Pourtant, comme le souligne l’analyste Robin Black : "Une division moins profonde ne signifie pas qu’elle est facile. Les erreurs se paient cash. Aspinall le sait".
Le Britannique lui-même admet : "Si je gagne contre Gane, puis contre Almeida ou Volkov, alors on pourra parler de domination. Mais pour l’instant, c’est prématuré". Une position qui tranche avec l’enthousiasme médiatique, mais qui reflète la réalité d’un sport où un seul coup peut tout changer.
Entre l’optimisme débridé de Daniel Cormier et la prudence calculée de Tom Aspinall, le débat sur l’état de la division poids lourds de l’UFC est relancé. Ce qui est certain, c’est que l’UFC 304 sera un test majeur pour le champion. Une victoire contre Gane le propulserait vers une possible série historique ; une défaite rappellerait à tous que les poids lourds restent le royaume de l’imprévisible.
Dans un sport où les légendes se font et se défont en un clin d’œil, Aspinall a choisi la voie de l’humilité. Après tout, comme il le dit lui-même : "Les titres ne se gagnent pas dans les débats, mais dans l’Octogone". Le 27 juillet, Manchester aura les yeux rivés sur cet Octogone pour trancher.

