‘Pitbull’ Freire Trace une Ligne Rouge : 146 Livres, ou Rien
Patricio "Pitbull" Freire n’a pas l’habitude de plier. Après l’annulation retentissante de son combat contre Losene Keita à UFC Paris – ce dernier ayant échoué à la pesée avec 3 livres de trop –, le Brésilien a décidé de poser ses conditions, sans ambiguïté. Pour son prochain affrontement, prévu dans le cadre mythique de l’UFC Rio le 11 octobre, la règle est simple : 146 livres sur la balance, pas une once de plus. *"C’est non négociable"*, a-t-il martelé lors d’une interview accordée à MMA Fighting, rappelant que *"le MMA est un sport, pas un cirque où les règles s’adaptent aux caprices des uns et des autres."*
Ce n’est pas la première fois que Freire, 36 ans et 35 victoires au compteur (dont 10 par KO), prend une position aussi ferme. En 2021, il avait déjà refusé un combat contre A.J. McKee après que ce dernier eut manqué son poids pour leur affrontement chez Bellator. *"La discipline, c’est la base. Sans ça, on n’est plus des professionnels, on est des amateurs qui jouent avec leur carrière"*, avait-il déclaré à l’époque. Une philosophie qu’il compte bien appliquer à la lettre pour son retour au Brésil, un pays qu’il n’a plus foulé en tant que combattant depuis 2008 – une éternité pour un athlète de son niveau.
Rio 2024 : Un Retour Chargé d’Émotion et de Pressure
Le 11 octobre ne sera pas un combat comme les autres. Pour Freire, c’est bien plus qu’une simple confrontation sportive : c’est un retour aux sources, une réparation symbolique après des années d’absence, et une occasion de redonner au public brésilien ce qu’il lui a offert durant sa carrière. *"Seize ans sans combattre chez moi, c’est trop long. Mes fans méritent ce moment, mais ils méritent aussi un combat équitable"*, confie-t-il, évoquant une *"dette morale"* envers ses supporters.
Le choix de Rio de Janeiro n’est pas anodin. La ville, temple du MMA brésilien, est connue pour son public passionné et exigeant. Les gradins du Jeunesse Arena (anciennement HSBC Arena) résonnent souvent de *"Uh, vai morrer!"* – cette expression typique qui signifie *"Oh, tu vas mourir!"* et qui, selon Freire, *"peut briser mentalement un adversaire avant même le premier coup"*. Keita, 29 ans et seulement 1 combat UFC à son actif (une victoire contre David Onama en 2023), pourrait bien en faire les frais s’il ne respecte pas les conditions imposées.
Petite anecdote : En 2019, lors d’un événement Bellator à São Paulo, Freire avait été porté en triomphe par des fans après sa victoire contre Juan Archuleta. *"Ils m’ont soulevé comme si j’avais gagné le titre du monde ce soir-là. C’est ça, le Brésil : ils te donnent tout, mais ils attendent tout en retour"*, se souvient-il. Une pression supplémentaire pour Keita, qui devra non seulement gérer le poids, mais aussi l’intensité d’un public prêt à le hué au moindre faux pas.
Derek Brunson dans la Mélée : Un Médiateur Inattendu
L’idée d’organiser ce combat à Rio ne vient pas de l’UFC, mais de Derek Brunson, ancien middleweight de l’organisation et aujourd’hui commentateur pour ESPN. Ce dernier a publiquement suggéré que Freire affronte Keita sur ses terres, arguant que *"le Brésil est le meilleur endroit pour ce genre de match explosif"*. Une proposition qui a visiblement séduit Freire, même si ce dernier reste méfiant : *"Derek a raison sur un point : à Rio, l’énergie sera folle. Mais ça ne change rien à mes exigences. Keita devra faire le poids, ou je combattrai quelqu’un d’autre."*
Brunson, qui connaît bien les coulisses de l’UFC, a également souligné un détail crucial : *"L’UFC adore les combats au Brésil, mais ils détestent les annulations de dernière minute. Si Keita rate encore la pesée, ça pourrait coûter cher à tout le monde."* Une analyse qui confirme que l’organisation se trouve dans une position délicate : soit elle force Keita à respecter les 146 livres (ce qui n’est pas garanti, vu ses antécédents), soit elle risque de perdre Freire – et avec lui, un main event potentiellement lucratif.
Freire vs. Keita : Un Déséquilibre qui Fâche
Sur le papier, le duel est déséquilibré. D’un côté, Patricio Freire :
- 35 victoires (10 KO, 15 soumissions), 6 défaites.
- Triple champion Bellator (poids plume et léger).
- Expérience contre les meilleurs : José Aldo, A.J. McKee, Michael Chandler.
- Style agressif et technique, avec un jeu au sol redoutable.
- 1 combat UFC (victoire contre David Onama en 2023).
- Problèmes récurrents de poids : a déjà manqué la limite à deux reprises en carrière.
- Potentiel explosif, mais manque cruellement d’expérience face à l’élite.
*"Statistiquement, Keita n’a aucune chance si je suis à 100%"*, reconnaît Freire, avant d’ajouter : *"Mais je ne sous-estime personne. S’il fait le poids, ce sera un combat. Sinon, l’UFC devra me trouver un autre adversaire, et Keita devra assumer les conséquences."* Une déclaration qui rappelle étrangement celle de José Aldo en 2016, lorsque ce dernier avait refusé de combattre après que Conor McGregor eut manqué son poids pour leur duel à l’UFC 194. *"Les règles sont là pour une raison"*, avait alors déclaré Aldo. Freire semble déterminer à suivre le même chemin.
Derrière les Coulisses : Ce Que l’UFC Ne Peut Pas Se Permettre
Selon des sources proches de l’organisation, l’UFC Rio du 11 octobre est déjà en train de se dessiner comme un événement majeur pour le marché brésilien. Avec des noms comme Shogun Rua (pour son dernier combat) et Thiago Santos en négociation, l’ajout de Freire serait un coup de maître pour attirer les fans. Mais voici le problème : Keita a déjà échoué deux fois à la pesée en 12 mois (dont une fois à l’UFC), et les bookmakers donnent Freire large favori (cote actuelle : 1.20 contre 4.50 pour Keita).
*"Si Keita rate encore, ce sera un désastre"*, confie un promoteur sous couvert d’anonymat. *"Non seulement on perd un combat vendeur, mais en plus, on donne l’impression que l’UFC tolère les écarts. Freire a raison sur un point : si on commence à faire des exceptions, où est-ce qu’on s’arrête ?"* Une question qui résonne particulièrement au Brésil, où des légendes comme Anderson Silva et Vitor Belfort ont toujours insisté sur l’importance de la discipline en dehors comme sur le ring.
Autre enjeu : les sponsors locaux. Des marques brésiliennes comme Reebok Brésil et Corinthians (club de football partenaire de l’UFC) ont déjà exprimé leur intérêt pour l’événement. *"Un combat entre Freire et Keita, avec le public de Rio derrière Pitbull, ce serait énorme pour nous"*, explique un responsable marketing. Mais tout cela repose sur une condition : que le combat ait bien lieu. Et pour ça, il faut que Keita monte sur la balance… et qu’elle affiche 146 livres pile.
Et Si Keita Échouait (Encore) ? Les Scénarios Possibles
Freire a été clair : pas de seconde chance. Mais que se passerait-il si Keita manquait une nouvelle fois son poids ? Plusieurs options se dessinent :
- L’UFC annule le combat et propose à Freire un autre adversaire (peut-être Movsar Evloev ou Ilia Topuria, tous deux en quête d’un combat).
- Keita accepte un combat en catchweight (poids intermédiaire), mais Freire refuse catégoriquement cette option, comme il l’a déjà fait par le passé.
- L’UFC impose une amende record à Keita (jusqu’à 50% de sa bourse, comme ce fut le cas pour Rafael Fiziev en 2023) et maintient le combat.
- Freire quitte l’UFC et retourne chez Bellator ou PFL, où il a toujours été traité comme une star. *"Je ne manquerai pas d’options"*, a-t-il prévenu.
Parmi ces scénarios, le plus probable reste l’annulation pure et simple, avec Freire face à un nouveau défi. *"Je préfère combattre quelqu’un qui respecte le sport"*, a-t-il répété. Une position qui, si elle peut sembler intransigeante, est largement soutenue par les fans brésiliens. Sur les réseaux, les messages se multiplient : *"Ou faz o peso, ou some daqui!"* (*"Soit tu fais le poids, soit tu dégages!"*).
Le Public Brésilien, Juge et Parti
Au Brésil, le MMA est bien plus qu’un sport : c’est une affaire de fierté nationale. Les combattants brésiliens comme Freire, Aldo, ou Charles Oliveira sont vénérés, et leurs combats à domicile sont des événements quasi religieux. *"Quand Pitbull entre dans la cage à Rio, ce ne sera pas un homme seul, mais tout un pays derrière lui"*, prédit Fernando "Margarida" Pontes, journaliste pour Combate.
L’ambiance promise est électrique. Les fans brésiliens sont réputés pour leur soutien inconditionnel… mais aussi pour leur colère implacable envers ceux qui manquent de respect. Keita, s’il ne fait pas le poids, pourrait bien subir les foudres des 20 000 spectateurs attendus. *"Ils ne lui pardonneront pas. À Rio, tu es soit un héros, soit un zéro"*, résume Pontes.
Freire, lui, semble prêt à tout pour offrir un spectacle à la hauteur. *"Je veux qu’ils soient fiers. Qu’ils voient que même après 16 ans, je reviens plus fort, plus déterminé. Mais pour ça, il faut que tout soit parfait – y compris le poids de mon adversaire."* Une déclaration qui résume toute la pression pesant sur les épaules de Keita. Le 11 octobre approchant, une question reste en suspens : l’UFC parviendra-t-elle à concilier spectacle et équité, ou Freire devra-t-il une nouvelle fois faire valoir ses principes ?

