Tsarukyan vs. Poullas : La revanche qui sent la poudre
Le premier affrontement entre Arman Tsarukyan et Georgio Poullas lors de la RAF 6 à Tempe restera dans les annales pour toutes les mauvaises raisons. Ce qui devait être un duel de catch wrestling de haut niveau a dégénéré en une véritable foire d'empoigne, avec des fautes à répétition, des provocations et, pour couronner le tout, une bagarre générale après le coup de sifflet final. Tsarukyan, visiblement excédé par les agissements de son adversaire, n'a pas hésité à le plaquer au sol avant de lui asséner un coup de poing, déclenchant une mêlée impliquant les deux équipes.
Ben Askren, ancien combattant UFC et figure emblématique de la RAF, n'a pas mâché ses mots pour critiquer le comportement des deux athlètes. Selon lui, Poullas a délibérément cherché à provoquer Tsarukyan, connu pour son tempérament explosif, en multipliant les fautes comme les eye pokes (coups dans les yeux), les manipulations de doigts et les claques à la tête. "Georgio ne semblait pas vouloir s'engager dans un vrai match de catch. Sa stratégie était claire : énerver Arman au point qu'il perde son sang-froid et se fasse disqualifier", a-t-il déclaré à MMA Fighting. Une tactique qui a failli porter ses fruits, comme l'a reconnu Tsarukyan lui-même : "Je savais que j'allais le frapper, mais si je l'avais fait pendant le match, j'aurais été disqualifié. Alors j'ai attendu la fin."
Pour éviter une répétition de ce scénario, la RAF a décidé de durcir les règles. Les arbitres recevront des consignes strictes pour sanctionner immédiatement toute faute, avec des avertissements clairs et des pénalités pouvant aller jusqu'à la disqualification après trois avertissements. "Nous ne pouvons pas laisser une telle pagaille se reproduire. Cette fois, ce sera un vrai match de freestyle wrestling, avec des règles appliquées à la lettre. Les athlètes ont été prévenus : s'ils ne respectent pas les consignes, ils seront disqualifiés", a insisté Askren. Malgré ces mesures, le risque d'un nouveau dérapage reste réel, tant l'animosité entre les deux hommes est palpable.
Covington vs. Danis : Le choc des ego et des styles
Si la revanche Tsarukyan-Poullas promet déjà des étincelles, le combat entre Colby Covington et Dillon Danis pourrait bien voler la vedette. Covington, ancien champion intérimaire des poids mi-moyens de l'UFC, est un lutteur accompli, passé par les rangs universitaires avec un titre d'All-American à la clé. Danis, quant à lui, est un grappleur de classe mondiale, mais son palmarès en MMA reste maigre : seulement trois combats en huit ans, avec un taux d'annulation de combats qui frise le ridicule.
Le contraste entre les deux hommes est saisissant. Covington a prouvé sa supériorité technique lors de son premier passage à la RAF, où il a littéralement dominé Luke Rockhold, pourtant plus grand et plus lourd que lui. Danis, en revanche, traîne une réputation de provocateur, connu pour ses frasques en dehors des rings et ses annulations de dernière minute. "Est-ce que Dillon Danis va seulement se présenter ?", s'interroge Askren, sceptique. "Il se dit combattant MMA, mais avec seulement deux combats en huit ans, c'est un peu léger. Et puis, il y a ses antécédents : deux forfaits contre KSI, un autre contre Anthony Taylor après une bagarre à l'UFC 322... Ce n'est pas rassurant."
Sur le papier, Covington part largement favori. Mais Danis a un atout dans sa manche : sa propension à sortir des sentiers battus. Askren craint qu'il ne tente des techniques illégales, comme une soumission en plein match de catch, ce qui pourrait déclencher une nouvelle scène de chaos. "Je vois à 1000% Danis essayer quelque chose de ce genre. Les arbitres seront briefés pour serrer la vis, mais avec lui, tout est possible", prévient Askren. Les règles ont été clarifiées : toute tentative de soumission ou de technique interdite sera sanctionnée par un avertissement, puis une pénalité. Trois pénalités, et c'est la disqualification.
Le catch wrestling, un sport à la croisée des chemins
La RAF (Real American Fighting) s'est imposée comme une plateforme unique pour le catch wrestling, un style de lutte hybride qui mélange techniques de soumission, projections et contrôle au sol. Popularisé par des légendes comme Billy Robinson et Karl Gotch, ce sport a connu un regain d'intérêt ces dernières années, notamment grâce à des organisations comme la RAF et des athlètes charismatiques comme Covington ou Tsarukyan. Pourtant, les récents incidents posent question : le catch wrestling est-il en train de perdre son âme au profit du spectacle ?
Historiquement, le catch wrestling se distingue par son approche pragmatique et son absence de règles superflues. Contrairement au freestyle wrestling olympique, où les prises sont strictement encadrées, le catch permet une plus grande liberté, avec des techniques de soumission et des transitions fluides entre debout et au sol. Cette philosophie a séduit des générations de combattants, des lutteurs professionnels aux pratiquants de MMA. Mais avec l'arrivée de personnalités comme Danis ou Poullas, qui semblent plus intéressés par la provocation que par le sport lui-même, la discipline risque de se retrouver piégée dans une spirale de controverses.
Ben Askren, qui a lui-même été formé au catch wrestling par des maîtres comme Matt Furey, déplore cette dérive. "Le catch wrestling, c'est avant tout du respect : respect des règles, respect de l'adversaire, respect du public. Ce qu'on a vu à Tempe, ce n'était pas du catch, c'était du cirque. Si on veut que ce sport soit pris au sérieux, il faut revenir aux fondamentaux", affirme-t-il. La RAF semble avoir entendu le message, mais la tâche s'annonce ardue, surtout avec des athlètes comme Danis, dont le comportement en dehors des rings laisse présager le pire.
Sécurité et arbitrage : Les leçons de Tempe
L'incident de Tempe a servi de électrochoc pour la RAF. Après la bagarre générale qui a suivi le match Tsarukyan-Poullas, l'organisation a revu de fond en comble ses protocoles de sécurité et ses règles d'arbitrage. "Nous ne pouvons pas nous permettre un nouveau fiasco comme celui-là. La réputation de la RAF est en jeu", confie une source proche de l'organisation. Pour éviter les débordements, plusieurs mesures ont été mises en place :
- Renforcement de la sécurité : Des agents supplémentaires seront déployés autour de l'aire de combat, avec pour mission d'intervenir immédiatement en cas de comportement violent.
- Briefing des arbitres : Les officiels recevront une formation spécifique sur les règles du catch wrestling et les sanctions applicables en cas de faute. "Ils sauront exactement quoi faire si un athlète tente une soumission illégale ou une provocation", précise Askren.
- Communication claire : Les athlètes seront informés en détail des règles avant le match, avec des exemples concrets de ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas. "Nous allons leur montrer des vidéos des fautes commises à Tempe et leur expliquer pourquoi elles ne seront plus tolérées", ajoute la source.
- Sanctions immédiates : Toute faute sera sanctionnée sur-le-champ, avec un système de pénalités progressives. Trois avertissements, et c'est la disqualification.
Ces mesures suffiront-elles à éviter un nouveau chaos ? Rien n'est moins sûr. Tsarukyan et Poullas ont déjà prouvé qu'ils étaient prêts à tout pour l'emporter, et Danis a un passif de provocations qui laisse peu de place à l'optimisme. "On ne peut pas prédire l'avenir, mais on peut tout faire pour limiter les risques. Si les athlètes jouent le jeu, tout se passera bien. Sinon, ils en assumeront les conséquences", résume Askren.
Danis, l'éternel provocateur : Un risque calculé pour la RAF ?
Engager Dillon Danis était un pari risqué pour la RAF. Connu pour ses frasques en dehors des rings, ses annulations de combats et ses provocations incessantes, Danis incarne tout ce que le sport de combat cherche à éviter : l'instabilité, l'imprévisibilité et le manque de professionnalisme. Pourtant, son nom attire les projecteurs, et c'est précisément pour cette raison que la RAF a décidé de le programmer face à Covington.
Danis a commencé sa carrière dans l'ombre de Conor McGregor, dont il était l'un des partenaires d'entraînement. Rapidement, il s'est fait un nom dans le milieu du grappling, remportant des tournois prestigieux comme l'ADCC (Abu Dhabi Combat Club). Mais son passage en MMA a été un échec retentissant : seulement deux victoires en trois combats, avec un style de combat plus proche du spectacle que de la performance pure. Ses deux forfaits contre KSI en boxe anglaise, puis son abandon contre Anthony Taylor après une bagarre à l'UFC 322, ont achevé de ternir sa réputation.
Pourtant, Danis reste une figure médiatique, capable de générer du buzz avec un simple tweet. "C'est un personnage, et les personnages attirent l'attention. Mais attention, l'attention n'est pas toujours positive", analyse Georges St-Pierre, légende de l'UFC, dans une interview accordée à ESPN. "Si Danis se présente et respecte les règles, ce sera un bon match. S'il tente des coups bas, il va se faire disqualifier, et ça fera encore plus de bruit. Dans les deux cas, la RAF y gagne."
Askren, lui, reste prudent. "Je ne sais pas si Danis va se présenter. Et s'il se présente, je ne sais pas s'il va respecter les règles. Ce que je sais, c'est que Covington est un vrai lutteur, et qu'il ne se laissera pas faire. Si Danis tente une soumission ou une provocation, il va le payer cher." Une chose est sûre : ce combat promet d'être aussi explosif en dehors du ring qu'à l'intérieur.
La RAF 7 s'annonce comme un événement à haut risque, où le sport pourrait une nouvelle fois céder la place au spectacle. Entre la revanche Tsarukyan-Poullas, marquée par une animosité tenace, et le choc Covington-Danis, où l'imprévisibilité le dispute à l'incompétence, les organisateurs ont fort à faire pour éviter un nouveau fiasco. Les mesures de sécurité renforcées et les règles strictes mises en place par Ben Askren sont un pas dans la bonne direction, mais elles ne suffiront peut-être pas à contenir des athlètes déterminés à en découdre.
Au-delà des polémiques, cet événement pose une question fondamentale : jusqu'où une organisation peut-elle aller pour attirer l'attention ? En programmant des combats aussi risqués, la RAF joue avec le feu, mais elle mise aussi sur l'engouement du public pour les confrontations explosives. Reste à savoir si le catch wrestling, ce sport exigeant et technique, survivra à cette course au spectacle. Une chose est certaine : les yeux seront rivés sur Tampa le jour J, dans l'espoir d'assister à un grand moment de sport... et non à une nouvelle pagaille.
Quoi qu'il arrive, une leçon semble déjà tirée : dans un sport où l'ego et la provocation prennent souvent le pas sur la technique, la frontière entre spectacle et chaos est plus ténue que jamais.

