"Je Ne Me Suis Pas Reconnu" : L'Aveu Brut de Soriano Après l'UFC 320
Le public de l’UFC 320 a vu ce qu’il attendait : une victoire de Punahele Soriano. Les juges ont vu ce qu’ils espéraient : une domination technique sans faille. Pourtant, l’homme au centre de l’octogone, lui, n’a vu qu’une ombre de lui-même. *"Je ne me suis pas reconnu ce soir-là"*, confie le Hawaïen, les traits tirés, lors de la conférence de presse post-combat. Avec un palmarès où 9 victoires sur 12 se terminent avant la limite (75% de *finishes*), Soriano est habitué à laisser une marque indélébile – des KO foudroyants, des soumissions qui font vibrer les gradins. Contre Nikolay Veretennikov, il a offert une masterclass… de gestion.
Trois rounds durant lesquels il a méthodiquement déconstruit le jeu au sol de son adversaire, exploitant chaque faille avec la précision d’un chirurgien. *"Sur le papier, c’était parfait"*, admet-il, les poings serrés. Mais dans les faits ? *"J’ai eu l’impression de trahir tout ce que je représente."* Le problème n’est pas la victoire – c’est comment elle a été obtenue. Soriano, c’est l’homme qui a explosé sur la scène du *Dana White’s Contender Series* en 2019 avec un KO en 26 secondes, celui qui a envoyé Oskar Piechota au tapis en 2020 avec une série de coups qui ont fait le tour des réseaux. Contre Veretennikov, il a choisi la safety. Et cette prudence lui pèse.
L'Ombre de Shahbazyan : Quand un KO Rappelle Ce Qui Manquait
Ironie du sort : la soirée où Soriano a livré sa performance la plus *"propre"* est aussi celle où son coéquipier d’Xtreme Couture, Edmen Shahbazyan, a rappelé au monde ce que signifie performer. En 90 secondes chrono, *"The Golden Boy"* a envoyé son adversaire au tapis avec un uppercut qui a fait trembler les haut-parleurs de la TD Garden de Boston. *"Quand j’ai vu Edmen gagner comme ça, quelque chose en moi s’est brisé"*, avoue Soriano, les yeux rivés vers le sol. *"Lui, il a donné au public ce qu’il voulait. Moi, j’ai juste… gagné les trois rounds."*
Le contraste est violent. Shahbazyan, 26 ans, incarne cette nouvelle génération de combattants qui allient technique et spectacle. Soriano, 31 ans, se retrouve soudain face à un dilemme : et si sa maturation tactique était en train d’étouffer ce qui a fait de lui un favori des fans ? *"Je ne veux pas devenir ce type de fighter qui gagne sans émouvoir"*, lance-t-il, la voix teintée d’une colère sourde. *"Si je dois choisir entre une victoire ennuyeuse et une défaite spectaculaire, je choisirai la défaite."* Un propos radical, mais qui en dit long sur l’exigence démesurée d’un homme pour qui le MMA n’est pas qu’un sport – c’est une histoire qu’on raconte.
"Un Combattant Fantôme" : La Nuit Où Soriano a Disparu
Revenons en arrière. Premier round : Soriano domine au sol, enchaîne les transitions, contrôle Veretennikov comme un puppet master. Le public, d’abord enthousiaste, commence à murmurer. Deuxième round : même scénario. Les *"Olé !"* ironiques fusent dans les gradins. Troisième round : le Kazakh, épuisé, ne représente plus aucune menace. Soriano pourrait le terminer. Il ne le fait pas. *"J’ai senti que je pouvais le soumettre à tout moment"*, explique-t-il aujourd’hui. *"Mais quelque chose m’a retenu. Comme si j’avais peur de… je ne sais pas. De gagner trop ?"*
C’est là que réside le paradoxe. Soriano n’a pas perdu ce combat – il l’a effacé. *"J’étais là physiquement, mais mentalement, j’étais déjà ailleurs"*, confie-t-il, évoquant une étrange sensation de dédoublement. *"C’était comme regarder quelqu’un d’autre se battre à ma place."* Un *"combattant fantôme"*, comme il se décrit lui-même, qui a exécuté les mouvements sans y mettre l’âme. Résultat ? Une victoire qui a le goût d’une défaite, et une question lancinante : est-ce que je suis encore fait pour ça ?
Pour comprendre cette crise, il faut remonter à ses débuts. Soriano, c’est l’histoire d’un gars d’Hawaï qui a débarqué à Las Vegas avec un rêve et deux poings lourds. Son surnom, *"Story Time"*, n’est pas anodin : chaque combat était une nouvelle page, souvent écrite dans le sang et les KO. *"Quand j’ai commencé, je n’avais rien à perdre"*, se souvient-il. *"Maintenant, j’ai une réputation, des attentes, une équipe qui compte sur moi…"* La pressure a changé la donne. Et si cette victoire *"sage"* était simplement le symptôme d’un combattant qui commence à calculer là où il devrait oser ?
La Théorie du "Trop Plein de Succès" : Quand Gagner Deviens un Piège
Avec trois victoires consécutives avant l’UFC 320, Soriano était en position de force. Trop, peut-être. *"Quand tu enchaînes les succès, tu commences à penser que tu ne peux plus te permettre de perdre"*, analyse Eric Nicksick, son entraîneur chez Xtreme Couture. *"Puna a un style qui repose sur l’instinct et l’agressivité. Mais quand tu montes dans la hiérarchie, tu te mets à écouter cette petite voix qui te dit : ‘Et si tu te faisais surprendre ?’"*
Le piège se referme : plus tu gagnes, plus tu as peur de perdre. Et plus tu as peur de perdre, moins tu prends de risques. *"C’est un cercle vicieux"*, reconnaît Soriano. *"Contre Veretennikov, j’ai écouté cette voix. Résultat ? J’ai gagné, mais j’ai perdu une partie de moi."* Un constat qui rappelle étrangement le parcours d’un autre *finisher* légendaire, Robbie Lawler, qui avait traversé une crise similaire après une série de victoires *"trop propres"*. *"Parfois, il faut accepter de tout donner, même si ça signifie se mettre en danger"*, avait-il confié à l’époque. Soriano semble avoir retenu la leçon.
Le Plan de Renaissance : Retrouver la "Folie" ou Disparaître
Alors, que faire quand la victoire ne suffit plus ? Soriano a sa réponse : *"Je dois retrouver cette putain de folie qui faisait de moi un danger public."* Concrètement, cela signifie un retour aux bases. Moins de *game plans* ultra-détaillés, plus de liberté. Moins de peur, plus d’instinct. *"On va travailler des scénarios où je me mets volontairement en difficulté pendant les entraînements"*, explique Nicksick. *"Il faut qu’il réapprenne à aimer le chaos."*
Le prochain combat sera un test. *"Soit je reviens à ce que j’ai toujours été – un gars qui fait mal et qui fait peur –, soit je tire ma révérence"*, assène Soriano. *"Je ne veux pas être ce type qui traîne dans le top 15 en attendant une retraite dorée. Si je ne peux plus exciter les gens, alors je n’ai rien à faire ici."* Des mots durs, mais qui résonnent avec une vérité plus large : dans un sport où les carrières sont courtes et les oublis rapides, l’authenticité est la dernière arme qui reste.
Reste une question : et si cette remise en question était exactement ce dont Soriano avait besoin ? *"Parfois, il faut toucher le fond pour rebondir"*, note Daniel Cormier, commentateur pour ESPN. *"Puna a toujours eu le talent. Maintenant, il a aussi la rage. Ça peut faire un mélange explosif."* Les fans, eux, attendent. Après tout, qui n’aime pas une bonne histoire de rédemption ?
L'Héritage du *Contender Series* : Quand les Débuts Deviens un Fardeau
Il y a une ironie cruelle dans le parcours de Soriano. Celui qui a été propulsé sous les projecteurs grâce à un KO mémorable au *Contender Series* se retrouve aujourd’hui prisonnier de cette même réputation. *"Les gens attendent de moi que je fasse comme en 2019"*, soupire-t-il. *"Mais je ne suis plus ce gars-là. Enfin… si, je devrais l’être."*
Le *Contender Series*, cette vitrine où Dana White repère les futurs talents, est à double tranchant. D’un côté, elle offre une exposition immédiate. De l’autre, elle crée une attente presque impossible à satisfaire. *"Tu deviens le ‘mec qui a mis KO untel en 30 secondes’"*, explique Soriano. *"Et après, chaque combat est jugé à l’aune de ce moment-là."* Contre Veretennikov, il n’a pas répondu à cette attente. Pire : il a fait le contraire.
Pourtant, une lueur persiste. *"Le jour où j’ai signé avec l’UFC, j’ai promis à Dana que je ferais vibrer les fans"*, se souvient-il. *"Je lui dois bien ça."* Prochaine étape : tenir cette promesse. Quitte à tout risquer.

