L’ombre d’un géant : grandir avec Glover Teixeira
À Sobralia, petite ville du Brésil, le nom Teixeira résonne comme une légende. Ici, Glover Teixeira n’est pas seulement un ancien champion UFC – c’est un symbole. Quand il a soulevé la ceinture des poids mi-lourds en 2021, à 42 ans, après une victoire contre Jan Błachowicz, il a prouvé que la persévérance pouvait défier le temps. Dans l’ombre de ce géant, un jeune homme observait tout : Ryan Teixeira, son neveu, alors âgé de 21 ans.
« Je me souviens de ses entraînements à la maison. Il revenait épuisé, mais toujours avec ce sourire… Comme s’il savait quelque chose que les autres ignoraient. », confie Ryan dans une interview accordée à Combate. Dès 12 ans, il accompagne son oncle aux sessions de jiu-jitsu, fasciné par cette alchimie entre technique et mental. Mais c’est en 2018, lors du combat Glover vs. Corey Anderson (où Glover l’emporte par KO au 1er round), que la vocation de Ryan se cristallise : « Ce soir-là, j’ai compris que je voulais ça. Pas pour l’argent ou la gloire… Pour cette sensation de contrôler son destin. »
Le problème ? Ryan étudiait alors le droit, sous la pression familiale. « Mes parents voulaient que j’aie un ‘vrai métier’. Mais comment résister quand ton sang te tire vers l’octogone ? » En 2020, il prend une décision radicale : il abandonne la fac pour se consacrer à 100% au MMA. Un choix risqué, mais assumé : « Glover a commencé à 20 ans. Moi, j’ai 21 ans… Je n’ai pas de temps à perdre. »
Saviez-vous ? Glover Teixeira a lui-même débuté tard dans le MMA (20 ans), après une carrière en taekwondo et en travaillant comme videur. Un parcours qui prouve que les chemins détournés mènent parfois aux sommets.
2021 : l’année des épreuves
Ryan Teixeira fait ses débuts en MMA amateur en mars 2021. Le choc est brutal. Malgré une préparation intense, il s’incline par décision partagée face à un adversaire plus expérimenté. « Je suis sorti de là en me disant : ‘Tu croisais vraiment que ce serait facile ?’ », avoue-t-il. Mais le pire reste à venir.
Lors de son deuxième combat, trois mois plus tard, Ryan se fracture la main droite dès la première minute. Il refuse d’abandonner et termine le fight… pour se fracturer à nouveau la même main lors du combat suivant. Bilan : deux fractures en six mois, et une pause forcée d’un an. « Les médecins m’ont dit que j’avais poussé mon corps trop loin. Mais comment arrêter quand tu as le feu sacré ? »
Cette période noire devient pourtant un tournant. Ryan passe des heures à étudier les combats de Glover, analysant ses erreurs avec une précision chirurgicale. Il travaille aussi son mental avec un psychologue sportif : « J’ai appris que la douleur n’était pas l’ennemi. C’est un signal. Il faut l’écouter, pas la craindre. » Un changement de philosophie qui paiera lors de son retour en 2022, avec une victoire par soumission au 2ème round.
« Je ne veux pas être le ‘neveu de Glover’ »
En 2024, Ryan Teixeira (3-1 en amateur) prépare son passage chez les pros. Mais une question le hante : comment exister sans être réduit à son lien avec Glover ? « Les gens me disent : ‘Ah, tu es le neveu de Glover !’ comme si c’était ma seule identité. Je veux qu’on se souvienne de Ryan Teixeira, point. »
Pour y parvenir, il mise sur un style hybride, mêlant le jiu-jitsu brésilien de son oncle à des techniques de muay thaï apprises lors d’un stage en Thaïlande. « Glover est un maître du grappling. Moi, je veux être imprévisible. » Une stratégie qui séduit déjà des observateurs, comme le coach Rafael Cordeiro (qui a entraîné Glover) : « Ryan a ce quelque chose en plus. Il n’a pas peur de prendre des risques, et ça, c’est rare. »
Pourtant, les critiques existent. Certains estiment que Ryan bénéficie d’un « piston familial ». Une accusation qu’il balaye : « Glover ne m’a jamais donné de passe-droit. Au contraire, il me répète : ‘Ici, tu dois tout mériter. Deux fois plus que les autres.’ » Preuve en est : Ryan s’entraîne aujourd’hui à American Top Team, loin du Brésil, pour prouver qu’il peut réussir par lui-même.
Derrière les gants : la pression d’un nom
En coulisses, la relation entre Glover et Ryan est plus complexe qu’il n’y paraît. « Il est à la fois mon mentor et mon pire critique », révèle Ryan. Lors d’une session d’entraînement en 2023, Glover l’a mis KO en sparring devant toute l’équipe. « Je suis rentré chez moi en pleurs. Pas à cause du KO… Mais parce que j’ai cru décevoir la seule personne dont l’opinion comptait. »
Le lendemain, Glover lui offre un conseil qui le marquera : « ‘Un vrai combattant ne pleure pas sur un KO. Il l’analyse. Maintenant, dis-moi : qu’as-tu mal fait ?’ » Cette leçon résume leur dynamique : pas de sentimentalisme, que du concret. Aujourd’hui, Ryan garde précieusement le short de combat que Glover portait lors de son titre UFC en 2021. « Ce n’est pas un talisman. C’est un rappel : le travail paie, mais jamais sans souffrance. »
Un documentaire, actuellement en tournage (titre provisoire : « Teixeira: Sang et Légende »), explore cette relation. On y voit des images inédites de Ryan enfant, imitant les mouvements de son oncle dans le salon familial, ou Glover lui enseignant ses fameuses clés de bras sur le tatami de Sobralia. « Ce film montrera que notre histoire va au-delà du MMA. C’est une question de transmission. »
2025 : l’année de tous les défis
Ryan Teixeira vise un passage chez les pros d’ici mi-2025, avec un objectif clair : intégrer l’UFC d’ici 2027. « Je ne me fixe pas de limite de temps. Mais je sais que chaque combat doit me rapprocher de l’octogone. » Son équipe cible déjà des organisations comme LFA ou Cage Warriors pour accumuler de l’expérience.
Son premier test majeur ? Un combat prévu en avril 2025 contre un adversaire encore non dévoilé, mais réputé pour son grappling agressif. « Ce sera mon examen de passage. Si je gère la pression ce soir-là, je saurai que je suis prêt pour la suite. » Glover, lui, reste prudent : « Ryan a le talent. Mais le mental, c’est 80% du travail. L’UFC, c’est une autre planète. »
Pour se préparer, Ryan a adopté un régime drastique (perte de 7 kg de masse grasse en 6 mois) et un entraînement spécifique pour améliorer son cardio, son talon d’Achille. Il étudie aussi les combats de Israel Adesanya (pour ses déplacements) et de Khamzat Chimaev (pour son agressivité). « Je veux être un mélange des deux : technique et explosif. »
Et si un jour il affronte Glover ? « Jamais. Même à l’entraînement, on évite. Ce serait comme frapper mon père. » Une réponse qui en dit long sur le respect qui lie ces deux hommes, bien au-delà des tatamis.
Une chose est sûre : à Sobralia, on guette déjà ses prochains pas. Et Glover, lui, observe en silence… comme au premier jour.

