Floride, terre de renaissance : quand Ruchała choisit l’élite pour se reconstruire
Imaginez un combattant de 28 ans, auréolé de succès en Europe, qui débarque dans le temple du MMA mondial… pour essuyer une défaite en moins de 10 minutes. C’est le scénario vécu par Robert Ruchała lors de son premier combat en UFC, face au Français William Gomis à l’Accor Arena de Paris, le 6 septembre 2023. Soumis par étranglement en triangle au 2ème round, le Polonais aurait pu sombrer. Pourtant, sa réaction a été immédiate : *"Si je veux battre les meilleurs, je dois m’entraîner avec les meilleurs."* Direction Coconut Creek, Floride, où l’American Top Team (ATT) ouvre ses portes aux ambitieux.
Fondé en 2001, l’ATT n’est pas un camp comme les autres. Avec des champions comme Amanda Nunes (double championne UFC), Dustin Poirier, ou encore Jorge Masvidal, son palmarès parle pour lui. Pour Ruchała, c’est l’opportunité de travailler aux côtés de Thiago Alves, ancien prétendant au titre des poids mi-moyens UFC (2009-2010) et spécialiste du muay thaï. *"Thiago me pousse à sortir de ma zone de confort, surtout en striking. Il a une façon de décortiquer les gardes adverses qui est unique"*, explique le Polonais dans une interview pour MMA Junkie Polska.
Mais pourquoi la Floride ? *"L’Europe a des bons camps, mais aux États-Unis, la mentalité est différente. Ici, chaque sparring est un combat. Tu n’as pas le choix : tu progresses ou tu craques"*, confie un proche de Ruchała. Preuve de son engagement : il a signé pour 6 mois à l’ATT, avec une option pour prolonger selon ses performances. Un investissement lourd (entre 15 000 et 20 000 dollars, frais de vie inclus), mais nécessaire pour viser le top.
"Cette défaite m’a sauvé" : le paradoxe d’un combat qui a tout changé
Contre William Gomis, Ruchała a commis l’erreur fatale de sous-estimer la défense au sol de son adversaire. Résultat : une soumission en triangle qui a mis fin à ses espoirs de victoire. Pourtant, aujourd’hui, il assume : *"Sans ce combat, je serais resté dans l’illusion. L’UFC, c’est un autre niveau. Tu peux dominer en KSW et te faire démolir là-bas. J’avais besoin de ce réveil."*
Les chiffres donnent raison à cette humilité :
- En KSW : 11 victoires (7 par KO/TKO, 2 par soumission), 2 défaites – un ratio de 85% de succès.
- En UFC : 0 victoire, 1 défaite – et une prise de conscience brutale.
Son coach à l’ATT, Mike Brown (ancien combattant UFC et entraîneur renommé), a identifié trois faiblesses majeures à corriger :
- La défense au sol : *"Robert a un bon jiu-jitsu, mais il manque de réactivité quand l’adversaire enchaîne les transitions. On travaille ça avec des ceintures noires comme Steve Mocco (champion olympique de lutte)."
- L’endurance en 3 rounds : *"En KSW, il avait l’habitude de finir les combats rapidement. En UFC, il faut tenir 15 minutes à un rythme infernal."*
- Le mental face aux strikeurs : *"Gomis l’a dominé en striking avant de le soumettre. On simule des scénarios où il est dos au mur pour qu’il apprenne à contre-attaquer."*
Un travail qui porte ses fruits : lors d’un sparring ouvert aux médias en décembre 2023, Ruchała a dominé un partenaire d’entraînement classé top 30 mondial, en enchaînant takedowns et contres en striking. *"Je ne suis plus le même combattant"*, lance-t-il, visiblement transformé.
KSW, UFC… et après ? Le plan de conquête d’un Polonais déterminé
Avant de rêver à l’UFC, Robert Ruchała était déjà une star en Pologne. Son parcours au KSW (Konfrontacja Sztuk Walki), la plus grande organisation européenne de MMA, est éloquent :
- 2019 : Débuts professionnels avec 4 victoires d’affilée, dont 3 par KO.
- 2021 : Victoire contre Krzysztof Klaczek pour le titre intérimaire des poids mi-moyens – un combat où il a démontré une maturité surprenante pour ses 25 ans.
- 2022 : Défense réussie de son titre face à Maciej Rozalski, confirmant son statut de futur champion.
Mais le KSW, aussi prestigieux soit-il, n’est pas l’UFC. *"En Europe, tu peux être champion et ne pas vivre de ton sport. Aux États-Unis, c’est différent : soit tu performes, soit tu disparais"*, analyse Marcin Rózalski, journaliste pour Sport.pl. C’est cette réalité qui a poussé Ruchała à sauter le pas, malgré les risques.
Aujourd’hui, son objectif est clair : un retour dans l’Octogone d’ici juin 2024, avec en ligne de mire les tops 15. *"Je ne veux pas être un combattant qui fait de la figuration. Je veux des noms, des défis qui font peur"*, déclare-t-il. Son manager, Tomasz Marszalek, négocie déjà avec l’UFC pour un combat contre un adversaire classé entre le 30e et le 20e rang mondial – un choix stratégique pour rebondir sans se brûler les ailes.
Et si tout se passe bien ? Ruchała a déjà un plan B : *"Si l’UFC ne me donne pas les combats que je mérite, je retournerai en KSW pour dominer et forcer leur main. Mais je préfère me battre là où les meilleurs sont."* Une détermination qui rappelle celle d’un autre Polonais, Jan Błachowicz, champion UFC des mi-lourds en 2020.
Derrière les gants : le sacrifice d’un homme prêt à tout pour son rêve
Ce que les fans ne voient pas, c’est le quotidien de Ruchała en Floride :
- 6h30 : Réveil et footing sur la plage de Deerfield, suivi d’une séance de natation pour travailler le cardio.
- 9h-12h : Entraînement technique (striking ou grappling, en alternance).
- 14h-16h : Sparring ou travail spécifique (ex : défense contre les soumissions avec Steve Mocco).
- 17h-19h : Musculation et récupération (cryothérapie, étirements).
- 20h30 : Analyse vidéo des combats adverses avec son coach.
Un rythme effréné, mais nécessaire. *"En Pologne, j’avais mes habitudes, ma famille. Ici, je suis seul, mais c’est un choix. Chaque jour sans eux me rapproche de mon objectif"*, confie-t-il. Pour financer ce séjour, il a dû puiser dans ses économies et accepter des sponsors locaux (comme la marque de vêtements Berserk Fight Gear). Un pari risqué, mais calculé.
Son plus grand soutien ? Sa compagne, Aleksandra, restée en Pologne avec leur fille de 2 ans. *"Elle me dit toujours : ‘Rentre quand tu seras prêt, pas quand tu seras fatigué.’ Ça me motive encore plus."* Une motivation qui transparaît dans ses posts sur Instagram, où il partage des extraits de ses entraînements avec des légendes comme *"Le doute est un luxe que je ne peux pas me permettre."*
2024, l’année de la revanche ? Ce qui attend Ruchała dans l’Octogone
Les rumeurs circulent déjà sur son prochain adversaire. Parmi les noms évoqués :
- Randy Brown (n°14 UFC) : Un strikeur redoutable, mais vulnérable au grappling – un test idéal pour Ruchała.
- Muslim Salikhov (n°13 UFC) : Un spécialiste du sanda (boxe chinoise) qui aurait l’avantage en distance.
- Jack Della Maddalena (n°12 UFC) : Un jeune loup en pleine ascension, parfait pour un combat spectaculaire.
Son coach, Mike Brown, penche pour un combat contre un adversaire classé entre le 25e et le 20e rang : *"Il a besoin d’un combat gagnable, mais pas facile. Quelqu’un comme Mounir Lazzez (n°22) serait parfait : un strikeur avec des lacunes au sol que Robert peut exploiter."*
Quant à Ruchała, il reste focalisé : *"Je ne choisis pas mes adversaires, je les domine. Qu’ils me donnent qui ils veulent, je serai prêt."* Une confiance qui tranche avec le combattant incertain de septembre 2023. Preuve que l’American Top Team a déjà fait son œuvre.
Et si la Pologne a un nouveau héros en 2024, il s’appellera peut-être Robert Ruchała. À une condition : qu’il transforme son sacrifice en victoire. *"Je ne suis pas venu ici pour participer. Je suis venu pour gagner. Point."*

