Liam Harrison forfait : comment un blessée a tout changé pour ONE Fight Night 38
La malchance frappe encore. À quelques jours de ONE Fight Night 38, prévu pour le 28 juin 2024, les fans ont appris avec stupéfaction le forfait de Liam "Hitman" Harrison. Le Britannique, icône mondiale du muay-thaï avec ses 100 combats professionnels et son titre de champion du monde WBC, devait initialement affronter Shinji Suzuki en kickboxing. Une blessure non divulguée (probablement au genou, selon des sources proches de son camp) a forcé l’annulation.
Mais dans l’univers impitoyable du MMA et des sports de combat, un forfait est rarement une fin en soi. C’est souvent une porte ouverte pour un autre guerrier. Et cette fois, c’est Nontachai Jitmuangnon qui hérite de l’opportunité – et du défi.
Pour les organisateurs, le choix était évident : maintenir un combat de haut niveau, avec un style pur et une intensité à la hauteur des attentes. Le muay-thaï, avec ses règles thaïlandaises (coups de coude, de genou, clinch autorisé), offre un spectacle bien plus explosif que le kickboxing initialement prévu. "C’est une bénédiction déguisée pour les fans", confie un proche de ONE Championship. "Nontachai vs Suzuki, c’est du 100% muay-thaï, sans compromis. Exactement ce que le public veut voir."
Nontachai Jitmuangnon : le prodige thaïlandais aux 51 victoires et une faim de lion
À 26 ans, Nontachai Jitmuangnon incarne déjà l’excellence du muay-thaï moderne. Issu du prestigieux Jitmuangnon Gym (le même camp qui a formé des légendes comme Saenchai), il a bâti sa réputation sur un style agressif, un clinch étouffant et une endurance à toute épreuve. Ses statistiques parlent d’elles-mêmes : 51 victoires (dont 15 par KO) pour seulement 12 défaites, avec des succès contre des adversaires de renom comme Alessio Malatesta (décision unanime) ou Dmitrii Kovtun (KO au 2ème round).
Pourtant, son parcours dans ONE Championship n’a pas été un long fleuve tranquille. Après trois victoires consécutives entre 2022 et 2023, il a subi une défaite surprise face à Abdulla Dayakaev en avril 2023 – un revers qui l’a marqué. "J’ai sous-estimé son jeu de jambes", avait-il admis après le combat. Mais comme tout grand champion, il a su rebondir en dominant Soner Sen en novembre dernier, prouvant sa capacité à s’adapter.
Aujourd’hui, c’est un nouveau test qui l’attend. Shinji Suzuki, son adversaire, n’est pas un faire-valoir. Le Japonais, bien que moins expérimenté en muay-thaï pur (il vient plutôt du kickboxing), possède une puissance de frappe redoutable et une technique affûtée. "Nontachai va devoir gérer la distance et éviter les contres", analyse un expert thaïlandais. "Suzuki a déjà surpris des favoris par le passé. Ce ne sera pas une promenade de santé."
Shinji Suzuki : l’outsider qui pourrait tout faire basculer
Si Nontachai part favori sur le papier, Shinji Suzuki n’a pas l’intention de jouer les figurants. À 30 ans, le Japonais a construit sa carrière sur une approche hybride, mélangeant kickboxing et éléments de muay-thaï. Moins connu que son adversaire, il a pourtant déjà fait parler de lui en battant des noms établis, comme le Coréen Kim Kyung Lock en 2022.
Son atout majeur ? Une gauche dévastatrice et une capacité à exploiter les failles de ses adversaires en contre. "Il n’a pas le volume de combat de Nontachai, mais il est dangereux", prévient un coach asiatique. "Un seul coup bien placé peut changer le cours du combat." Face à un Thaïlandais qui aime dominer en clinch, Suzuki devra jouer sur la mobilité et les frappes longues pour éviter de se faire piéger.
La clé du combat résidera peut-être dans la gestion du rythme. Nontachai, habitué aux combats en 5 rounds, a l’avantage de l’endurance. Suzuki, lui, devra probablement frapper fort dès les premières minutes pour espérer l’emporter. "Si le combat va en décision, Nontachai a toutes les chances", estime un bookmaker spécialisé. "Mais si Suzuki arrive à placer un KO dans les deux premiers rounds, tout est possible."
Pourquoi ce combat est bien plus qu’un simple remplacement
À première vue, Nontachai vs Suzuki pourrait passer pour un combat de "remplacement" sans enjeu majeur. Pourtant, il représente bien plus que cela :
- Un test pour la catégorie des coqs : Nontachai a longtemps combattu en poids plume. Sa descente en bantamweight (61-66 kg) est récente, et une victoire ici confirmerait sa légitimité.
- Un duel de styles : le muay-thaï technique et physique de Nontachai contre le kickboxing explosif de Suzuki. Un contraste qui promet un spectacle varié et imprévisible.
- Une porte ouverte pour le titre : le vainqueur pourrait se retrouver en position de prétendant pour affronter le champion en titre, Rodtang Jitmuangnon (aucun lien de parenté avec Nontachai, malgré le même camp).
Sans compter l’aspect culturel : un Thaïlandais pur produit, formé dans l’un des gyms les plus respectés du pays, face à un Japonais déterminé à prouver que le muay-thaï n’est pas réservé aux seuls combattants thaïlandais. "C’est un combat qui dépasse le sport", souligne un journaliste local. "C’est une question de fierté nationale."
Derrière les gants : ce que personne ne vous dit sur Nontachai
Nontachai n’est pas seulement un combattant. C’est aussi un homme de tradition. Contrairement à beaucoup de jeunes nak muays (boxeurs thaïlandais) qui quittent leur camp d’origine pour des contrats plus lucratifs, il est resté fidèle au Jitmuangnon Gym, où il s’entraîne depuis l’âge de 12 ans. "Ici, on ne forme pas que des champions. On forme des guerriers", explique son coach, Kru Nong.
Une anecdote peu connue : avant chaque combat, Nontachai effectue un rituel précis. Il se rend dans un petit temple près de Bangkok pour y déposer une offre (généralement des fleurs et de l’encens) et méditer pendant une heure. "Ce n’est pas de la superstition", précise-t-il. "C’est une façon de me recentrer. Quand je monte dans le ring, je ne dois avoir peur de rien."
Autre détail marquant : malgré ses succès, il vit toujours dans une petite maison près de son gym, loin des excès de la célébrité. "Les lumières et l’argent, ça ne m’intéresse pas", confie-t-il. "Ce qui compte, c’est l’honneur de représenter mon pays et mon camp." Une philosophie qui tranche avec l’image parfois clinquante du MMA moderne.
Pour ONE Fight Night 38, il a cependant accepté une exception : pour la première fois, il portera des gants personnalisés, aux couleurs de son sponsor principal. "Un petit compromis", sourit-il. "Mais je reste le même combattant."
Prédictions et paris : qui part favori ?
Côté bookmakers, les cotes sont sans appel : Nontachai Jitmuangnon est donné grand favori, avec une cote moyenne de 1.45 contre 2.70 pour Suzuki. Les experts s’accordent sur plusieurs points :
- Avantage au clinch : Nontachai est l’un des meilleurs spécialistes du corps-à-corps dans sa catégorie. Si le combat se joue près des cordes, Suzuki aura du mal à respirer.
- Endurance : le Thaïlandais a l’habitude des combats longs et usants. Suzuki, moins rodé à ce rythme, pourrait s’essouffler.
- Danger Suzuki : s’il arrive à garder ses distances et à placer des coups précis, il a une chance réelle de KO. "Un crochet du gauche bien placé, et tout peut basculer", rappelle un analyste.
Du côté des fans, l’engouement est palpable. Les réseaux sociaux thaïlandais bruissent déjà de prédictions, avec des hashtags comme #NontachaiKO ou #ThaiPride qui montent en tendance. Au Japon, Suzuki bénéficie aussi d’un soutien massif, avec des groupes de supporters organisant des "viewing parties" dans plusieurs villes.
Un élément pourrait cependant jouer en faveur de Suzuki : la pression. Nontachai, en tant que remplaçant de dernière minute, n’a pas eu son temps de préparation habituel. "C’est un risque", admet son coach. "Mais c’est aussi ce qui fait la beauté du sport. Parfois, les meilleurs combats naissent de l’imprévu."

