35 ans, 6 victoires de suite… et toujours pas de *title shot* en vue
Norma Dumont n’a pas l’intention de jouer les figurantes. À 35 ans, avec une série impressionnante de six victoires consécutives dans la division des poids coqs féminins de l’UFC, la Brésilienne pourrait légitimement espérer un combat pour le titre. Pourtant, entre les retards administratifs, les incertitudes autour du retour d’Amanda Nunes et les priorités changeantes de l’UFC, son attente risque de s’éterniser. Plutôt que de croiser les bras, elle a choisi une voie radicale : combattre coûte que coûte, quitte à forcer la main à la direction.
Son dernier combat, une victoire par décision unanime face à Ketlen Vieira lors de l’UFC Vegas 110 en avril 2024, a encore prouvé sa domination technique. Pourtant, malgré ce palmarès, Dumont reste dans l’ombre des projets de l’UFC. "Je ne peux pas me permettre de perdre un an de ma carrière à attendre. À mon âge, chaque mois compte"*, confiait-elle récemment dans une interview. Une déclaration qui résume son état d’esprit : l’inaction n’est pas une option.
La situation n’est pas nouvelle dans le MMA. D’autres athlètes avant elle, comme Valentina Shevchenko ou Rose Namajunas, ont dû patienter des mois, voire des années, avant d’obtenir leur chance. Mais Dumont, avec son style agressif et son charisme, semble déterminée à briser ce cycle. Son approche ? Rester visible, rester dangereuse – et forcer l’UFC à la considérer comme une priorité.
Kayla Harrison à la Maison-Blanche : le combat de rêve (mais réaliste ?)
Si l’UFC tarde à lui offrir un *title shot*, Norma Dumont a déjà un plan B : un affrontement spectaculaire contre Kayla Harrison, double championne olympique de judo et star montante du PFL. Un duel qui, selon elle, mériterait un cadre exceptionnel – pourquoi pas la Maison-Blanche, comme l’avait évoqué Dana White pour d’autres événements historiques ?
"Ce serait un combat incroyable pour les fans, pour le sport. Kayla est une athlète phénoménale, et moi aussi. On pourrait faire quelque chose de légendaire"*, imagine Dumont. Pourtant, ce scénario dépend de nombreux facteurs : la disponibilité de Harrison, les négociations entre l’UFC et le PFL, et surtout, la volonté de l’UFC de monter un tel spectacle.
En attendant, Dumont reste lucide : si Harrison affronte d’abord Amanda Nunes (un combat souvent évoqué par les médias), elle devra se rabattre sur d’autres adversaires. "Je ne peux pas contrôler ce que font les autres. Je peux juste contrôler ma préparation et ma détermination"*, précise-t-elle. Une philosophie qui explique pourquoi elle a déjà demandé à combattre dès cet été, quitte à affronter une adversaire moins cotée.
Certains critiques lui reprochent cette impatience, arguant qu’elle devrait attendre un combat plus prestigieux. Mais Dumont rétorque avec pragmatisme : "Rester inactive, c’est prendre le risque de perdre son edge. Moi, je veux être prête le jour où l’opportunité arrive – pas en train de me demander si je suis encore au niveau."
Derrière les gants : la pression d’une carrière en équilibre
Ce que peu de gens savent, c’est que Norma Dumont a failli tout arrêter en 2020. Après une défaite contre Megan Anderson (par KO au 1er round), elle avait sérieusement envisagé de raccrocher les gants. "J’avais l’impression d’avoir donné tout ce que je pouvais. Et puis j’ai réalisé que j’avais encore quelque chose à prouver – surtout à moi-même"*, confie-t-elle.
Depuis, elle a enchaîné les victoires, mais aussi les sacrifices : entraînement intensif au Brésil et aux États-Unis, régime strict, éloignement familial. À 35 ans, chaque combat est un risque calculé. "Je ne suis plus une jeune combattante qui peut se permettre de perdre du temps. Si je veux ce titre, je dois agir maintenant."
Son équipe, basée à American Top Team en Floride, la soutient dans cette démarche. "Norma a une mentalité de guerrière. Elle ne se contente pas d’attendre les opportunités – elle les crée"*, explique l’un de ses coachs. Une approche qui tranche avec celle de certaines stars de l’UFC, plus enclines à négocier des contrats juteux qu’à monter dans la cage régulièrement.
Stratégie gagnante ou pari risqué ?
En refusant l’inactivité, Norma Dumont prend un risque : celui de s’user physiquement ou de subir une défaite qui remettrait en cause sa légitimité. Pourtant, pour elle, les avantages l’emportent :
- Visibilité accrue : Plus elle combat, plus les fans et les médias parlent d’elle.
- Préparation optimale : Rester en rythme de compétition évite les surprises le jour J.
- Pression sur l’UFC : En accumulant les victoires, elle rend son cas indéfendable pour les dirigeants.
Certains observateurs, comme le journaliste Ariel Helwani, saluent cette approche : "Norma fait ce que peu osent faire : elle force le destin. Dans un sport où les combattants sont souvent à la merci des promotions, c’est rafraîchissant." À l’inverse, d’autres, comme l’ancien champion T.J. Dillashaw, mettent en garde : "À trop vouloir en faire, on peut se brûler. Il faut choisir ses combats avec intelligence."
Dumont, elle, assume pleinement son choix : "Je préfère regretter d’avoir trop combattu que de regretter de ne pas avoir assez osé." Une philosophie qui, si elle paie, pourrait bien réécrire les règles du jeu pour les prétendants aux titres.
Et si l’UFC jouait contre elle ?
Le vrai danger pour Norma Dumont ne vient peut-être pas de ses adversaires, mais des stratégies de l’UFC. La division des poids coqs féminins est actuellement en pleine recomposition :
- Amanda Nunes, double championne, pourrait faire son retour après sa retraite en 2023.
- Kayla Harrison, si elle signe à l’UFC, deviendra immédiatement une priorité.
- Julianna Peña et Raquel Pennington sont aussi dans la course.
Dans ce contexte, Dumont pourrait se retrouver coincée dans les limbes des combattantes "trop bonnes pour être ignorées, mais pas assez médiatisées pour être prioritaires". Son seul levier ? Continuer à gagner, et à le faire de manière spectaculaire.
Interrogé sur son cas, Dana White est resté évasif : "Norma est une grande combattante. On verra ce qu’on peut faire pour elle."* Une réponse qui en dit long sur l’incertitude entourant son avenir. Pourtant, avec sa détermination et son approche proactive, Dumont a une carte maîtresse : elle contrôle son propre récit. Et ça, c’est peut-être son meilleur atout.
Une chose est sûre : dans un sport où les carrières peuvent s’éteindre aussi vite qu’elles s’allument, son refus de l’immobilité est déjà une victoire en soi. Et si l’UFC tarde encore à lui offrir ce qu’elle mérite, Dumont a prouvé une chose : elle ne compte pas disparaître sans se battre.

