1975-2024 : Quand le Passé Rencontre le Présent
Le 1er octobre 1975, sous une chaleur étouffante et une humidité à couper au couteau, Muhammad Ali et Joe Frazier s’affrontaient pour la troisième fois dans ce qui allait devenir le combat du siècle. Le Thrilla in Manila, 14 rounds d’une violence inouïe, avait scellé la rivalité des deux géants et marqué à jamais l’histoire de la boxe. Cinquante ans plus tard, presque jour pour jour, c’est au tour de Manny Pacquiao – lui-même légende vivante des rings – de raviver cette flamme avec Thrilla in Manila 2, organisé par sa structure MP Promotions.
Le choix de la date (29 octobre) et du lieu (Smart Araneta Coliseum, même enceinte qu’en 1975) n’est pas anodin. *"Ce n’est pas juste un événement, c’est un pont entre les générations"*, déclarait Pacquiao en conférence de presse. L’ancien champion, aujourd’hui sénateur aux Philippines, voit dans ce projet une façon de "célébrer l’héritage d’Ali tout en mettant en lumière la nouvelle génération de boxeurs philippins". Une ambition double, entre nostalgie et projection vers l’avenir.
Pour les puristes, l’absence d’un combat aussi monumental qu’Ali vs Frazier pourrait décevoir. *"Comparer cet événement à l’original est un non-sens"*, tempère Teddy Atlas, commentateur historique. *"Mais l’idée de rendre hommage à ce combat mythique, tout en donnant une plateforme aux talents locaux, est louable."* Un équilibre délicat entre hommage et modernité.
Melvin Jerusalem vs Siyakholwa Kuse : Le Titre WBC en Jeu
Si Thrilla in Manila 2 ne peut rivaliser avec l’affiche de 1975, son combat principal promet tout de même du spectacle. Le Philippin Melvin Jerusalem (24-3, 12 KOs), ancien champion WBO des mi-mouches, affronte le Sud-Africain Siyakholwa Kuse (9-2-1, 4 KOs) pour la ceinture WBC de la catégorie. Un choc de styles entre un vétéran aguerri et un jeune loup en pleine ascension.
Jerusalem, 30 ans, arrive avec quatre victoires consécutives, dont un KO retentissant contre Yudai Shigeoka en 2023. *"Ce titre, c’est une revanche sur ma carrière"*, confie-t-il. Face à lui, Kuse, 25 ans, incarne la jeunesse africaine montante. Invaincu depuis 2022 (6 victoires d’affilée), il aborde ce combat comme *"l’opportunité de sa vie"*. *"Affronter Jerusalem aux Philippines, devant son public, c’est le défi ultime"*, déclare-t-il.
Les bookmakers donnent Jerusalem favori (cote à 1.65 contre 2.10 pour Kuse), mais les observateurs soulignent un détail intrigant : Kuse n’a jamais boxé en Asie, et son adaptation au climat philippin (30°C, 80% d’humidité) pourrait jouer un rôle clé. *"Si Kuse résiste aux cinq premiers rounds, Jerusalem pourrait s’épuiser"*, analyse Nick Park, journaliste pour Boxing Scene. Un scénario qui rappelle étrangement... le Thrilla original, où Frazier avait dominé les premiers rounds avant de s’effondrer.
"The Heir" : Nico Ali Walsh sous le Poids de l’Héritage
Impossible d’évoquer Thrilla in Manila 2 sans parler de Nico Ali Walsh. Petit-fils de Muhammad Ali, le jeune Américain (12-2, 5 KOs) fera ses débuts aux Philippines face au Thaïlandais Kittisak Klinson (14-11, 7 KOs). Un combat symbolique, où le poids de l’histoire se mêle aux enjeux sportifs.
À 23 ans, Ali Walsh porte un nom qui pèse des tonnes. *"Je ne cherche pas à être comme mon grand-père, mais à honorer son héritage"*, confie-t-il. Pourtant, les comparaisons sont inévitables. Comme Ali, il boxe en light-heavyweight (mi-lourds). Comme Ali, il a un style fluide et une garde basse. Et comme Ali, il a connu des revers précoces (deux défaites en 2023, dont un KO contre Sargent Larra).
Son adversaire, Klinson, 32 ans, n’est pas un faire-valoir. Malgré un palmarès mitigé (3 défaites en 4 combats), le Thaïlandais a l’expérience des rings asiatiques et une droite redoutable. *"Je respecte son nom, mais je viens pour gagner"*, lance-t-il. Un défi crédible pour Ali Walsh, qui devra prouver qu’il peut briller hors des États-Unis.
*"Nico a le talent, mais il lui manque encore la constance"*, estime Bob Arum, promoteur historique. *"Ce combat aux Philippines, devant un public passionné, pourrait être un tournant."* Ou un nouveau piège pour l’héritier d’une légende.
Les Philippines en Feu : Marcial, Magramo et les Autres
Au-delà des têtes d’affiche, Thrilla in Manila 2 se veut une vitrine du talent philippin. Sur les 13 combats de la carte, 10 impliquent au moins un boxeur local – une première pour un événement de cette envergure. Parmi eux, deux noms ressortent :
• Eumir Marcial (6-0, 4 KOs) : Médaillé de bronze aux JO de Tokyo, le poids moyen affronte Eddy Colmenares (11-2-1, 11 KOs) pour le titre WBC International. Un test crucial pour Marcial, qui vise un titre mondial d’ici 2025. *"Je boxe pour mon pays, pas juste pour moi"*, déclare-t-il.
• Bernald Robles (12-0-1, 5 KOs) : Invaincu depuis 2019, ce spécialiste des mi-mouches légers défie Arvin Magramo (19-2-1, 11 KOs) pour une ceinture régionale. Un duel 100% philippin, où l’enjeu dépasse le sport : *"Gagner ici, c’est montrer que la boxe philippine a un avenir"*, explique Robles.
Autres combats à suivre :
– Junjie Lauza (12-2) vs Jayr Raquinel (12-3) : Une revanche attendue après leur combat controversé de 2022.
– Rolando Servania (19-3) : L’ancien challenger mondial fait son retour après deux ans d’absence.
*"Cette carte, c’est la preuve que les Philippines ne sont plus juste le pays de Pacquiao, mais un vivier de talents"*, se réjouit Aljoe Jaro, manager de MP Promotions. Un optimisme partagé par les fans, qui ont déjà affiché complet pour l’événement.
Coulisses : Quand Pacquiao Devient Promoteur
Derrière Thrilla in Manila 2 se cache une ambition plus large : faire des Philippines un hub mondial de la boxe. Depuis sa retraite en 2021, Manny Pacquiao a transformé MP Promotions en une machine à événements. *"On ne veut pas juste organiser des combats, on veut raconter des histoires"*, explique-t-il.
Pour cet événement, son équipe a travaillé avec :
– Le gouvernement philippin : Le département du Tourisme a soutenu la promotion, voyant dans la boxe un levier économique.
– La WBC : Le président Mauricio Sulaimán sera présent, soulignant l’importance symbolique de l’événement.
– Les médias internationaux : DAZN et ESPN ont acquis les droits de diffusion, garantissant une visibilité mondiale.
Un détail insolite ? Le ring de Thrilla in Manila 2 sera identique à celui de 1975, reconstitué à partir d’archives. *"Les cordes, les coins, même la couleur du tapis… Tout sera comme il y a 50 ans"*, révèle Jinky Pacquiao, sœur de Manny et organisatrice. Une touche nostalgique qui ravira les puristes.
Reste une question : cet événement peut-il vraiment égaler la légende de 1975 ? *"Non, et ce n’est pas le but"*, répond Pacquiao. *"Mais si on arrive à inspirer ne serait-ce qu’un seul enfant à enfiler des gants, alors on aura réussi."*
Reste à savoir si le public retiendra les exploits de Jerusalem ou d’Ali Walsh… ou si, comme en 1975, c’est l’émotion brute d’un combat qui marquera les mémoires. Une chose est sûre : aux Philippines, la boxe reste bien plus qu’un sport. C’est une religion.

