Un pari audacieux : la lutte libre version "sport-spectacle"
Le Real American Freestyle (RAF) n'est pas une simple compétition de lutte. C'est une tentative ambitieuse de transformer un sport ancestral en un show télévisuel, à mi-chemin entre les Jeux Olympiques et la WWE. Lancée en 2024 par Chad Bronstein et l'ancien catcheur Hulk Hogan (décédé en juillet 2025), l'organisation a rapidement fait parler d'elle en recrutant des athlètes de haut niveau, mais aussi en s'inspirant des codes du catch pour créer du drama et du spectacle.
Le concept repose sur une idée simple : garder l'intensité sportive de la lutte libre tout en y ajoutant une dimension narrative. Les matchs sont structurés en trois rounds de deux minutes, avec des ceintures de champion par catégorie de poids, des entrées théâtrales et des rivalités soigneusement mises en scène. "Nous voulons que les gens ressentent l'émotion, le suspense, comme au catch, mais avec des athlètes qui se battent vraiment", expliquait Eric Bischoff, ancien manager de la WWE et actuel chief media officer du RAF, dans une interview accordée en janvier 2025.
Pour y parvenir, le RAF a adopté une direction artistique très "américaine", avec des couleurs patriotiques (bleu, rouge, étoiles), une musique d'entrée inspirée de celle de Hulk Hogan, et un casting de commentateurs incluant des figures du MMA comme Chael Sonnen et Julianna Peña. L'objectif ? Dépasser le public traditionnel de la lutte pour toucher les fans de sports de combat et de divertissement sportif.
Des stars de l'UFC aux champions olympiques : le casting qui fait rêver
Si le RAF a réussi à s'imposer en si peu de temps, c'est avant tout grâce à son recrutement impressionnant. L'organisation a su attirer des médaillés olympiques comme Kyle Snyder (or à Rio 2016) et Abdulrashid Sadulaev (double champion olympique), mais aussi des stars de l'UFC comme Arman Tsarukyan, Colby Covington et Holly Holm.
Le cas de Tsarukyan est emblématique. En attendant un combat pour le titre des -70 kg à l'UFC, le combattant arménien a profité du RAF pour affronter Georgio Poullas dans un main event au Yuengling Center de Tampa, en Floride. Une semaine de trashtalking intense, ponctuée par une victoire aux points et une bagarre générale lors de leur premier affrontement, a suffi à créer un buzz médiatique bien au-delà du cercle des amateurs de lutte.
Mais Tsarukyan n'est pas le seul à avoir rejoint l'aventure. Bo Nickal, Michael Chandler, Yoel Romero et même Luke Rockhold (qui a affronté Covington en janvier 2025) ont participé aux événements du RAF. Ces athlètes partagent plusieurs points communs : un niveau de lutte élevé, une grande gueule et une communauté de fans importante. Des atouts qui correspondent parfaitement à la stratégie du RAF, qui mise sur des personnalités fortes pour alimenter son storytelling.
Le dernier coup d'éclat en date ? La signature de Gable Steveson, champion olympique en 2021 et futur espoir du MMA. Son arrivée au RAF, quelques mois avant son passage annoncé à l'UFC, montre à quel point l'organisation est devenue un passage obligé pour les lutteurs souhaitant se faire un nom dans le monde du sport-spectacle.
Eric Bischoff et la WWE : quand le catch influence la lutte
Le succès du RAF ne doit rien au hasard. Derrière l'organisation se cache une équipe expérimentée dans le divertissement sportif, avec à sa tête Eric Bischoff, ancien manager général de la WWE et membre de son Hall of Fame. Son rôle ? Transformer la lutte libre en un spectacle grand public, sans pour autant sacrifier son côté compétitif.
"La lutte est un sport incroyable, mais il faut la rendre plus accessible, plus excitante", expliquait Bischoff en janvier 2025. "Ces athlètes sont des machines, mais ils ont été formés pour être humbles, disciplinés. Nous, nous leur demandons de sortir de leur zone de confort, de montrer leur personnalité, de créer des rivalités. C'est un changement de culture."
Pour y parvenir, le RAF s'inspire ouvertement du catch. Les entrées sur le ring sont chorégraphiées, les rivalités sont exagérées (comme celle entre Tsarukyan et Poullas), et les commentateurs jouent un rôle clé dans la narration. "Nous voulons que les gens aient envie de regarder, même s'ils ne connaissent rien à la lutte", précise Bischoff. Une approche qui divise : si certains puristes critiquent cette "dénaturation" du sport, d'autres saluent une innovation nécessaire pour attirer un nouveau public.
Le lien avec la WWE ne s'arrête pas là. Le RAF a repris le nom "Real American", titre de la musique d'entrée de Hulk Hogan, et collabore avec Real American Beer, une marque lancée par Bronstein et Hogan. Une stratégie marketing qui rappelle celle de la WWE, où le storytelling et le merchandising jouent un rôle central.
L'UFC et le RAF : une collaboration gagnant-gagnant ?
L'une des grandes surprises du RAF est sa collaboration avec l'UFC. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les deux organisations ne sont pas en concurrence. Au contraire, elles entretiennent une relation cordiale, voire stratégique.
"L'UFC nous considère comme une opportunité, pas comme une menace", déclarait Bischoff en 2024. "Nos matchs sont courts (3x2 minutes), les risques de blessures sont minimes, et cela permet à leurs combattants de rester actifs." Une aubaine pour des athlètes comme Tsarukyan, qui peuvent ainsi garder leur niveau sans prendre de risques inutiles pour leur carrière en MMA.
L'UFC a toutefois posé une condition : aucun match ne doit opposer deux de ses combattants sous contrat. Une règle qui explique pourquoi Covington a affronté Rockhold (ancien combattant UFC) plutôt que Tsarukyan (toujours sous contrat). "C'est une question de respect pour l'UFC", explique un responsable du RAF. "Nous ne voulons pas leur voler la vedette."
Pour les combattants, le RAF représente aussi une opportunité financière. Si les salaires exacts ne sont pas publics, on sait que Abdulrashid Sadulaev a signé un contrat à 100 000 $ par match, plus 100 000 $ en cas de victoire. Des sommes inédites en lutte libre, qui expliquent l'engouement des athlètes.
Autre avantage : le RAF permet aux combattants de lutter dans des catégories de poids plus confortables. Tsarukyan, par exemple, évolue en -79 kg au RAF contre -70 kg à l'UFC, ce qui lui évite des coupures de poids extrêmes.
Enfin, le RAF offre une visibilité médiatique précieuse. Diffusé sur Fox Nation, la plateforme de streaming de Fox News, l'organisation bénéficie d'une exposition importante, notamment auprès d'un public conservateur. Une stratégie qui n'est pas sans rappeler les liens entre l'UFC et Donald Trump, dont le président Dana White est un proche.
Un avenir prometteur, mais des défis à relever
Malgré son succès précoce, le RAF doit encore convaincre les puristes de la lutte. Certains critiquent son approche "trop commerciale", tandis que d'autres regrettent que le sport soit sacrifié au profit du spectacle. "C'est de la lutte, mais pas comme on la connaît", résume un entraîneur universitaire. "Est-ce que c'est une bonne chose ? Le temps nous le dira."
Pourtant, les chiffres sont là : les événements du RAF attirent des milliers de spectateurs et des millions de vues en ligne. Avec des athlètes comme Gable Steveson et Sadulaev dans son roster, l'organisation a les moyens de devenir un acteur majeur du sport-spectacle.
Reste à savoir si le RAF parviendra à trouver un équilibre entre compétition et divertissement. "Nous ne voulons pas devenir la WWE", insiste Bischoff. "Nous voulons juste montrer que la lutte peut être aussi excitante qu'un combat de MMA ou un match de catch." Un défi de taille, mais qui pourrait bien redéfinir l'avenir de la lutte libre.
Le Real American Freestyle incarne une révolution dans le monde de la lutte libre. En mêlant sport de haut niveau et divertissement, l'organisation a réussi à attirer des stars de l'UFC et des champions olympiques, tout en suscitant des débats sur l'avenir de la discipline. Si certains puristes critiquent son approche "trop commerciale", le RAF a le mérite de redonner une visibilité à la lutte, un sport souvent éclipsé par le MMA ou le catch.
Avec des salaires attractifs, une collaboration avec l'UFC et une diffusion sur Fox Nation, le RAF a tous les atouts pour s'imposer comme un acteur incontournable du sport-spectacle. Reste à voir s'il parviendra à concilier compétition et divertissement sans perdre son âme. Une chose est sûre : la lutte libre n'a pas fini de faire parler d'elle.
Et si le prochain Gable Steveson ou Abdulrashid Sadulaev devenait la nouvelle star du RAF avant de briller à l'UFC ? L'avenir nous le dira, mais une chose est certaine : le sport-spectacle a encore de beaux jours devant lui.

