Un titre à défendre, un avenir à écrire
Ce samedi 12 octobre 2024, l’Etihad Arena d’Abu Dhabi vibrera au rythme d’un choc des titans. Tom Aspinall (14-3), champion intérimaire des poids lourds de l’UFC, y affrontera le Français Ciryl Gane (12-2) lors de l’UFC 321, un événement qui pourrait bien sceller son destin. Car au-delà de la ceinture, c’est l’avenir même du Britannique qui se joue. Son contrat actuel avec l’UFC ne compte plus que trois combats – celui contre Gane inclus. Une échéance qui force la famille Aspinall à réfléchir à une question audacieuse : et si le MMA n’était qu’un tremplin vers la boxe ?
L’idée n’est pas nouvelle. Dès 2023, Andy Aspinall, père et entraîneur de Tom, évoquait publiquement cette possibilité. Mais aujourd’hui, le discours se fait plus précis, presque urgent. "La boxe offre des opportunités financières que l’UFC ne peut tout simplement pas égaler", déclare-t-il sans détour. Pour preuve : les bourses des stars comme Tyson Fury ou Anthony Joshua dépassent régulièrement les 10 millions de dollars par combat, alors que les champions de l’UFC, même des légendes comme Jon Jones, peinent à atteindre des sommes comparables. "Même en incluant les sponsors et les bonus, l’écart est abyssal", insiste Andy.
Pourtant, cette transition ne serait pas qu’une question d’argent. Elle répondrait aussi à une frustration sportive grandissante. Après sa victoire éclatante contre Curtis Blaydes en juillet 2024 – un KO en moins de deux minutes –, Aspinall s’attendait à affronter Jon Jones pour unifier les ceintures. Las, "Bones" a pris sa retraite sans lui laisser sa chance, laissant le Britannique dans un limbe. "Je voulais juste rester actif, mais l’UFC ne semblait pas vouloir me programmer", avait-il lâché, amer, lors d’une interview. Une inactivité forcée qui a nourri les doutes : et si, malgré son talent, le MMA ne lui offrait pas les défis (ni les revenus) qu’il mérite ?
"Il a le niveau pour dominer en boxe"
Pour Andy Aspinall, la réponse est claire : son fils a le gabarit, la puissance et la technique pour percer en boxe. "Tom a toujours eu un jeu de poing exceptionnel, et depuis qu’il s’entraîne avec des boxeurs professionnels, ses progrès sont fulgurants", révèle-t-il. Des séances avec des athlètes comme Frazer Clarke (médaillé de bronze aux JO de Tokyo) ou Fabio Wardley (champion britannique des lourds) ont convaincu le clan Aspinall : la transition est non seulement possible, mais désirable.
Reste à savoir si Tom, 31 ans, est prêt à tout recommencer. Car passer du MMA à la boxe, c’est accepter de repartir de zéro : nouveau public, nouvelles règles, nouvelle médiatisation. "C’est un risque, bien sûr", reconnaît Andy. "Mais regardez ce qu’a fait Francis Ngannou après son départ de l’UFC. En un an, il a boxé contre Tyson Fury et touché une bourse record. Pourquoi pas Tom ?" L’argument est de taille : Ngannou, autre poids lourd charismatique, a prouvé que la reconversion était possible – et extrêmement lucrative.
Mais tous ne partagent pas cet optimisme. Certains observateurs, comme le commentateur Daniel Cormier, mettent en garde : "La boxe, c’est un autre monde. Les rounds sont plus longs, les coups de poing plus précis, et l’endurance requise est folle." Sans compter que Aspinall, malgré son palmarès, reste moins connu du grand public que des figures comme Fury ou Joshua. "Il devra se battre pour des miettes avant d’espérer des gros chèques", prédit un promoteur anonyme.
UFC 321 : un combat qui pourrait tout changer
Ironie du sort : c’est peut-être en battant Ciryl Gane que Tom Aspinall scellera son départ de l’UFC. Une victoire lui permettrait de négocier une prolongation de contrat en position de force – ou, à l’inverse, de quitter la promotion au sommet, avec une ceinture autour de la taille. "Gane est un adversaire redoutable, technique et rapide, mais Tom a la puissance pour le mettre KO", analyse Andy. Un scénario qui rappellerait son combat contre Blaydes, où il avait dominé en à peine 90 secondes.
À l’inverse, une défaite compliquerait ses options. "S’il perd, son pouvoir de négociation s’effondre, et la boxe pourrait devenir une planche de salut", note un manager proche du dossier. D’où l’enjeu colossal de ce UFC 321 : bien plus qu’un simple titre, c’est l’héritage de Aspinall qui se joue. "Quoi qu’il arrive, Tom a déjà marqué l’histoire du MMA britannique", rappelle Andy, ému. "Mais s’il part, je veux qu’il le fasse en champion."
Derrière les projecteurs : la pression d’un choix familial
Ce que peu savent, c’est que cette décision dépasse le cadre sportif. Dans le gymnase familial d’Orrell, près de Manchester, où Tom s’entraîne depuis l’adolescence, les murs sont couverts de photos de ses combats – mais aussi de celles de son père, ancien boxeur professionnel. "La boxe, c’est notre histoire", confie Andy, les yeux brillants. "Si Tom fait ce choix, ce sera un retour aux sources."
Pourtant, la transition ne serait pas un long fleuve tranquille. "Les premiers mois seront durs", prévient Andy. "Il faudra qu’il apprenne à gérer les rounds de 3 minutes, les coups bas interdits, les clinch différents… Mais je le connais : quand il se fixe un objectif, rien ne l’arrête." Un état d’esprit qui a déjà fait de lui l’un des poids lourds les plus redoutés de l’UFC.
Et puis, il y a l’aspect médiatique. En MMA, Aspinall est une star – en boxe, il devrait tout reconstruire. "Les promoteurs comme Eddie Hearn ou Frank Warren pourraient le signer, mais il ne sera pas tête d’affiche du jour au lendemain", tempère un journaliste de Boxing News. Qu’importe, rétorque Andy : "Tom n’a pas peur des défis. Regardez son parcours : il a commencé le MMA sur un coup de tête, et aujourd’hui, il est champion. La boxe ? Ce serait juste un nouveau chapitre."
Et si l’UFC jouait sa dernière carte ?
Du côté de l’UFC, on observe la situation avec inquiétude. Perdre Tom Aspinall, jeune (31 ans), charismatique et en pleine ascension, serait un coup dur pour la division des poids lourds, déjà appauvrie par le départ de Francis Ngannou et la retraite de Jon Jones. "Ils vont tout faire pour le garder", prédit un initié. Preuve en est : les rumeurs d’une offre "à 8 chiffres" pour un nouveau contrat circulent déjà.
Mais l’argent suffira-t-il ? "Ce n’est pas qu’une question de salaire", explique Tom dans une récente interview. "C’est une question de respect. J’ai l’impression que l’UFC ne me donne pas les combats que je mérite." Un sentiment partagé par d’autres fighters, comme Jorge Masvidal ou Nate Diaz, qui ont quitté la promotion pour des raisons similaires. "Si Dana White [le président de l’UFC] veut me garder, qu’il me prouve que je compte pour eux. Sinon, la boxe m’attend."
Reste une question : et si, contre toute attente, Ciryl Gane remportait la victoire ? "Dans ce cas, tout change", admet Andy. "Tom devra probablement honorer les combats restants sur son contrat. Mais même là, la boxe restera une option." Car au fond, ce qui guide Aspinall, c’est une soif de défis inédits. "Il ne veut pas être 'le mec qui aurait pu'. Il veut être le mec qui a osé."

