L’héritage d’un champion : quand l’haltérophilie rencontre le MMA
Szymon Kołecki n’est pas un combattant comme les autres. Avant de fouler les cages du MMA, il a marqué l’histoire en soulevant des haltères : double médaillé olympique (or à Athènes en 2004, argent à Pékin en 2008), il était déjà une légende en Pologne bien avant son premier combat en cage. Son passage au MMA en 2013, à 33 ans, a surpris beaucoup – un âge où la plupart des athlètes songent à la retraite, lui débutait une seconde carrière. "Je cherchais un nouveau défi, quelque chose qui me fasse peur", confiait-il à l’époque. Dix ans plus tard, le défi est toujours là, mais sous une forme différente : prouver qu’à 44 ans, on peut encore dominer.
Son parcours au KSW, la plus grande organisation de MMA en Europe, a été jalonné de combats épiques. Qui pourrait oublier son duel contre Mariusz Pudzianowski, l’homme le plus fort du monde, en 2015 ? Une victoire par soumission qui a scellé son statut de star. Ou encore son KO contre Damian Janikowski en 2019, démontrant une technique affûtée malgré les années. Avec 12 victoires en 14 combats (dont 8 par KO/TKO), Kołecki a construit une réputation de finisseur, alliant puissance olympique et intelligence de combat. Pourtant, après 2021, les blessures l’ont éloigné des cages. "Trois ans sans combattre, c’est long. Mais j’ai utilisé ce temps pour me reconstruire, mentalement et physiquement", explique-t-il.
21 novembre : un rematch qui sent la poudre
Le 21 novembre, lors de Babilon MMA 55, Kołecki affrontera Marcin Łazarz pour le titre des poids mi-lourds. Un adversaire qu’il connaît bien : leur premier duel, en 2017, s’était soldé par une victoire de Kołecki après trois rounds serrés. Cinq ans plus tard, les rôles pourraient s’inverser. Łazarz, plus jeune de six ans, arrive avec une dynamique récente (3 victoires en 4 combats) et une faim de titre évidente. "C’est un combat de vétérans, mais avec l’intensité d’un duel de jeunes loups", analyse Tomasz Drwal, ancien combattant du KSW et maintenant commentateur.
Pour Kołecki, ce combat est une équation complexe. D’un côté, son expérience : une garde solide, un jeu au sol méthodique, et une capacité à gérer la pression que seul un champion olympique peut avoir. De l’autre, les limites physiques. "À 44 ans, la récupération est plus longue, les articulations sont moins indulgentes", admet-il. Pourtant, son équipe assure qu’il n’a jamais été aussi préparé. Son entraîneur, Paweł Nastula (lui-même judoka olympique), a adapté son entraînement : moins de volume, plus de précision, avec un focus sur les transitions et les soumissions. "Szymon n’a plus la vitesse de ses 30 ans, mais il lit le combat comme un livre ouvert", souligne Nastula.
La stratégie ? Éviter un combat debout prolongé, où Łazarz pourrait exploiter son avantage de jeunesse, et amener le duel au sol. Kołecki, avec son background en lutte, excelle dans le contrôle et les soumissions. "Je ne cherche pas le KO spectaculaire. Je veux gagner, point final", déclare-t-il sobrement. Une approche réaliste, mais qui pourrait décevoir les fans habitués à ses finitions explosives.
Derrière les gants : la discipline d’un olympique
Ce que peu savent, c’est que Kołecki applique à son entraînement de MMA la rigueur de l’haltérophilie. Lever à 5h, séances de mobilité avant le petit-déjeuner, travail spécifique l’après-midi : "La discipline, c’est ce qui me reste de mes années en haltérophilie. Sans ça, je n’aurais jamais pu revenir après mes blessures". Son régime est tout aussi strict : pas d’alcool, pas de sucres raffinés, et des compléments ciblés pour préserver ses articulations.
Pourtant, les sacrifices ont un coût. En 2022, une déchirure des ligaments de l’épaule gauche a failli mettre fin à sa carrière. "Les médecins m’ont dit que je ne combattrais plus. J’ai répondu : ‘On verra’". Après 18 mois de rééducation, il est revenu en 2024 avec une victoire par soumission – un message clair à ses détracteurs. Mais les doutes persistent. "Un combattant de 44 ans, même avec son palmarès, reste un pari risqué pour les promoteurs", note Marcin Ryszka, journaliste pour MMA Na Żywo. Kołecki le sait : chaque combat pourrait être le dernier.
Alors, pourquoi continuer ? "Parce que j’aime ça. Parce que quand je monte en cage, je me sens vivant comme nulle part ailleurs". Une réponse simple, mais qui résume tout. Pour lui, le MMA n’est pas qu’un sport, c’est une philosophie. Et le 21 novembre, cette philosophie sera mise à l’épreuve.
Et après ? L’énigme de la retraite
Une victoire contre Łazarz ouvrirait des portes : un retour au KSW, peut-être un combat international sous la bannière de l’ONE Championship ou de la PFL. Mais Kołecki reste évasif. "Je prends les choses un combat à la fois. Mon corps décidera pour moi". Certains voient en lui un futur entraîneur – son expérience serait inestimable pour la jeune génération polonaise. D’autres imaginent une carrière dans le commentaire, où son charisme naturel ferait des étincelles.
Pourtant, une défaite pourrait sonner le glas. "Dans ce sport, on te respecte tant que tu gagnes. Après, on t’oublie vite", rappelle brutalement Michał Materla, autre vétéran du KSW. Kołecki n’est pas dupe : il sait que chaque combat est un risque, mais aussi une chance de laisser une trace indélébile. "Je ne veux pas finir comme ces gars qui traînent trop longtemps et gâchent leur héritage. Si je sens que je ne peux plus suivre, je m’arrêterai".
En attendant, une chose est sûre : le 21 novembre, quand il entrera dans la cage de Babilon MMA 55, ce ne sera pas seulement pour un titre. Ce sera pour prouver que les légendes, parfois, refusent de s’éteindre.

