Un combat « historique » : pourquoi O’Malley mise sur Topuria plutôt que Della Maddalena
Quand Islam Makhachev a écrasé Jack Della Maddalena lors de l’UFC 322 à New York, le monde du MMA a retenu son souffle devant une masterclass de grapple : 19 minutes de contrôle au sol sur 25, des transitions fluides, et une domination sans faille. Pourtant, pour Sean O’Malley, ce performance – aussi impressionnante soit-elle – ne reflète pas le vrai défi qui attend le Russe. Dans une analyse partagée sur YouTube, le champion des poids coqs a pointé du doigt Ilia Topuria comme l’adversaire capable de « pousser Makhachev dans ses retranchements ».
La raison ? Topuria incarne ce que Della Maddalena n’a pu offrir : une polyvalence extrême. « Della Maddalena est un guerrier, mais Topuria, lui, a ce mélange rare de striking précis, de wrestling intelligent et d’un QI de combat hors norme », explique O’Malley. Le Géorgien-Espagnol, invaincu en 17 combats (dont 10 par KO/TKO), a prouvé contre Charles Oliveira qu’il savait démanteler des adversaires réputés intratables. Son secret ? Une capacité à anticiper les mouvements trois coups à l’avance, comme aux échecs.
À l’inverse, Della Maddalena, malgré son agressivité, est resté prévisible. Makhachev a pu exploiter ses failles en chain wrestling, le clouant au sol dès la première reprise. « Contre Topuria, Makhachev ne pourra pas se contenter de son jeu de base », prédit O’Malley. Le Géorgien, formé au Climent Club (même gym que Gegaard Mousasi), maîtrise l’art de contrer le contrôle – une compétence cruciale face à un grappler comme Makhachev.
L’équation physique : Makhachev, un mur… mais Topuria a la clé
L’argument massue en faveur de Makhachev reste sa supériorité physique. À 32 ans, le Russe combine une endurance à toute épreuve (il n’a jamais été mis en difficulté en 5 rounds) et une force capable d’écraser des welters comme Della Maddalena (naturellement plus lourd). « Makhachev est construit comme un tank », reconnaît O’Malley. Pourtant, Topuria a déjà prouvé qu’il savait neutraliser la puissance brute.
Exemple frappant : son combat contre Josh Emmett (UFC Jacksonville, 2023), où il a dominé un adversaire connu pour son power punching. Topuria avait alors utilisé sa mobilité latérale et des feintes pour éviter les coups lourds, avant de placer un uppercut dévastateur au 2ème round. « C’est ça, la magie de Topuria : il transforme tes forces en faiblesses », s’enthousiasme O’Malley. Face à Makhachev, cette approche serait vitale. Le Russe, habitué à imposer son rythme, devrait s’adapter à un adversaire qui refuse le combat statique.
Autre atout de Topuria : sa gestion de l’espace. Contrairement à Oliveira, qui avait tenté (sans succès) de rivaliser avec Makhachev en jitsu brésilien, le Géorgien évite les échanges prolongés au sol. « Ilia sait quand sortir, quand contre-attaquer. C’est un combat d’échecs, pas de force », analyse O’Malley. Une stratégie qui rappelle celle d’Alexandre Volkanovski contre Makhachev à l’UFC 294 – avec, cette fois, un striking bien plus affûté.
Le scénario du rêve : un « combat de légende » au Madison Square Garden ?
Si l’UFC écoute ses fans, ce duel pourrait se tenir dans un lieu mythique : le Madison Square Garden. Après l’UFC 322, où Makhachev a encore rempli la salle new-yorkaise, la demande est forte. « Imaginez l’ambiance : deux champions invaincus, deux styles opposés, et 20 000 spectateurs en délire », s’exclame O’Malley. Dana White, le président de l’UFC, a d’ailleurs laissé entendre que ce combat était « dans les tuyaux » pour 2025.
Reste un obstacle : la catégorie de poids. Topuria, champion des poids légers, devrait monter en welterweight (77 kg) pour affronter Makhachev. Un défi qu’il semble prêt à relever, comme il l’a confié après sa victoire contre Oliveira : « Je veux les meilleurs, peu importe la catégorie. Makhachev est le GOAT, je veux le prouver. » Une déclaration qui rappelle celle de Conor McGregor en 2016, avant son combat contre Nate Diaz – avec, en prime, un enjeu technique bien plus élevé.
Pour O’Malley, ce combat dépasse le simple titre : « C’est une question de légitimité historique. Qui est le meilleur all-rounder du MMA ? Makhachev, avec son sambo et son contrôle, ou Topuria, avec sa précision et son adaptabilité ? » Une question qui ne trouvera réponse que dans l’Octogone… et qui pourrait bien redéfinir les standards du sport.
Dans les coulisses : quand deux champions se préparent en silence
Saviez-vous que Ilia Topuria et Islam Makhachev s’entraînent parfois dans les mêmes salles… sans jamais s’affronter ? En 2022, les deux hommes ont partagé les tapis du Tiger Muay Thai en Thaïlande, chacun préparant des combats différents. « On s’observait, on analysait nos faiblesses, mais sans un mot », a révélé un proche de Topuria. Une tension palpable, qui rappelle la rivalité Khabib Nurmagomedov vs Tony Ferguson – deux combattants qui se sont évités pendant des années avant un duel avorté.
Makhachev, lui, a un rituel avant chaque combat : il regarde les vidéos de ses adversaires… en accéléré. « Je veux voir leurs patterns, pas leurs coups », confie-t-il. Face à Topuria, cette méthode pourrait s’avérer cruciale. Le Géorgien, connu pour ses fakes et ses changements de rythme, est un casse-tête pour les analystes. « C’est comme essayer de prédire un génie du poker », plaisante O’Malley.
Autre détail intrigant : les deux hommes partagent le même coach en nutrition, George Lockhart, célèbre pour ses régimes extrêmes. « Ils suivent des protocoles similaires, mais Topuria a un métabolisme qui lui permet de monter en welter sans perdre en explosivité », explique Lockhart. Un avantage non négligeable pour un combat où chaque pourcentage de vitesse comptera.
Le scepticisme de Charles Oliveira : « Topuria n’a pas encore affronté un vrai grappler »
Si Sean O’Malley et les fans sont conquis, tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Charles Oliveira, qui connaît bien les deux hommes (il a perdu contre Makhachev et Topuria), tempère : « Ilia est incroyable, mais il n’a jamais affronté un grappler du niveau de Makhachev. Contre moi, il a gagné parce que j’ai fait des erreurs. Contre Islam, une seule erreur et c’est fini. »
Un avis partagé par Daniel Cormier, qui souligne que Makhachev a « une pression au sol que même Khabib n’avait pas ». Pour le commentateur star, Topuria devrait « perfectionner son jeu de jambes en reverse » s’il veut éviter le sort de Della Maddalena. « Islam est comme une python : une fois qu’il t’attrape, tu ne t’échappes pas », image-t-il.
O’Malley, lui, reste optimiste : « Oliveira a raison sur un point : Topuria devra être parfait. Mais c’est justement ce qui rend ce combat si excitant. Deux perfectionnistes, deux cerveaux, et zéro marge d’erreur. » Une équation qui, si elle se concrétise, pourrait bien offrir l’un des plus grands spectacles de l’histoire du MMA.

